Le jour déclinait doucement. Valentin frémissait d'impatience ; toute la journée il n'avait pu s'empêcher de penser à ce dîner qui s'annonçait fort prometteur. Le clocher d'une église voisine l'informa de l'imminence de cette soirée tant désirée. Pendant que le tintement des cloches s'atténuait doucement, Valentin se remémora les circonstances somme toute assez banales de cette rencontre : ce premier rendez-vous autour d'un café tiédasse dans le bar voisin situé à quelques mètres de son domicile. Valentin se dit que l'on vivait une époque décidément formidable, il suffisait de faire acte d'allégeance au dieu Internet pour satisfaire ses instincts les plus libidineux sur des sites de rencontre absolument improbables. Et, une fois de plus, la magie informatique avait fonctionné ; la belle était assise devant lui et commentait avec une ferveur peu commune ce qui semblait être l'événement littéraire de la rentrée : les Mystères d'âmes de l'énigmatique Martine Rousset. Après le troisième café, il avait été convenu de se retrouver en fin de semaine au domicile de Valentin pour un dîner en tête-à-tête annonciateur de délices plus substantiels. Soudain, la sonnerie de l'entrée arracha Valentin à sa rêverie. Dès la porte ouverte, Valentin fut assailli par les effluves d'un parfum bon marché qui lui donnèrent à penser que la magie d'Internet avait trouvé ses limites. Mais la promesse des réjouissances qui l'attendaient emporta ses réticences. Les quelques coupes de champagne précédant le repas concocté par ce traiteur chinois hors pair ayant eu l'excellente idée de s'installer de l'autre côté de la rue, suffirent à installer un climat propice empreint d'une sensualité sans équivoque. Une énième coupe de champagne propulsa les deux aventuriers du Net dans la chambre à coucher. Au milieu des vêtements épars, une voix féminine empreinte de déception s'éleva doucement : « Ce n'est rien, Jean-Paul, ce sont des choses qui arrivent ». Et Jean-Paul lui répondit d'une voix éteinte : « Je ne comprends pas, ça doit être le champagne, ça ne m'est jamais arrivé... ». Quant à Valentin, en spermatozoïde dépité et néanmoins optimiste, il se consola en se disant que demain était un autre jour...
(Texte : Diogène)
(Texte : Diogène)
NDLB : Diogène sévit sous un pseudo. C'est son choix et je le respecte. Vous pourrez me torturer, me faire du chantage ou tenter de me soudoyer (faites une offre quand même...), je ne dirai rien !








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