Pendant que vous vous délectiez du gigot d’agneau à l’ail dominical (et de la quiche lorraine locale), en attendant la cuisson des lentilles au figatellu (cf. commentaires d’hier), je m’exerçais au jeu du cadavre exquis avec mon cuisinier favori…
" Cadavre exquis "… Vous connaissez ce jeu ? Oui, forcément… Pour ceux qui l’ignorent (une minorité cependant, isn’t it ?), il s’agit d’un jeu bien plus drôle que le Monopoly… Chacun des participants écrit un morceau d’histoire au gré de sa fantaisie et de son imagination, rebondissant sur la dernière phrase du précédent… Bien évidemment, seule celle dernière est visible par l’autre… Sinon cela ne serait pas drôle du tout…
Pour plus de compréhension (quoique…) la phrase en question est soulignée.
Livré tel quel et sans trucage… En italique, votre serviteuse…
Elle était nue depuis des heures mais n’avait pas froid. Autour d’elle, les autres participants ne semblaient guère non plus se soucier de la froidure qui régnait pourtant dans la pièce. Depuis combien de temps étaient-ils ainsi, se dévisageant de biais ou de bas en haut ? Nul ne le savait… Soudain, une porte s’ouvrit et un malabar entra. Il la désigna du doigt et sans un mot, lui fit signe de s’habiller et de le suivre.
Elle enfila ses chaussettes en le regardant fixement au fond des yeux.
Il ne vit plus alors qu’une seule chose…Un détail terrifiant…Sa chaussette gauche était trouée…Comment une joueuse de tennis pouvait-elle être à l’aise dans ses chaussures de sport avec un orteil funambule ? Elle allait perdre son match… Il en était certain… Il voulut lui en faire la remarque mais se ravisa.
Il n’osait pas… Elle était si versatile…
Ce genre de situation n’était pas sa tasse de thé. Mais bon ! Puisqu’il fallait en passer par là…Comment refuser ? Il décida de n’en rien dire et mit donc deux sucres dans son café en priant pour que jamais personne ne le sache…
Elle éclata d’un rire cristallin devant tant d’innocence…
Il lui paraissait si emprunté, si naïf mais si tendre aussi… Son regard bienveillant lorsqu’elle gagna le set décisif contre cette dinde d’américaine… Elle s’était même demandé si il n’était pas amoureux d’elle… Mais non, cela n’était pas possible… Il y avait Nicole et leurs deux beaux enfants…
Il avait tout d’un homme fidèle… Elle en était persuadée…
Il la ramena dans la pièce, un peu contre son gré, et bloqua la porte, des larmes dans les yeux. La reverrait-il jamais ? Qu’importe si c’était le destin, le hasard ou l’ordre incontournable d’un Dieu tout puissant. Ce qui était à faire devait être fait !
Elle se retrouva, hagarde, livrée aux regards interrogatifs de ses codétenus…
Bien entendu, elle regrettait son geste fou, son coup de raquette spontané lorsqu’il lui fit remarquer ce trou à sa chaussette… Mais il faut bien l’admettre, on ne dit pas de telles choses à une joueuse de tennis professionnelle !
Désolée, cher ami, jeu, chaussette et match…








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