Vous circulez un matin dans le dédale d’un supermarché et vous poussez votre caddie en rouspétant. Vous avez encore oublié votre liste de courses et cela vous agace. Le week-end commence mal…
Et puis voilà. Alors que vous hésitez entre les vermicelles et les pâtes alphabet, un effluve subtil vous interpelle. Un voile de senteur envoûtant vous passe sous les narines, s’arrête un instant devant chacune d’entre elles et suggère à vos yeux d’en chercher l’origine. Ceux-ci obéissent et s’arrondissent d’extase. Près de vous, un paquet de coquillettes à la main, il est là… Beau, séduisant… La totale… Vous remarquez immédiatement qu’il n’a pas d’alliance et cela vous arrache un sourire béat dont vous êtes persuadé qu’il est infaillible. Vous vous croyez redoutable.
L’homme aux coquillettes (là, il ne faut pas oublier le « q »…) vous sourit, un peu gêné. Vous savez qu’à cet instant, ce que vous allez lui dire sera prépondérant. « J’adore le gratin de coquillettes », lui déclarez vous alors, le regard courgement brillant. Il toussote, lance son paquet de nouilles (bon, là, c’est pour le « n » qu’il faut être vigilant…) nonchalamment dans son panier rouge « U » et vous tourne le dos artistiquement après vous avoir répondu un « ah bon ? » qui vous submerge d’émotion. Vous le regardez un instant s’éloigner et détaillez cette silhouette virile dont vous feriez bien votre quatre heures chaque matin.
Vous l’avez séduit. Vous le savez. Vous avez décelé en ce garçon un wagon de désir pour vous dans son « ah bon ? ». D’ailleurs, vous pariez qu’avant de passer le bout du rayon, il va se retourner pour vous jeter une œillade irrésistible. Vous pensez : « Si j’ai un nombre pair d’articles dans mon caddie, il va se retourner ». Vous comptez : 11. Vous virez les vermicelles et vous attendez. Il se retourne. Vous n’êtes pas certaine que c’est vous qu’il regarde mais néanmoins, vous lui adressez un petit signe de la main.
Il disparaît de votre vue et vous vous dîtes « Oh ! Il me propose un cache-cache ! Petit coquin va ». Amusée par sa proposition, vous partez à sa poursuite à fond de train. Vous vous étonnez de la dextérité avec laquelle vous abordez les virages, le caddie en travers et vos semelles en guise de frein. Vous glissez avec art. Vous savez qu’il vous attend avec impatience quelque part entre le rayon « surgelés » et le rayon « conserves ».
Vous le localisez finalement devant le gruyère râpé. Vous comprenez immédiatement… Vous lui aviez confié tout à l’heure votre préférence pour le gratin de coquillettes… Ce garçon est vraiment délicieux.
Il fait mine de ne pas vous voir. « Quel joueur ! » pensez-vous tendrement. Vous le bousculez volontairement en riant à gorge déployée afin de lui faire comprendre que vous avez tout compris de son petit jeu. Il sursaute. Il plante ses prunelles de braise dans votre regard de merlan frit et vous voyez à sa bouche sensuelle qui s’entrouvre qu’il va vous parler. Vous anticipez déjà son « Qu’aimeriez-vous boire avec le gratin de coquillettes ? ». Mais à la place, vous entendez : « On se connaît ? Ah oui ! Vous devez être une amie de ma belle-mère !... ».
Pauvre type.








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