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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 12 décembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Santolini est originaire de Muchieto, hameau de la commune de Cervione et fut arrêté l’année précédente pour vol sur le grand chemin à main armée et blessure d’un citoyen avec ses armes.

A peine arrêté, la machine judiciaire s’est mise en marche et le 11 thermidor de l’an XI (le 30 juillet 1803 en des temps plus grégoriens), le Tribunal Criminel et Spécial du Département du Golo le condamnait à la peine de mort. Depuis, il croupit dans une cellule insalubre de la prison de la citadelle de Bastia.  Son avocat avait bien déposé un pourvoi en cassation mais c’était sans y croire. Santolini, lui, y croyait dur comme fer puisque l’homme qu’il avait blessé se portait à présent tout à fait bien. L’avocat avait raison… Le 14 vendémiaire de l’an XII (7 octobre 1803) le Tribunal de Cassation rejetait le pourvoi. La condamnation à mort était confirmée et l’exécution inéluctable. Santolini n’avait plus qu’à attendre parmi tous ces détenus pour la plupart malades et affaiblis.
 

Le lundi 17 floréal de l’an XII (7 mai 1804), Joseph Boulle, officier ministériel près du même Tribunal Criminel et Spécial du département du Golo, reçoit sur son bureau l’ordre d’exécution de Santolini. Ce dernier ne le sait pas encore.
 

Il est sept heures du matin et Boulle se rend immédiatement à la prison. Il fait extraire Santolini de sa cellule et ordonne son isolement dans une autre cellule. Santolini n’a pas besoin d’entendre le discours de Boulle pour comprendre. Dès que les gardes sont venus le chercher, il a su que c’était là son dernier matin.
- Le jugement rendu par la Cour de Cassation rejetant votre pourvoi et qui vous condamne à la peine de mort sera mis à exécution sur votre personne à quatre heures précises.
Les mots de l’officier ministériel parviennent vaguement à l’esprit de Santolini. Seul résonne le « à quatre heures précises ».
- Voulez-vous qu’un ou deux ministres du culte vienne vous assister et vous conforter à la mort ?
Dans un soupir, Santolini en demande deux. Sa voix est à peine audible.
Les deux prêtres arriveront quelques instants plus tard et resteront avec le condamné. Prières, confession, encouragements. Santolini, la mort n’est rien si vous croyez en Dieu. D’où l’intérêt d’y croire…  

Trois heures trente. Boulle se rend à nouveau à la prison. Dans la cour, un détachement de troupe du vingtième régiment et du vingt troisième d’infanterie légère de la garnison de la place de Bastia, ainsi que trois brigades de gendarmes tant à pied qu’à cheval sont en place, tous sur les armes.
 

Des gendarmes vont chercher Santolini pour le remettre à « l’exécuteur des jugements criminels ». Le bourreau, tout simplement. Ce dernier le revêt d’une chemise rouge et l’attache avec une corde. Les prêtres ne le quittent pas. On le conduit sur la placette du Champ de Mars, tout près de l’ancien gouvernement, lieu habituel des exécutions. On bat tambour sur les caisses sur son passage.
 Dès que la troupe et les gendarmes ouvrent leur rang pour les laisser passer, Santolini aperçoit la guillotine qui trône sur l’échafaud. Puis tout va très vite. Le bourreau le couche sur le ventre, l’attache sous la coulisse, glisse sa tête dans la demie lunette et sans attendre fait descendre le mouton. 

« Le tranchant ayant frappé et séparé de sitôt la tête du corps du dit Jean-Pierre Santolini et son corps a été fait cadavre et privé de la vie. Le tout en vertu du dit jugement contre lui rendu à la peine de mort et le tout a été fait et exécuté comme dessus en présence de tout un public, par le dit exécuteur des jugements criminels de ce département, le dit jour et heure que dessus et de tout quoi avons dressé le présent procès-verbal de l’exécution faite par le dit exécuteur de la mise à mort du dit Jean-Pierre Santolini ; le tout pour servir et valoir à ce que raison sera. Le tout fait l’an, mois, jour, lieu et heure que dessus. Dont acte et les chefs du détachement des dits gendarmes ont signé avec nous. »


L’original  du procès-verbal intégral se trouve aux Archives Départementales de la Haute-Corse (cote 2U2/12). Je l’avais trouvé par hasard et photocopié en me disant qu’un jour, j’aurais peut-être l’occasion de faire un clin d’œil posthume à ce Santolini. Je n’ai rien inventé. C’est une page du passé qui a réellement existé. Je l’ai juste racontée en ne conservant dans leur intégralité que les dernières lignes en guise de conclusion. Le tout pour servir et valoir à ce que raison sera…