Nina se leva en soupirant, s’approcha de la cheminée et s’installa en tailleur à même le sol. Elle tournait le dos à Lazare. « Il ne répondra pas mais au moins il aura entendu ma question » se résigna-t-elle en offrant ses mains ouvertes à la chaleur des flammes.
Lazare alluma sa dixième cigarette de la matinée et la rejoignit près de l’âtre. Elle lui retira avec agacement la cigarette de ses doigts et la jeta au feu. Il se sentit tout à coup à découvert. Son âme déshabillée et nue, à la merci de l’autre, s’accordait un soupçon de répit dans la lutte.
Il rompit enfin le bruit du silence.
- Il serait bon de nous envisager en ces temps moroses… Qu’en pensez-vous chère farfadette ? Les yeux dans les yeux…
- Il n’y a pas de féminin à farfadet…
- Pour moi oui.
- Nous envisager entre quatre yeux ? C’est restrictif non ?
- Déjà, que suis-je pour vous ? Un écueil au gré de la houle ?
- Euh… Je n’en sais rien ! Cela demande réflexion. Un « peut-être » ?
- Oh, les filles, il ne faut pas chercher à les comprendre. Jamais. Les charmer oui… Mais pourront-elles me séduire en retour ?
- Nous sommes nombreuses ?
- Celles d’avant, celles d’après, celle de maintenant…
- Et si il n’y en avait plus après le maintenant ?
- Après, c’est quoi ? Demain ? Dans dix ans ? Après et déjà hier… La lumière n’existe que par l’ombre… Si pour un homme, il existe une fille qui, existentiellement, éventuellement lui correspondrait, ce serait le… loto !
- Vénal !
- C’est écrit dans le destin, le karma, que sais-je ! Seriez-vous le centre du monde ?
- Oh non, j’aurais trop peur de me perdre !
- Restez la farfadette de mon monde. Du mien et du reste. Soyons épicentraux. Sans plus. « épi » qui vient du grec et qui signifie « autour ». Pas dedans…
- J’en fais un peu trop là ! La farfadette de mon monde… Pff… Je me sens mièvre…
- Mais non… Vous êtes parfait. Regardez comme elle sourit aux flammes… J’aime bien quand vous faites de la philosophie de comptoir ! Elle a le mérite d’être teintée de fraîcheur.
- De la philosophie de comptoir ! Vous êtes blessante ! Eh bien, puisqu’on est au comptoir… un pastis s’il vous plait !
- Et puis quoi encore ?
- Avec deux glaçons, ça ira.
Le chat vint se loger entre eux. Assis, droit comme un « i », les yeux clos, il absorbait avec délice la douceur enveloppante de la cheminée.
- Mon chat est un poète, vous le savez ?
- Il fait des vers sans en avoir l’air… Ironisa-t-elle.
- Ne vous moquez pas de mon chat. Vous ne savez pas ce qu’il pense à l’instant présent.
- Il parait serein…
- Il l’est lui !
- Mais il ne le sait pas…
- Et vous que savez-vous au juste ?
- Si peu de choses… Comme le chat, je regarde les flammes sans savoir quand elles vont s’éteindre.
- Arrêtez de rêver.
- Je ne fais que rêver que je rêve. C’est bien comme compromis non ?
- Je vais vous poser une question aussi saugrenue que celle du sel. C’est une question que se pose Martine, je le sais.
- Martine ? Qui est-ce ?
- Une vague connaissance qui ne fait que me contrarier…
- Une ex ?
- Oh non ! Ce n’est pas mon genre… Trop fleur bleue. De l’espèce à n’aimer que la littérature de gare… Vous voyez le genre !
- Quelle horreur en effet ! Et sa question, quelle est-elle ?
- Lorsque vous avez jeté votre grain de sel à la mer, aimiez-vous déjà l’amour ?
- Pas d’accord là ! Vous m’inquiétez car vous exprimez des choses que je ne souhaite pas vous entendre dire. Vous cherchez à m’écraser ? A anéantir ma condition d’auteur ? A démontrer mon inutilité ? Je dois m’effacer et vous laisser délirer c’est cela ? De la littérature de gare ! Je vous ferais remarquer que vous avez un prénom de gare ! Méfiez-vous, je ne vous ai pas encore donné de patronyme… Lagarcin, ça vous irait ?
- N’arrive-t-il donc jamais qu’un personnage échappe à son auteur ? Vous avez décidé de faire de Lazare un rebelle, vous en subissez les conséquences.
