Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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bravo : quel talent tassuad !!!
Rencart : On espére qu'elle va retrouver A paddulela à Moriani le 11
tassuad : quelle équipe ou quelle équipée?
Ausecours : vite il faut enlever tous les panneaux avant que Martine revienne!
Owlette : attention de ne pas trop te pencher c'est haut!
Georges C. : Même à Grevin, il n'est pas de marbre
Miso : Ppoint ? Y a le point basta, aussi !
Très sain : Saint Tr(e guéri
Saint Tre : Trop bon, le Desproges. Merci Martine.
Musa : On parle de toi dans musanostra, rencontre 4
Un pote : Toutes les taxes font chier tout le monde... même celle d'habitafion.
abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
l'abbé zef : à ne pas confondre avec le pet de nonne
L'Abbé Bêt : Qui monte, qui monte, qui monte...
L'abbé Gay : Je fais du vélocypède avec l'Abbé Quille.
RENCARD : Le 12 septembre chez TOURISTRA (ex CNRO) à TAGLIO ISOLACCIO avec Ugo Pandolfi et Olivier Collard. Emmenez vos maillots, on sera au bord de la piscine.
con pote : une bonne pomme
Chicon : con bon comme la romaine et chiant qui fait des salades.
Abscons : unconpris vaut mieux quer tu l'auuras.
Vieux con : Ce con plisse avec l'âge
con sultan : possède un harem de concubines.
Bas con : manque de cul haut au con bas.
Sire con 6 : 6ème roi des cons
con tenté : drague incertaine
Conchita : Guenon idiote espagnole
Con cave : con honnête voûté
concitoyen : con victime de la conjoincture et réduit à la portion congrue.
Réclusion : Etat de celui qui est con finement.
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Publié le 19 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
- Récapitulons : le frigo est plein, le congélateur aussi. Tu n’auras qu’à sortir un des sacs (j’ai écrit sur chacun ce qu’il contient) et le passer au micro-ondes. Même toi, tu dois arriver à faire ça. J’ai congelé des baguettes. Je te préviens tout de même qu’il faudra que tu ailles en racheter à la boulangerie avant mon retour. Tu ne tiendras pas un mois avec ça. Tu verras, ce n’est pas très compliqué : tu rentres, tu dis bonjour, tu demandes : « Une baguette, madame, s’il vous plaît », tu payes (c’est un euro dix), tu dis au revoir et tu t’en vas… Valentin essayait de retenir au passage quelques mots parmi ce flot ininterrompu dont le submergeait son épouse si attentionnée. Des valises encombraient l’entrée. Depuis trente ans qu’ils étaient mariés, c’était la première fois qu’il allait devoir se débrouiller seul. La santé chancelante de sa belle-mère requerrait une présence filiale et immédiate et le SMS reçu le matin même (Ariv toudsuit !) était la cause de tant d’agitation dans ce foyer d’ordinaire si calme.
Valentin n’avait vraiment pas à se plaindre. Il avait épousé la femme parfaite. Les rares fois où ils avaient été invités, principalement dans la famille, il n’avait pu s’empêcher de faire des comparaisons entre ces intérieurs certes propres et bien tenus et le sien. Ceux-là, malgré toute la bonne volonté de la maîtresse de maison, sentaient l’artifice, le rangement effectué dans la nécessité, le coup de balai donné vite fait avant l’arrivée des convives, les carreaux frottés de la veille. Chez lui, c’était bien différent. Aucun objet ne quittait jamais sa juste place, tout ce qui pouvait réfléchir la lumière étincelait, du premier janvier au trente et un décembre, et un subtil parfum d’encaustique, de fleurs et d’encens flottait sur l’ensemble des pièces de la maison comme la matérialisation olfactive du bonheur conjugal. L’embonpoint dont jouissait Valentin témoignait des qualités de cordon-bleu de cette épouse aimante. Ce n’est pas dans cette maison que l’on risquait de trouver dans son assiette une de ces abominations estampillées « nouvelle cuisine » qui agresse l’œil et laisse l’estomac vide. De la bonne vieille cuisine familiale, transmise de mère en fille depuis des temps immémoriaux, qui commence par titiller l’odorat, dilate les narines et ferme un instant les paupières, éblouit ensuite la vue par les nuances infinies des couleurs, exalte la sensualité des textures avant d’exploser en saveurs lorsque arrive enfin la jouissance de l’ingestion. Valentin ne connaissait pas de plaisir plus grand. Madame Valentin n’avait d’ailleurs jamais voulu avoir d’enfant : « ça salit ! ».
