- Un " Je " qui traîne est-il à ranger définitivement dans la case des entités immuables à vie ? Demanda le Nous, fort curieux de la réponse que le " Je " lui livrerait.
- Un " Je " ne traîne pas ! S’insurgea le " Je ".
- Le jeu du " Je " est parfois stupide… Il s’évertue à n’être que lui alors qu’il pourrait être un autre. Imaginez que le " Je " puisse s’enrichir d’un " Tu " ! Avez-vous déjà songé au " Tu " ?
- Le " Tu " tue…
- Peut-être que non… Le " Nous " noue… Et si je vous parle, c’est que certains " Je " ont bien voulu rejoindre quelques " Tu ", sinon je n’existerais pas…
- J’ai cessé d’être un " Je " vagabond… Le " Je " endurci me convient davantage. Le " Tu " qui serait sur la même longueur d’ondes que mon " Je " n’existe pas… Sinon je le saurais…
- Comment pouvez-vous affirmer une telle sottise ! Connaîtriez-vous donc tous les " Tu " du monde ?
- Certes non… Mais vous voyez, j’y ai pensé longtemps et puis la vie use, abuse et désabuse le " Je " jusqu’à ce qu’il renonce. J’ai renoncé. Je me contente de ce " Je " avec lequel je vis très bien…
- Mais avant de renoncer, qu’attendiez-vous d’un " Tu " ?
- Attendre ? Je n’attendais pas ! Juste un vague espoir, une attente floue sans visage… Un " Tu " qui entendrait ce que je ne dis pas… Qui ne dirait pas ce que j’entends pourtant… Un " Tu " dont l’absence me rendrait bancal… Une entité qui s’imbriquerait dans la mienne… Des mots qui se chevauchent jusqu’à se fondre… Des regards qui parlent en silence… La même observation de ce qui entoure… La même envie d’en rire… Le bonheur du plongeon dans une bulle rassurante… parce qu’on n’est pas seul… parce que partager… parce que s’ouvrir… parce que ne plus se fermer à tout…
- Je vois, je vois… La moitié d’un tout…
- Oh ! La moitié d’un beaucoup suffirait. Beaucoup, c’est déjà… beaucoup !… Tout, c’est l’inaccessible mais il n’empêche que c’est lui que l’on devrait viser pour atteindre le beaucoup…
- Et aujourd’hui, si ce " Tu " surgissait, vous auriez peur ?
- Oui et non…
- Faites un choix… Ce n’est pas une réponse…
- Oui parce que j’aurais peur de ne pas être à la hauteur du " Nous "…
- Et pourquoi non ?
- Non parce que… c’est tentant…
- Ne vous retournez pas…Vous êtes suivi par un paradoxe…
- Oh, si il n’y avait que celui-là…
- Vous souvenez-vous qu’au début de notre conversation, vous m’avez affirmé : le " Tu " tue… A présent vous me dites qu’il est tentant… Il a suffi de quelques questions pour en arriver là…
- Des questions sans réponse cependant !
- Oui… Probablement… Mais les questions méritent d’être posées au moins pour une raison… Si on n’y trouve pas de réponse, c’est qu’elles ne servent à rien…
- Si, elles servent à être posées…
- Aaaah ! Enfin ! Vous m’admettez ! Allez, filez ! Vous avez à faire…
- A faire ?
- Vous avez à penser à moi… Et ne rien laisser passer…
- Et comment le sait-on ?
- On pose les questions que vous venez de poser…
Le " Je " restai songeur. Le " Je ", soudain, ne savait plus… Il avait oublié qu’il croyait savoir… " Je " funambule sur un fil effrontément tendu par deux paradoxes… Deux paradoxes fiers d’exister… Deux paradoxes provocateurs et prêts à bondir… Deux paradoxes évocateurs… Paradoxes à apprivoiser…
Et puis… " Je " et " Tu "…
Et dans un souffle, le " Nous " leur a murmuré :
- Chuuut ! Laissez-moi tranquille, je suis occupé par… Vous…
Copyright © 2008 Martine Rousset








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