- Pourquoi une telle provocation ?
- Vous m’obligez à sortir de moi-même. Je m’échappe comme je peux.
Nina émit un long bâillement sonore qui fit sursauter le chat.
- Je vous embarrasse ? Demanda Lazare.
- Non… Oui… Aimais-je déjà l’amour avant de vous rencontrer ? J’étais désabusée, c’est vrai. Non, en fait, je n’aimais plus l’amour… L’amour était un vieil amant oublié. Il me rappelle à son bon souvenir mais il n’a pas gagné la bataille… La route est longue… La confiance est fourbe. A trop s’y plonger, on s’endort. Au fait, vous me ferez lire ce que vous avez écrit ?
Lazare réfléchit un bref instant. Il se leva d’un bond, attrapa les pages abandonnées sur la table et en deux enjambées, les jeta dans la cheminée.
- Nooooon !
- Si.
- Je ne suis pas fait pour écrire. J’aurais trop peur que l’un de mes personnages ne m’échappe et ne s’empare de l’histoire.
- Et si c’était moi qui vous échappais ? Vous tenteriez de me retenir ?
- Non, ma chère… Je suis chevaleresque moi ! Noble dans ses intentions quoique parfois roturier dans ses actes…
- Alors… Partons en croisade contre l’ordinaire même si l’extraordinaire que nous visons n’est pas nécessairement très original aux yeux du commun des mortels...
Puis chacun se mit au travail. Nina dessina avec conviction un chaton qui voyait un lion dans le reflet du miroir dans lequel il se regardait. Lazare déconseilla avec tout autant de conviction la poésie à un poète maladroit dont les textes ne rimaient strictement à rien.
- Un petit strip poker pour rigoler ?
- Ah non ! Vous seriez capable de me ridiculiser auprès de mes lecteurs…
- Une dernière chose… Pourriez-vous éteindre la radio, cela me perturbe pour travailler.
- Tout à fait réalisable. Bonne journée Lazare. Demain sera un autre jour.
- Vous ne m’importunerez plus ? Promis ?
- Etes-vous capable de promesses ?
- Non…
- Moi non plus.
Lazare n’interrompit son travail que le temps d’éteindre Radio Nostalgie.
(Peut-être fin)
Lazare alluma sa dixième cigarette de la matinée et la rejoignit près de l’âtre. Elle lui retira avec agacement la cigarette de ses doigts et la jeta au feu. Il se sentit tout à coup à découvert. Son âme déshabillée et nue, à la merci de l’autre, s’accordait un soupçon de répit dans la lutte.
Il rompit enfin le bruit du silence.
- Il serait bon de nous envisager en ces temps moroses… Qu’en pensez-vous chère farfadette ? Les yeux dans les yeux…
- Il n’y a pas de féminin à farfadet…
- Pour moi oui.
- Nous envisager entre quatre yeux ? C’est restrictif non ?
- Déjà, que suis-je pour vous ? Un écueil au gré de la houle ?
- Euh… Je n’en sais rien ! Cela demande réflexion. Un « peut-être » ?
- Oh, les filles, il ne faut pas chercher à les comprendre. Jamais. Les charmer oui… Mais pourront-elles me séduire en retour ?
- Nous sommes nombreuses ?
- Celles d’avant, celles d’après, celle de maintenant…
- Et si il n’y en avait plus après le maintenant ?
- Après, c’est quoi ? Demain ? Dans dix ans ? Après et déjà hier… La lumière n’existe que par l’ombre… Si pour un homme, il existe une fille qui, existentiellement, éventuellement lui correspondrait, ce serait le… loto !
- Vénal !
- C’est écrit dans le destin, le karma, que sais-je ! Seriez-vous le centre du monde ?
- Oh non, j’aurais trop peur de me perdre !
- Restez la farfadette de mon monde. Du mien et du reste. Soyons épicentraux. Sans plus. « épi » qui vient du grec et qui signifie « autour ». Pas dedans…
- J’en fais un peu trop là ! La farfadette de mon monde… Pff… Je me sens mièvre…
- Mais non… Vous êtes parfait. Regardez comme elle sourit aux flammes… J’aime bien quand vous faites de la philosophie de comptoir ! Elle a le mérite d’être teintée de fraîcheur.
- De la philosophie de comptoir ! Vous êtes blessante ! Eh bien, puisqu’on est au comptoir… un pastis s’il vous plait !
