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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, quand ça lui chante, à 7 heures 53, plus tôt ou plus tard, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ourse, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le Mercredi 16 juillet 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Nous sommes au début du siècle dernier dans un petit village Capcorsin. Santa vient de mourir. Elle n’était pas très vieille mais à cette époque-là, elle l’était.

Allongée sur le lit, un lourd crucifix sur la poitrine, ses yeux sont clos et sa bouche pincée. Sa famille la veille et les villageois passent présenter leurs condoléances les uns après les autres. On n’entend que des chuchotements discrets et des bruits des chaussures sur le plancher en châtaignier. Tous s’interrogent. De quoi est morte Santa ? On l’ignore. Elle est tombée brutalement près de la fontaine. Elle avait cessé de respirer. Elle était morte sans que l’on sache comment. Le médecin a diagnostiqué une… mort brutale… On s’en contenta puisque c’était l’avis du médecin. Un médecin a toujours raison.

Stella, sa sœur, a immédiatement pris les choses en main et organisé les funérailles. Elle est allée voir le menuisier et lui a commandé un cercueil.

Tout est prêt et l’enterrement aura lieu à quinze heures à l’église du village.

 

Midi 12.

Quand Santa se réveille, elle se sent oppressée par un poids étrange sur la poitrine. Elle soulève lentement son bras et tâte son buste de sa main. Elle ouvre un œil mais elle n’a pas le temps d’ouvrir le second qu’un hurlement déchire l’atmosphère lourde.

C’est Stella. Les yeux exorbités, elle tend un doigt tremblant vers Santa.

« Elle a bougé ! »

Tous les regards se tournent vers la défunte… Les visages s’allongent d’une expression que l’on retrouve en principe chez celui qui apprend un décès… Mais là, c’est une résurrection. Un miracle.

Santa sursaute, arrache le crucifix posé sur son corsage fermé et se redresse soudain. Assise et totalement éberluée, son regard balaie la pièce de l’un à l’autre avec stupéfaction.

 

- Mais que faites-vous donc tous là à me regarder dormir ? Bafouille-t-elle.

 

Stella, de signe de croix en signe de croix, ne parvient pas à parler. Elle hésite entre mourir de peur ou juste s’évanouir.

- Tu es morte Zia Santa ? Demande naïvement Migué, le petit de Paolina, en s’approchant prudemment du lit.

- Morte ?

- Ben, tu étais morte tout à l’heure.

- Tu vois bien que je suis vivante imbécile !

- Ben, tu n’es plus morte alors. Je suis bien content que tu aies changé d’avis…

 

Les gens, pétrifiés, observent Santa qui vient de s’asseoir au bord du lit. On entend juste : « Il faut appeler le docteur ».

 

Dès que Santa aperçut le médecin entrer dans la pièce, elle s’insurgea :

- Mais je ne suis pas malade ! Et si toutefois j’ai été morte, je l’ai été en excellente santé ! Laissez-moi tranquille… Partez tous. Je dois faire mon lit.

Mais après avoir parlementé quelques instants à voix basse, le médecin parvint à l'ausculter, le sourcil froncé et perplexe. Il lui palpe le ventre, évalue le blanc de l’œil, l’écoute respirer l’oreille collée à son dos. Il s’arrête, réfléchit, recommence. Enfin, après plusieurs longues minutes, son diagnostic tombe :

- Elle est vivante.

 

Stella, après avoir fait son cent cinquante troisième signe de croix, retrouve un vague filet de voix :

 

- Docteur, vous avez dit qu’elle était morte de mort brutale. De quoi n’est-elle plus morte alors ?

- Euh… C’est assez mystérieux en effet…, répondit-il après s’être raclé plusieurs fois la gorge en toussotant pour faire diversion, je pense qu’elle était beaucoup moins morte qu’on le supposait… Juste un peu… Mais pas assez… Dieu y est peut-être pour quelque chose ?...

A ces mots, Stella fit son cent cinquante quatrième signe de croix.

Puis, afin de se tirer d’embarras, il prit soudain un ton jovial :

-          Tout est bien qui finit bien !

 

C’est à cet instant-là que Cesare, le menuisier, fit irruption dans la pièce et, les mains sur les hanches, posa une question à Santa, toujours assise au bord du lit. Une question bête pour tout le monde sauf pour lui…

 

-          Et le cercueil ? J’en fais quoi ?

-          Le cercueil ? Mais je n’en ai pas besoin de cercueil ! Tu peux le garder !

-          On me l’a commandé, il faut le payer.

-          Si j’avais été morte, je n’aurais rien eu à payer. Fais comme si j’étais morte… Ou alors il fallait passer te faire payer quand j’étais encore morte.

-          Si tu étais restée morte, c’est Stella qui l’aurait réglé, mais comme tu as changé d’avis, c’est toi. J’ai une famille à nourrir moi.

 

Le ton monta progressivement pour terminer par une dispute magistrale, chacun restant accroché à sa position.

 

Quelques temps plus tard, Cesare le menuisier attaqua Santa en justice. L’affaire traîna plusieurs années… Quand Cesare mourut, dix ans plus tard, l’affaire fut… enterrée… Quant à Santa, elle lui survécut de plus de dix ans…


                                                       
 Copyright © 2008 Martine Rousset