Imaginez un instant la situation suivante :
Votre facteur dépose dans votre boîte aux lettres un courrier à l’entête de la Direction des Services Fiscaux. Autrement dit, les impôts vous écrivent.
Bien entendu, vous décachetez l’enveloppe, le front plissé par l’inquiétude et la bouche tordue par l’angoisse… Vous êtes en apnée. Vous extirpez fébrilement le document soigneusement plié en trois contenu dans l’enveloppe et lentement, le plus lentement possible pour éloigner l’échéance de l’instant haï, vous dépliez et vous lisez.
« TAXE FONCIERE 2008. »
Les trois mots tombent lourdement sur le sol de votre cuisine alors que la blanquette, insouciante, mijote gaiement.
Résigné, vous épluchez la lettre aussi consciencieusement que vous l’avez fait une heure plus tôt pour les carottes.
« PARCELLE B 206 ».
Vous froncez les sourcils et posez un index sur votre tempe dans un geste de réflexion.
« B 206… B 206… » Répétez-vous deux fois pour mieux vous en imprégner. Et soudain, vous vous écriez « Mais elle n’est pas à moi la B 206 ! ». Vous abandonnez précipitamment la blanquette après avoir baissé le thermostat sur 2 et vous vous ruez sur votre dossier « Titres de propriété ». Après vérification vous concluez « Non, la B 206, elle n’est pas à moi ».
Vous êtes ravi mais, néanmoins, vous vous demandez pourquoi les Impôts s’adressent à vous pour un terrain qui ne vous appartient pas et là, vos yeux se posent sur l’adresse… « Oh ! Ce n’est pas mon nom ! Ils ont écrit « Les copropriétaires » sans préciser le nom ! ». Le facteur ne devait pas savoir quoi en faire… Le hasard faisant parfois bien les choses, il a opté pour le coup de bol. Super. Du coup, vous avez faim, vous retournez à votre blanquette et lui jetez un œil bienveillant en plongeant la cuillère de bois dans la marmite fumante.
Et là ? Et là, se pose une question. LA question : « Qu’allez-vous faire du document qui ne vous est pas destiné ? »
a) Le remettre au facteur dès le lendemain matin. Retour à l’envoyeur.
b) Le renvoyer directement aux impôts en précisant que le document ne vous concerne pas.
c) Vous n’en faites rien. Vous le virez.
Il vous semble immédiatement sage d’exclure le c). Il n’est pas prudent de risquer le rappel et les soucis qui viendront ensuite. Restent donc le a) et le b).
Mais… Mais… Il existe un d)… Un vilain d)... Un d) sournois…
Parce que figurez-vous que la propriétaire de la B 206, c’est moi… Et je viens de recevoir des Services fiscaux le document en question dont j’ignorais bien évidemment le parcours mais accompagné de la copie d’une lettre dont son auteur n’imaginait probablement que j’aurais vent de son d)… Surtout qu'il habite, à vol d'albatros, à une centaine de mètres de chez moi...
« Messieurs,
(…) Après recherche, il s’avère que l’avis d’imposition pour le bien cadastré B 206 sur la commune de Pero Casevecchie (copie jointe) concerne Madame Martine Catherine Arlette Rousset née le 10 août 1960 (…). En vous remerciant, veuillez recevoir, Messieurs, l’assurance de ma parfaite considération ».
Après… recherche !!!!.... Tous mes prénoms ! Ma date de naissance ! Mais il a trouvé ça où le type ? Et sa « parfaite considération»... Je rêve !… Il ne pouvait pas les laisser chercher non ? C'est pas plus drôle quand on les oblige à chercher ? Ils nous trouvent quand même mais au moins, ils ont cherché.
Et tout ça pour... 37 €...
Certains cerveaux ont des méandres qui m’échappent…
Bon, zen Martine, zen… Euh… Quelle cuisson pour la blanquette ?








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