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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 14 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique

- Dis, Maman, quelque chose me vient à l’esprit…

- Quoi donc Papa ?

- Il faut penser à tout je crois. Nous avons pensé à faire notre vie et il me semble qu’à présent il serait utile de préparer notre mort.

- Papa ! S’indigna Lucienne, tu n’as rien d’autre à dire de plus amusant ?

- Pourtant il faut bien que nous y songions. Il ne faudrait pas que nos enfants soient tourmentés par nos obsèques. Et puis, si nous y songeons avant, cela nous permet de programmer dès à présent la façon dont elles se dérouleront et au moins, elles seront réussies. Tu ne crois pas ?

 

Louis attendait que sa femme digère ce qu’il venait de lui dire. Il l’observait par-dessus ses lunettes. Elle réfléchit un instant, puis :

- Ma foi, d’y penser ne nous oblige pas à mourir… C’est peut-être finalement une bonne chose. Tu le voudrais comment ton enterrement toi ?

- Oh, simple. Je pourrais inviter juste notre famille, quelques voisins et amis, et c’est tout. Mais pas cet âne de Gontran ! Depuis l’histoire de la clôture sur le terrain, il ne mérite même pas de profiter du verre de blanc que l’on servira à mon apéritif d’adieu.

- Un apéritif d’adieu ? Pour quoi faire ?

- Pour que les gens s’en jettent un petit derrière la cravate en pensant à moi pardi !

- Et si on se faisait incinérer ? Cela coûterait probablement moins cher.

- Ah non ! Je crains la chaleur, tu le sais bien. Je veux un beau cercueil. Un en chêne mais pour les poignées, j’hésite... Tu vois, j’y verrais bien les poignées de la commode de notre chambre.

- Et comment je l’ouvre la commode si tu meurs avant moi ?

- Zut, je n’y avais pas pensé.

 

Lucienne se souvint soudain qu’elle avait aperçu une publicité avec le mot « obsèques » dans le programme de télévision. Elle alla le chercher, le posa sur la table de la cuisine, s’installa sur la chaise en bois et feuilleta le journal. Quand elle l’eut trouvée, elle tira une autre chaise près d’elle et demanda à Louis de la rejoindre en tapotant du plat de la main sur la chaise.

 

Ils étaient à présent tous deux côte à côte, le nez penché sur la page qui titrait en grosses lettres « Convention Obsèques ». Lucienne s’écria soudain :

- Regarde Papa ! Ils acceptent de nous prendre sans examen médical ! On a le choix de mourir malade ou en bonne santé. C’est formidable ça.

- Je préfère mourir en bonne santé moi.

- Tu as raison, moi aussi. Ça fait plus propre. Mais dis, tu vas être habillé comment ? Ton costume gris ?

- Tout à fait, celui du mariage de Simone. Il ne faudra pas oublier les bretelles d’ailleurs, sinon le pantalon à tendance à descendre…

Lucienne était songeuse. A ses sourcils froncés, on devinait que quelque chose la perturbait.

- Je vais m’acheter une robe. Lança-t-elle soudain. Il me faut une robe qui ira avec mon foulard Dior. J’irai voir en ville demain matin.

Satisfaite de cette décision, elle continua consciencieusement la lecture de l’article. Ils en commentèrent chaque point, s’accordant à trouver la proposition extraordinaire.

- Regarde Maman, il y a un coupon à découper pour demander une documentation. On découpe ?

- Allez ! Il est écrit en plus que c’est sans engagement de notre part ! Tu vois, on n’est pas obligés de mourir. Et puis ils offrent un cadeau aussi, regarde l’image ! Une montre !

- Cela doit être une montre spéciale qui t’indique à quelle heure il faut mourir. Il faut pas que tout le monde meure en même temps sinon ils ne vont pas s’en sortir. Et puis, il est écrit qu’elle est garantie deux ans. Ça nous laisse le temps.

- C’est bien pour les enfants tout ça. On va dire tout ce qu’on veut à Monsieur Obsèques et ils seront tranquilles. Le petit tableau dit qu’on ne paiera que 20 euros par mois pour nous deux pendant 10 ans.

 

Louis leva alors la tête et se rejeta en arrière sur le dossier de la chaise. Il resta ainsi quelques secondes le nez en l’air et le regard dans le vague vers le plafond. Seuls ses doigts qui se dressaient les uns après les autres laissaient imaginer qu’il comptait...

Il reposa les mains sur ses genoux et se tourna vers Lucienne :

- Finalement, j’en sais rien… Et si on partait en croisière pour ce prix-là ?

Le visage de Lucienne s’illumina.

- Quelle bonne idée Papa ! Et puis les enfants ne sauront pas avec quel argent on paiera le voyage…



 

Copyright © 2008 Martine Rousset