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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 14 mars 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Ce qui n’aurait jamais dû logiquement se passer arriva : Jessica vint s’installer chez Firmin. L’automne se termina, poursuivi à toute allure par un hiver et un autre printemps.

 

Les fenêtres étaient grandes ouvertes. C’était la première journée aussi ensoleillée et aussi douce de l’année. Firmin avait eu durant l’hiver quelques petits soucis de santé. Une mauvaise bronchite. Mais il allait à présent tout à fait bien. Il somnolait après déjeuner allongé sur le canapé. Jessica pianotait sur son ordinateur portable en grignotant une pomme. Son téléphone mobile retentit. Elle décrocha à la première sonnerie en jetant un regard sur Firmin qui ne semblait pas avoir été dérangé dans sa sieste. Elle s’isola dans la chambre. Firmin l’entendit chuchoter et intrigué, se leva silencieusement en jurant contre sa hanche qui lui faisait de plus en plus mal. Il s’approcha de la porte de la chambre qu’elle avait juste poussée.

« Je ne sais pas. » « J’ai cru qu’il y passait cet hiver. » « C’est raté. Quelle vitalité à son âge ! » « Je n’en peux plus. J’espère au moins que je n’attends pas pour rien. » « Non, je ne sais pas combien il a sur son compte. Je le saurai après ». « Ok. Moi aussi. Je t’embrasse Amandine. On s’appelle ».

 

Firmin n’avait plus sommeil. Le ciel lui était tombé sur la tête et il n’avait pas son chapeau. Comment avait-il pu être aussi naïf… Vivre aussi longtemps et croire encore au miracle…

- Qui était-ce ? Demanda Firmin du ton le plus anodin qu’il put tout en poussant la porte.

Jessica sursauta.

- Amandine. Elle voulait savoir si tu allais mieux. Elle t’aime bien tu sais.

- Elle est bienveillante cette petite, articula-t-il difficilement.

- Ça ne va pas ?

- Si, si. Je me réveille tout doucement. Aurais-tu la gentillesse de me préparer une verveine ?

Il retourna s’asseoir sur le canapé et allongea ses jambes sur la table.

 

Jessica s’exécuta sans rien dire. Quelques minutes plus tard, elle apparaissait avec une grande tasse de verveine. Elle la lui tendit et s’assied près de lui.

- Tu te souviens quand j’avais rêvé que tu m’offrais une bague et que j’étais heureuse ?

Le vieil homme la regardait, soupçonneux, et se contenta d’acquiescer d’un clignement des yeux.

- Eh bien, j’ai rêvé cette nuit que tu me proposais de partir en croisière et j’étais ravie ! C’est probablement parce que tu m’avais parlé de ton envie de faire une croisière l’hiver dernier, juste avant tes problèmes de santé. C’est drôle les rêves ! On ne sait même pas si cela veut dire quelque chose. Il s’en passe des choses dans nos têtes la nuit !

Il ne répondit pas et but son infusion d’un trait.

 

Deux semaines plus tard, Firmin mourait sans le savoir. Il mourait en dormant.

 

Quand Jessica fut convoquée par Maître Honaume, le notaire, elle arriva avec plus d’une demi-heure d’avance. Elle attendit fébrilement l’heure convenue dans la salle d’attente, en compagnie de quatre vieilles dames silencieuses.

La secrétaire les fit rentrer toutes ensemble dans le bureau du notaire qui les invita à s’installer sur les sièges de cuir blanc disposés en face de lui. Jessica ne comprenait pas pour quelle raison ces dames étaient là avec elle. Elle les regardait avec méfiance.

- Mademoiselle Jessica Trisse, Madame Lucie Holle, Madame Bernadette Mitterac, Madame Yvette Ornière et Madame Joséphine Hozer, je vous ai convoquée car Monsieur Firmin Dubois est passé dans mon office quelques jours avant de mourir. Il m’a laissé cinq enveloppes à remettre à chacune d’entre vous.

Joignant le geste à la parole, il ouvrit le tiroir de son bureau et en retira cinq enveloppes kraft. Le nom de chacune était soigneusement consigné de la main de Firmin dans le coin de chaque enveloppe.

- Vous connaissez Monsieur Firmin Dubois ?

Seule Jessica répondit par l’affirmative. Les quatre autres firent non de la tête.

- Lorsque vous aurez ouvert, vous comprendrez probablement.

Il remit les plis à leurs destinataires. La première à ouvrir l’enveloppe fut Bernadette. Elle en retira une pochette où figurait le nom d’une célèbre compagnie organisatrice de croisières ainsi qu’un feuillet de quelques lignes écrites par Firmin. Machinalement, elle lut à haute voix :


Madame, En répondant à une petite annonce par laquelle je recherchais une compagne afin de terminer ma route avec elle, vous avez un jour souhaité me rencontrer. J’ai eu la faiblesse de ne jamais donner suite à votre lettre. Je ne saurai donc jamais si nous aurions eu plaisir à effectuer la croisière de mes rêves ensemble. Par conséquent, je vous offre ce tour du monde que vous ferez sans moi mais avec ma pensée affectueuse. Bon voyage. Firmin. 

Les trois autres vieilles dames trouvèrent la même pochette et la même lettre dans leur enveloppe. Les yeux arrondis par la surprise, elles restaient interdites. 

Jessica ouvrit à son tour son enveloppe qui était bien plus épaisse que les autres. Elle s’imaginait bien que si il avait offert des croisières hors de prix à quatre inconnues, elle allait y trouver un cadeau éblouissant. Lui laissait-il de l’argent ? Son appartement ?

 

Son enveloppe contenait un livre intitulé Comment interpréter vos rêves et deux mots perdus au milieu d’une feuille blanche : Amuse toi.

 

(FIN)

 
Copyright © 2008 Martine Rousset


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