- Et puis quoi encore ?
- Avec deux glaçons, ça ira.
Le chat vint se loger entre eux. Assis, droit comme un « i », les yeux clos, il absorbait avec délice la douceur enveloppante de la cheminée.
- Mon chat est un poète, vous le savez ?
- Il fait des vers sans en avoir l’air… Ironisa-t-elle.
- Ne vous moquez pas de mon chat. Vous ne savez pas ce qu’il pense à l’instant présent.
- Il parait serein…
- Il l’est lui !
- Mais il ne le sait pas…
- Et vous que savez-vous au juste ?
- Si peu de choses… Comme le chat, je regarde les flammes sans savoir quand elles vont s’éteindre.
- Arrêtez de rêver.
- Je ne fais que rêver que je rêve. C’est bien comme compromis non ?
- Je vais vous poser une question aussi saugrenue que celle du sel. C’est une question que se pose Martine, je le sais.
- Martine ? Qui est-ce ?
- Une vague connaissance qui ne fait que me contrarier…
- Une ex ?
- Oh non ! Ce n’est pas mon genre… Trop fleur bleue. De l’espèce à n’aimer que la littérature de gare… Vous voyez le genre !
- Quelle horreur en effet ! Et sa question, quelle est-elle ?
- Lorsque vous avez jeté votre grain de sel à la mer, aimiez-vous déjà l’amour ?
- Pas d’accord là ! Vous m’inquiétez car vous exprimez des choses que je ne souhaite pas vous entendre dire. Vous cherchez à m’écraser ? A anéantir ma condition d’auteur ? A démontrer mon inutilité ? Je dois m’effacer et vous laisser délirer c’est cela ? De la littérature de gare ! Je vous ferais remarquer que vous avez un prénom de gare ! Méfiez-vous, je ne vous ai pas encore donné de patronyme… Lagarcin, ça vous irait ?
- N’arrive-t-il donc jamais qu’un personnage échappe à son auteur ? Vous avez décidé de faire de Lazare un rebelle, vous en subissez les conséquences.
- Pourquoi une telle provocation ?
- Vous m’obligez à sortir de moi-même. Je m’échappe comme je peux.
Nina émit un long bâillement sonore qui fit sursauter le chat.
- Je vous embarrasse ? Demanda Lazare.
- Non… Oui… Aimais-je déjà l’amour avant de vous rencontrer ? J’étais désabusée, c’est vrai. Non, en fait, je n’aimais plus l’amour… L’amour était un vieil amant oublié. Il me rappelle à son bon souvenir mais il n’a pas gagné la bataille… La route est longue… La confiance est fourbe. A trop s’y plonger, on s’endort. Au fait, vous me ferez lire ce que vous avez écrit ?
Lazare réfléchit un bref instant. Il se leva d’un bond, attrapa les pages abandonnées sur la table et en deux enjambées, les jeta dans la cheminée.
- Nooooon !
- Si.
- Je ne suis pas fait pour écrire. J’aurais trop peur que l’un de mes personnages ne m’échappe et ne s’empare de l’histoire.
- Et si c’était moi qui vous échappais ? Vous tenteriez de me retenir ?
- Non, ma chère… Je suis chevaleresque moi ! Noble dans ses intentions quoique parfois roturier dans ses actes…
- Alors… Partons en croisade contre l’ordinaire même si l’extraordinaire que nous visons n’est pas nécessairement très original aux yeux du commun des mortels...
Puis chacun se mit au travail. Nina dessina avec conviction un chaton qui voyait un lion dans le reflet du miroir dans lequel il se regardait. Lazare déconseilla avec tout autant de conviction la poésie à un poète maladroit dont les textes ne rimaient strictement à rien.
- Un petit strip poker pour rigoler ?
- Ah non ! Vous seriez capable de me ridiculiser auprès de mes lecteurs…
- Une dernière chose… Pourriez-vous éteindre la radio, cela me perturbe pour travailler.
- Tout à fait réalisable. Bonne journée Lazare. Demain sera un autre jour.
- Vous ne m’importunerez plus ? Promis ?
- Etes-vous capable de promesses ?
- Non…
- Moi non plus.
Lazare n’interrompit son travail que le temps d’éteindre Radio Nostalgie.
