Douloureuse absence. Gouffre béant au bord duquel on s’assied, désemparé, les pieds dans le vide.
Absence que l’on tente de reconstituer à renfort de souvenirs. Timbre d’une voix que l’on croit entendre sans cesse. Peau imprégnée d’une odeur que notre mémoire effleure obstinément. Quelques mots griffonnés à l’encre tenace sur un papier qui de toute façon jaunira. Photographie d’un sourire qui, là, ne peut s’éteindre. Objets sans importance auxquels on s’accroche à présent. Absent que l’on raconte afin de le maintenir en vie. Absence omniprésente.
Absence dont la souffrance paralyse. Absent arraché. Calendrier d’un temps dont certains jours s’effacent de quelques projets de bonheur. L’absence les a gommés.
Absence qui nous laisse bancal. Absence déséquilibrante. Absence déstabilisante.
Sans regrets. C’est ainsi. « L’absent ne reviendra pas », scande sans cesse une petite voix réaliste. Il s’est absenté et probablement s’en excuserait. Il ne voulait pas faire de mal. C’est lui qu’il faut plaindre.
Celui qui reste, présent mais parfois absent. Celui qui part, absent mais si présent.
Le temps passe en emportant les larmes. Par sa sagesse, il nous rappelle que l’on ne peut pas vivre hanté par l’absence, ni à travers l’absent. L’absence n’est plus la vie. Et c’est ailleurs qu’il faut ensuite diriger ses pas.
Comme lorsqu’on écrit. Les pages se noircissent avec entrain puis soudain, la plume s’arrête. Brusquement, l’histoire lui échappe et déconcentrée, elle en perd le fil. La page reste blanche. On laisse passer une nuit, deux peut-être, puis un matin, on écrit enfin la suivante. A cet instant, on ne souffre plus de l’absence de mots. Et la plume reprend le chemin du papier. Elle se souvient des pages précédentes, les évoque parfois, s’en inspire même, mais elle continue l’histoire.
« L’absence est une ride du souvenir. C’est la douceur d’une caresse, un petit poème oublié sur la table » (Tahar Ben Jelloun, « Moha le fou, Moha le sage »).
Publié le 14 octobre 2007
L’absence est-elle un manque qui ne sera jamais comblé? Est-elle le vent qui attise le souvenir et le désir, ou les éteint finalement dans un dernier souffle? Nous chante-t-elle au cœur toujours sa mélopée ou se perd-elle dans le silence ?
Paul Dakeyo, écrivain camerounais, a écrit un long et beau poème : Les ombres de la nuit, poème (Ed Nouvelles du Sud. 1994).
« A l’origine de cette poésie de l’intimité avouée, s’inscrit le visage d’une femme aimée et connue au sens biblique du mot. Dans Les ombres de la nuit qui reprend et prolonge les subjectivités tourmentées inaugurées dans le précédent poème La femme où j’ai mal. Paul Dakeyo s’absorbe dans la réinvention du vécu, dans l’expérience affective d’une vie à l’intérieur de laquelle se vérifie toute nostalgie. Longtemps perçue comme être d’inclination, la femme devient du fait des méandres de la vie, celle qui s’en va, qui s’en est allée expérimenter à ses dépens d’autres mimétismes. Aussi, est-elle saisie à distance amoureuse, là où le temps fortifie le sentiment de la fêlure. L’écriture vigoureuse du poème totalise toutes les angoisses, explore des instants de vacuité qu’irradient les malentendus de la vie. L’absence devient l’accouplement des mots, Dakeyo fait se déplacer les signes de l’apparence pour nous permettre d’examiner en sa compagnie, sa propre douleur » écrit Fernando d’ALMEIDA dans Ethiopiques.
Du très long texte , nous avons tiré ce florilège:
Où es-tu
Même les murs de la maison
Contemplent le printemps
Enfoui dans nos souvenirs […/…]
J’arrive même à disséquer l’absence […/…]
Laisse-moi demeurer près de toi
Là où se tisse le chant
Les soirs de pleine lune
Sur la transparence du désir […/…]
Tu auras déserté même ton ombre […/…]
Tu es le miroir brisé
Où se déroule mon visage tendu […/…]
(...) qui es-tu aujourd’hui
Es-tu toujours mon rêve de terre ferme
Et de vent […/…]
effacer l’absence
Qui (l’) envahit comme un linceul […/…]
Ton visage porte les nuages du ciel
A perte de vue à perte d’amour
Mais prenant cap sur l’infini.
Tu veilles l’absence […/…]
La porte s’est refermée
Et je peux enfin me défaire de ton masque sacrilège
Et me retrouver seul dans la chambre de l’oubli
Ivre du vide qui m’assaille […/…].
Tu graviras la pente du matin clair
Comme un torrent dans le cri de nos enfants
Jusqu’à l’autre rive
Avec la seule force du soleil
Pour que reprenne la vie
Un jour nouveau
Là où le verbe rejoint le cri […/…]
J’abreuverai ma solitude de poésie
De poésie seule pour scruter
Les abîmes d’un amour profond d’absence […/…]
Je ne peux plus conjuguer le verbe attendre
A tous les temps […/…]
J’écris pour ne pas sombrer dans la mort
(...)
(...) La nuit des autres me submerge
Et me suffoque […/…]
Pour que seul demeure le silence
De notre patience […/…]
Publié le 14 octobre 2007
Publié le 14 octobre 2007
En Inde, Junagadh est lieu de pèlerinage hindou. Des temples en hommage a Shiva ont été édifiés au sommet d'une colline. Pour y accéder, il faut gravir 10 000 marches… En réalité 7000, car une route mène a la 3000ème… Martine n’a pas pris la route et a fait l’ascension des 3000 VISITEURS sans chaise à porteur. Elle a donc amélioré son karma d’internaute… il ne lui reste que 7000 clics pour atteindre le nombre « shivaïque » et accomplir la danse cosmique de la destruction et de la création de l'univers…
« Percorrendoti ancora,
ritrovando intatta ogni cosa
senza cieli notturni, senza
stelle negli occhi.
Sete continua che solo l'assenza
sa perpetuare.
S'assopiscono, inquieti,
i giorni accattoni per strade
deserte dove voci e profumi
inventano macabre
reminiscenze.
E ruggire più sommessamente sento
l'uragano che ci travolse
va spegnendosi in lontananza,
lasciando gli echi imprimersi,
scorticate memorie, sulle pietre
d'antichi palazzi.
Risuonare, impossibili e perduti,
nelle notti vuote come coppe
rovesciate. »
Rita. R. Florit, Lezioni inevitabili, LietoColle, novembre 2005, p. 9.
Poème que j'ai tenté de traduire ainsi :
« Continuant de te parcourir,
je retrouve intacte toute chose
sans ciels nocturnes, sans
étoiles dans les yeux.
Soif continue que seule l’absence
sait perpétuer.
Par les rues désertes où voix et parfums
inventent de macabres réminiscences,
s’assoupissent inquiets
les jours mendiants.
Et je sens rugir, plus soumise,
la tornade qui nous entraîne,
finit par s’assoupir au lointain
et laisse sur les pierres de palais anciens
les échos s’incruster,
mémoires écorchées.
Résonner, perdus et improbables,
dans les nuits vides comme des coupes
chavirées. »








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