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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
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Publié le 17 septembre 2007 à 01:21
Par Martine Rousset
Il n’eut pas le temps de terminer la première page. Nina apparut soudain, les cheveux ébouriffés et les yeux à peine entrouverts.
- Vous avez bien dormi ? S’enquit-il.
Elle ne répondit pas, lui caressa le bras au passage et se dirigea au radar vers la cafetière. Lazare s’amusa à imaginer qu’à l’insu de Nina, il avait remplacé la cafetière par le robot de cuisine… S’en serait-elle rendu compte ? Cela le fit rire. 
Nina s’assit sur le banc qui longeait toute la table, s’adossa au mur, releva les genoux, mit les pieds sur le bord du banc et passa par-dessus ses jambes le tee-shirt qu’elle avait emprunté à Lazare, celui où était inscrit « Pitbull » en grosses lettres rouges. Elle plongea le nez dans son bol et laissa la caféine faire son office. 

- Aimeriez-vous que je vous demande un jour de me passer le sel ? Lui balança-t-elle brusquement en reposant le bol vide sur la table.
Ahuri par cette question inattendue, il en lâcha la feuille qu’il tenait entre les mains. Cependant intrigué, il la fixa et attendit la suite, le regard interrogateur.
Elle saisit son incompréhension et reformula sa question :
- Avez-vous déjà imaginé qu’un jour une femme pourrait vous demander de lui passer le sel ?
Les yeux de Lazare s’arrondirent davantage. Il fit vaguement « non » de la tête.
- « Passez-moi le sel », reprit-elle, est une phrase que tout individu doit accepter d’entendre un jour de celui ou celle qui partage sa vie. Lorsque ni l’un ni l’autre n’ont plus rien d’autre à se dire. Qu’ils se sont tout dit. Mais si ils ont su se le dire et qu’ils se le sont bien dit, n’est-ce pas que la sérénité s’est enfin installée ? Finalement, cette phrase est réconfortante, vous ne trouvez pas ?
Abasourdi, Lazare alluma une cigarette du mauvais côté. Le goût écoeurant du filtre brûlé le fit grimacer. Il l’écrasa vite dans le gros cendrier de pierre et en alluma une autre.
Il l’observa un long moment en silence à travers les volutes de fumée. Il réalisa soudain que cette question l’encourageait à se projeter lui-même dans un avenir qui lui échappait forcément. Il ne savait que répondre. Totalement déstabilisé, il ne quittait pas son regard. 

- Martiiiiine ! Vous êtes là ?
- Evidemment ! Si vous y êtes, j’y suis aussi !
- Qu’avez-vous l’intention de me faire dire à présent ? Je vous préviens, il est hors de question que le misanthrope que je suis réponde à cette question.
- C’est simple pourtant… Nina vous demande le plus ingénument du monde si votre rencontre sera utile à votre quête de sérénité. L’aimez-vous ?
- Qu’en sais-je ! Suis-je capable d’aimer l’autre ? J’aime l’amour pour l’acte, pour le bien qu’il procure. Je suis un homme ! J’ai multiplié toute ma vie les aventures, j’ai aimé physiquement, parfois davantage mais de là à imaginer que je demanderai à l’une d’entre elles de me passer le sel un jour !
- Pensez-vous que Nina puisse être à la fois acte et sentiment ? Votre curiosité vous a poussé vers elle. Votre désir d’acte ne vous a-t-il pas mené au sentiment ? Ne combattez pas Lazare !
- Je suis un combattant ! Un dissident ! Un militant ! Le dernier des Mohicans, c’est moi ! Mais je me combats moi-même… et je reconnais qu’en tant que misanthrope, j'ai besoin de l'autre. Paradoxe ? Je ne suis pas fou… Je suis paradoxe. Mais je suis aussi un humain, ce qui est mal vu en ce moment de certitude réalisto-basique. Il faut être rentable… Collègue rentable, ami rentable, consommateur rentable, esclave rentable, amoureux rentable aussi. Il est encore ouvert le bar à Cuba ? Celui où Hemingway refaisait le monde entre deux délires ?
- La Bodeguita del Medio ? Allez voir !
- C’est une idée en effet. Au moins, il y avait des humains…
- Peut-être tout simplement parce qu’il y avait des penseurs, des humains en quête de bases humaines pour y loger leur mal-être ?
- Ils ne cherchaient pas… Ils le vivaient ! Le monde était encore possible ! Alors le monde, soit je le fait péter, soit je le quitte. Mais si je me bats, je ne le ferai que s’il y a des comancheros.
- Allons Lazare, rangez votre sarbacane !!
- Où sont les Fanfan la Tulipe, les Guillaume Tell, les Robin des Bois, les Thierry la Fronde, les… Zorro !
- La cape de Zorro vous irait à ravir… Finalement, je me demande si le monde ne s’est pas compliqué en voulant faire croire qu’il serait plus simple ? Leurre. Valeurs oubliées. Sentiments tronqués. Pureté perdue.
- C’est bien dit, c’est cela.
- Je le pense en tout cas.
- Oui mais vous le dites bien. Vous voyez Martine, moi j’ai la haine, et vous, vous le dites bien. Faites attention ! En ces jours sombres de matérialisme, les artistes ne sont pas reconnus comme… rentables ! Terrible erreur d’une société déliquescente !
- Je n’ai pas le désir d’être rentable !
- Je parlais d’esprit !
- Je ne demande à personne de m’entendre sauf s’il se balade sur la même longueur d’ondes que moi. Les autres ne m’intéressent pas.
- Ce n’est pas une solution… Si il n’y avait pas eu Jésus Christ, nous fêterions quoi le 25 décembre ?
- Quel rapport ?
- Lui, il s’occupe des gens et il y croit ! Aimer son prochain, c’est s’aimer soi-même. Mais… quand il n’y a plus de prochain ? Que faisons-nous ? Eh bien, nous poussons des chariots d’esclaves à Auchan et nous votons pour nos propres chaînes.
- J’aime mon prochain…
- Vous avez de la chance… Il est inhumain, je trouve. Vous voyez mon chat, là, sur le fauteuil ? Il est plus humain ! Il est fidèle, généreux, indéfectible. Ni haine, ni Dieu ! Oh, Martine, je crois que vous avez raison… Je mène un combat inutile… J’aime l’amour et Nina, les deux se confondent parfois… Donnez-moi les mots que vous voulez. Je baisse les armes.

- Soit. Mais il n’est pas certain que Nina ne fasse pas de la résistance ! Restez prudent.

(à suivre)



Les commentaires


Publié le 17 septembre 2007
Par Jean-Paul
flicorse@ifrance.com
Après lecture, à la Bodeguita del Medio, on goûterait volontiers un de ces fameux mojitos( un cocktail cubain préparé avec du rhum, du citron, de la « hierba buena » plante qui ressemble à la menthe, sucre, eau gazeuse et glace), en compagnie d’Ernest Hemingway, de Nicolas Guillem, Poète National de Cuba, Salvador Allende, qui fut président du Chili… et tant d’autres noms figurant sur les murs de l’établissement cubain..

Mais revenons à Lazare et Nina… La volonté n’a rien à voir avec l’amour… Tous les amours sont involontaires, même le premier n’en déplaise à La Bruyères…
Le sel peut être mis sur des plaies. Quel usage va en faire Camille, si Lazare lui passe la salière ? Acceptera-t-il ce « mot-geste » dont il ne saisit pas le sens ? Ses plaies sont-elles trop profondes pour qu’il se méfie des grains de sel ?
Et Camille ? A-t-elle jeter une bouteille à la mer, uniquement pour se faire passer une salière ? A quoi joue-t-elle ? Au jeu du hasard puis au « je… de l’amour »… Après Musset, Martine se livrerait-elle à quelque marivaudage ? Lazare et Nina vont-ils réussir à dire « Nous » ?
Jeu de dupe ? Besoin de jeu ? Je favori ? Jeu cruel ? Le jeu en vaut-il la salière ? Comment lire dans le « je » de Camille ? Agit-elle par jeu ? Jeu de l’imagination ? Inspirée par René Char, résistera-t-elle à la fatalité ?…
Les lecteurs sont dans l'attente de la suite... sauf un qui n'aime pas ce qu'il appelle une bluette. Bof! Tampis pour lui...


Publié le 18 septembre 2007
Par jean-paul
flicorse@ifrance.com
Il fallait écrire... Tant pis pour lui... Bof! Cela ne l'a même pas fait bouger à nouveau! Il reste tapi dans son tonneau...


Publié le 18 septembre 2007
Par micorne
michele.v@wanadoo.fr
Bluette, sil l'on veut, ma bluette m'est chère.
Qui est Camille? aurais-je manqué quelque chose?


Publié le 18 septembre 2007
Par Mi-figue, mi-raisin mildiousé
mathieu.difrade@caramail.com
Micorne serait-elle myope, puisque ‘elle ne manque pas d’r .
Si elle a tout raté, je lui explique…
Camille , surnommée Nina, est amoureuse de Perdican qui se fait passer pour Lazare afin de la séduire …
Tous ces personnages échappent à Martine et sont en quête d’auteur(e)s, s’ajoutant aux six de Pirandello.
Est-ce la faute à Rousseau ? Est-ce la faute à Voltaire ? Oui, répondrait Gavroche qui a semé la révolte. La révolution cubaine s’exporte et fait un tabac. Perdican fume le cigare de Lazare. Martine a effacé la mer. Une pénurie de sel a fait monter les cours. Plus personne ne veut lâcher sa salière qui est devenue le cadeau de fiançailles le plus apprécié.
J’espère que Micorne arrive à suivre, sans mi-graine dans son mi-crâne, sur lequel Je pose la question « être ou ne pas être… ». Si Shakespeare avait été Musset, il aurait ajouté « …amoureux ?». Nous sommes en septembre et nous avons passé la « miaoût ». Près de la cheminée, le chat est là pour nous le rappeler.
Les amours d’automne sont trop prés de l’hiver et la pluie fine tombe sans fin. Il n’y a pas d’amour heureux, dit le poète. Si Lazare est un sot, c’est la faute à Rousseau, si Nina a les nerfs, c’est la faute à Voltaire, si Perdican n’est plus puceau, c’est la faute à Rousseau, si Camille se désespère, c’est la faute à Voltaire…
Camille a trouvé Dieu, Perdican a perdu Camille, Nina a trouvé un homme que Diogène cherche toujours lorsqu’il sort de son tonneau. Cet homme est Garcin Lazare qui fume de longs cigares…
Voilà, Micorne, un mic-mac aux allures de réjouissances de la mi-carême pour une bluette qui n'est pas faite pour les mi-dinettes et les mi-gnons... ni pour le misanthrope.