(Peut-être fin)
Publié le 18 septembre 2007
flicorse@ifrance.com
Lazare cite Jean-Pierre Santini ( recueil d’aphorismes « Le rêve des îles est d’oublier la mer aux Edition A Fior di carta)
Après
Que j’ai bien lu en elle
La tête fraîche
Au chant des fontaines,
Elle referme lentement les bras
D’un livre endormi…
Nina est le « peut-être » de Lazare. Peut-être ? doute ou possible ?… C’est une sorte de ni oui ni non qui laisse dans le doute en même temps qu’une porte s’entrouvre.
Nina cite Maryse Rossi ( recueil de poèmes « Vers le sillence des questions » aux Editions L’Harmattan )
Image
Réelle ou illusoire ?
Morsure vive
Sous l’ongle du doute
Et c’est sans cesse
Remodeler le monde
Que nier
L’éclat tremblé.
Martine cite Angèle Paoli ( Noir écrin aux Editions A Fior di Carta)
Tout à l’heure
Dans une demi-attente
Ou peut-être
Dans une semi-sommeil
Bercée entre l’entre-deux des jours
Dans un halo en demi-teinte
Ou peut-être en demi-soupir
A mi-voie entrebue
Entre veille et rêve
A mi-contrée
De la terre et de l’eau
Dans l’entre-deux du ciel
A demi-mots
A demi-nue…
Lazare, déçu par Martine, demande à Nina : Encore un petit strip pocker pour rigoler ?
Nina : Peut-être !…
Martine cite Maryse Rossi. Pour Lequel de ses personnages ?
Un souffle de flammes
A dévasté
Ton champ de certitudes
Plus clair est ton regard
Désormais
Le doute t’appartient
Tu peux grandir enfin
Le chat cite Alain
« Nous ne savons pas ce qu'il y a dans les choses, mais nous avons découvert que les diables, lutins et farfadets n'y sont pas »
Le farfadet cite Jean-Pierre Santini
Le jour
Où je n’aurais plus rien à dire
Je n’en penserai peut-être
Pas moins.
Ugo s'exclame alors...
Quel pastis!....
Après
Que j’ai bien lu en elle
La tête fraîche
Au chant des fontaines,
Elle referme lentement les bras
D’un livre endormi…
Nina est le « peut-être » de Lazare. Peut-être ? doute ou possible ?… C’est une sorte de ni oui ni non qui laisse dans le doute en même temps qu’une porte s’entrouvre.
Nina cite Maryse Rossi ( recueil de poèmes « Vers le sillence des questions » aux Editions L’Harmattan )
Image
Réelle ou illusoire ?
Morsure vive
Sous l’ongle du doute
Et c’est sans cesse
Remodeler le monde
Que nier
L’éclat tremblé.
Martine cite Angèle Paoli ( Noir écrin aux Editions A Fior di Carta)
Tout à l’heure
Dans une demi-attente
Ou peut-être
Dans une semi-sommeil
Bercée entre l’entre-deux des jours
Dans un halo en demi-teinte
Ou peut-être en demi-soupir
A mi-voie entrebue
Entre veille et rêve
A mi-contrée
De la terre et de l’eau
Dans l’entre-deux du ciel
A demi-mots
A demi-nue…
Lazare, déçu par Martine, demande à Nina : Encore un petit strip pocker pour rigoler ?
Nina : Peut-être !…
Martine cite Maryse Rossi. Pour Lequel de ses personnages ?
Un souffle de flammes
A dévasté
Ton champ de certitudes
Plus clair est ton regard
Désormais
Le doute t’appartient
Tu peux grandir enfin
Le chat cite Alain
« Nous ne savons pas ce qu'il y a dans les choses, mais nous avons découvert que les diables, lutins et farfadets n'y sont pas »
Le farfadet cite Jean-Pierre Santini
Le jour
Où je n’aurais plus rien à dire
Je n’en penserai peut-être
Pas moins.
Ugo s'exclame alors...
Quel pastis!....
Publié le 20 septembre 2007
Pan dans l'oeil! Mais la vue n'a rien à voir dans ma confusion.
Je me couvre (virtuellement) la tête de cendre.
OK, je n'avais pas lu avec assez d'attention.
Merci pour vos explications qui ont éclairé mon mi crâne de blonde d'automne.
Je me couvre (virtuellement) la tête de cendre.
OK, je n'avais pas lu avec assez d'attention.
Merci pour vos explications qui ont éclairé mon mi crâne de blonde d'automne.








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