Lorsque la porte fut refermée, Valentin mit un moment à retrouver ses esprits. Le calme en retombant l’avait presque assommé. D’ailleurs, il se sentait fatigué après une journée si agitée qui annonçait tant de bouleversements dans le cours bien réglé de sa vie quotidienne. Il n’avait pas faim et prit la décision d’aller se coucher sur le champ.
Le lendemain, il se réveilla un peu plus tard que d’habitude. Il ressentait cette impression étrange mais pas étrangère, celle de « déjà vu ». En y réfléchissant, il parvint à la définir plus nettement. C’était celle qu’il ressentait, enfant, le premier jour des vacances. Il avait la chance de ne pas avoir d’horaires de travail imposés ; il travaillait chez lui. En effet, depuis deux ans, il était grassement payé par une riche excentrique qui se piquait de littérature. Elle n’avait aucun talent mais suffisamment de lucidité toutefois pour avoir choisi de prendre un nègre. Il avait écrit pour elle un recueil de nouvelles qui avait remporté un joli succès d’estime au point que dans la foulée elle lui avait commandé un roman policier et était allée s’installer aux Bahamas. Il avait presque terminé ce second ouvrage (une sanglante histoire d’appareil électroménager ensorcelé et serial killer à qui il avait donné un titre anglais pour faire américain : Mixer damned). Il aurait vécu dans la plus grande tranquillité si son employeuse ne s’était mis dans la tête de créer un blog à l’usage quasi exclusif des chats castrés. Il devait donc chaque jour, à huit heures pile, envoyer sur la toile virtuelle un texte abracadabrant où il lui fallait essayer de caser tant bien que mal et en catimini, des bigoudis, okapi et autres mots farfelus, mais…il faut bien vivre !
Son labeur quotidien terminé, il alluma la télévision. Après avoir fait défiler les cent cinquante-deux chaînes auxquelles lui donnait droit son abonnement mensuel, il fit comme d’habitude et laissa au hasard le soin de choisir pour lui le canal qui lui fournirait le fond sonore de sa journée. C’était une chaîne spécialisée dans les programmes culinaires. Une émission était en train de commencer et déroulait son générique. En temps normal, il aurait tout de suite détourné les yeux et aurait quitté la pièce, mais ce jour-là, le titre éveilla sa curiosité. Sur fond de laboratoire, se détachait en écriture cursive : Chef, la recette ! Comme il ne savait pas exactement où le sort avait guidé son doigt, il crut tout d’abord qu’il s’agissait d’un reportage sur le recouvrement de l’impôt révolutionnaire chez un restaurateur côtier. Mais dès les premières images il se rendit compte de sa méprise. D’une part l’accent du chef ne laissait planer aucun doute sur ses origines extra insulaires et d’autre part les produits étalés devant lui étaient totalement exotiques : foie gras, endives, rougets du Cap… D’abord indifférent, il se surprit peu à peu à s’intéresser à ce qu’il découvrait être un vrai spectacle de magie. Il resta stupéfait par la rapidité et la précision avec laquelle le cuisinier découpait en tranches fines et régulières oignons et carottes, enfilait alternativement viande, tomates et poivrons sur une brochette sans se transpercer la main, ressortait du four, triomphant mais modeste, un soufflet qui ne retombait pas ! Tout cela tenait de la malle des Indes et de la femme sciée en deux. Du grand art ! Lui qui n’avait jamais touché à une casserole voulut absolument entrer dans cet univers extraordinaire. Il prit des notes et se rendit aussitôt chez le boucher, l’épicier, le légumier de son village, comme un homme qui après toute une vie insipide, décide d’accomplir enfin ce pourquoi il est venu au monde.
Il se jeta à corps perdu dans la réalisation de ses recettes au point qu’il en oublia de déjeuner. Malheureusement, malgré toute la foi et l’acharnement qu’il avait mis dans la confection de ses plats, ceux-ci se révélèrent immangeables. Il alla se coucher le ventre vide, au bord des larmes.
Il se réveilla le lendemain avec un enthousiasme renouvelé. Cela était devenu un véritable défi que son honneur le contraignait à relever. Il passa la matinée à noter de nouvelles recettes puis repartit chez ses fournisseurs. Ce jour-là, le résultat parut nettement plus satisfaisant. Il ne profita cependant pas de son œuvre car au moment où il s’apprêtait à la déguster, le téléphone retentit impérieusement. Sa femme lui conta par le menu son voyage, les dernières nouvelles de sa famille, lui décrit dans les plus infimes détails la prochaine opération de sa mère, si bien qu’une heure et demie plus tard, il préféra s’abstenir, pour ne pas être déçu, de toucher à ce repas froid. Il est des plats qui gagnent à être réchauffés ; ce n’était pas le cas de ceux-ci.
Sisyphe moderne, il se remit à l’ouvrage le jour suivant. Le soir venu, tout semblait parfait. Cela faisait trois jours à présent qu’il n’avait rien mangé. Ce fut donc avec la plus grande satisfaction qu’il contempla la table dressée comme pour un soir de réveillon et il s’agissait bien d’ailleurs d’un véritable festin. Tout était parfait : le fumet qui se dégageait des plats argentés et qui envahissait toute la maison annonçait le spectacle d’une nature morte qu’aucun Chardin, aucun Fantin-Latour n’aurait su reproduire. Hélas, au moment de son triomphe, Valentin fut frappé de ce fiasco du cuisinier, de cet état bien connu de toutes les maîtresses de maison qui ont passé leur journée à cuisiner pour les autres : il était incapable d’avaler une bouchée !
Cette nuit-là, son sommeil fut aussi agité que s’il avait trop dîné. Il fit un rêve étrange. Il arpentait un long couloir désert qui le menait vers une vive lumière dorée. A mesure qu’il avançait, la chaleur devenait de plus en plus intense. Il déboucha enfin dans une pièce étroite dont un des murs était constitué d’une grande vitre. De l’autre côté, un visage énorme le contemplait. Il reconnut alors celui du Chef de son émission préférée. Aucun son ne lui parvenait de l’extérieur, mais il entendit tout de même une voix prononcer, goguenarde : « Il est à poiiiint, il est à poiiiint ». En se retournant, il s’aperçut alors que la quasi-totalité de l’espace de la pièce était occupé par le corps d’un énorme chapon dont la broche, à chaque tour, émettait ce grincement qu’il avait pris pour des paroles. Il ne fut pas étonné de voir la volaille tourner la tête vers lui : c’était sa belle-mère. « L’opération s’est très bien passée », lui annonça-t-elle en souriant. Et elle continua de tourner. Le sol se déroba sous lui et il se sentit tomber dans un gouffre profond comme un gosier. Il se retrouva dans son lit, suant et gémissant. Son cœur battait à faire éclater ses veines et une affreuse migraine lui cisaillait le crâne. Il se sentait très faible, fiévreux, mais il se leva tout de même et retourna dans sa cuisine. Il savait à présent qu’il ne pourrait plus échapper à son destin. Il cuisina toute la journée et une grande partie de la nuit. Il ne voulait surtout pas s’endormir, permettre que des cauchemars affreux prennent à nouveau possession de son âme torturée. Combien de jours dura son calvaire ? On ne le sut jamais. Sa femme le retrouva complètement sec au milieu de la cuisine dévastée. Le téléviseur était allumé et une musique guillerette annonçait : Chef, la recette !
L’adjudant-chef Burnemauve, de la Gendarmerie Nationale, fut dépêché sur les lieux. Il prit les mesures habituelles avec un double décamètre à roulette, dressa un croquis millimétré fixant la position de la victime, inspecta scientifiquement la poubelle, interrogea les voisins et les commerçants du quartier. Mais cette affaire était des plus simples. Cette maison qui débordait de nourriture, les témoignages qui tous concordaient pour avérer la débauche de nourriture dans laquelle s’était laissé entraîner le pauvre Valentin ces dernières semaines, tout indiquait sans l’ombre d’un soupçon qu’il était mort d’indigestion.
Tandis qu’il rejoignait la gendarmerie au volant de son véhicule de service, l’adjudant-chef se disait que l’adage populaire était, quoi qu’on en dise en ce siècle volontiers frondeur, d’une véracité éternelle. Contrairement à la majeure partie des délits auxquels il était confronté chaque jour, la gourmandise, elle, est toujours punie. (Texte : Omar MOLLAT)
NDLB : L’auteur de ce texte vit à plus de 8 000 Kms de la France et est un fidèle lecteur de ce lieu. Nous nous connaissons depuis longtemps mais jusqu’à aujourd’hui, il était resté silencieux sur le blog. Je suis ravie que ce défi l’ait inspiré. Omar (tu permets que je t’appelle Omar ?), reviens quand tu veux ! Mixer damned… Pff… PS : elle coûte cher chez la baguette chez toi !
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