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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 14 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Un tournoi à Paris donna l’occasion de leur rencontre. Ils devaient tous deux y participer. Fébrile, elle s’enquit sur le web de la liste des participants danois. Il y en avait une dizaine et elle savait que parmi eux se trouvait Pitbull. Mais lequel ? Elle jonglait avec ces noms imprononçables, s’interrogeant sur celui qu’elle devrait s’appliquer à énoncer clairement. Elle supposa qu’il en faisait de même avec les participantes suédoises… Cela la fit jubiler.

Pour se reconnaître, ils avaient convenu d’un détail dont la difficulté à le repérer les fit mourir de rire devant leurs écrans respectifs. Les participants devant noter leurs parties au fur et à mesure du jeu, il s’étaient entendus pour que chacun aurait attaché un ruban rouge autour de son stylo. « Avec une belle boucle ! » avait précisé Cerise.

Ils rirent en imaginant la façon dont ils allaient devoir surveiller les stylos de trois cents joueurs d’échecs !

Ce jour arriva enfin. Rongée par l’appréhension, Cerise arriva à peine cinq minutes avant le début de la première ronde. Son stylo soigneusement enrubanné à la main, elle chercha rapidement le numéro de sa table sur les feuilles des appariements.
Table six avec les noirs contre… Helmut Schön ! « Et zut, et en plus c’est lui qui commence » pensa-t-elle dépitée.

Elle se dirigea vers la table six et s’installa devant les pièces noires en attendant son redoutable adversaire. Elle posa son stylo sur la table, à proximité de la feuille de marque.
Elle aperçut Helmut qui arrivait d’un pas nonchalant avec la même touffe hirsute de cheveux blonds que celle de l’adolescent qu’il n’était plus.
Elle lui adressa un sourire crispé en guise de bonjour. Elle jeta rapidement un regard circulaire vers les stylos des joueurs environnants mais elle ne vit rien qui l’interpella.
Quand elle tourna la tête, elle réalisa qu’Helmut l’observait. Agacée, elle planta ses yeux dans les siens. « N’essaie pas de m’impressionner, ça ne marchera pas » dirent ses yeux plissés par une expression de défi. L’allemand avait l’air étrange, totalement secoué par quelque chose qui échappait à Cerise. « Il a probablement mal dormi. Bien fait. Tu vas voir mon cher teuton de quelle façon je vais te dévaster l’échiquier » s’amusa-t-elle à penser sans y croire.

L’arbitre annonça au micro :
- Serrez-vous la main. Les noirs appuient sur la pendule et les blancs commencent. 


(à suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset