Bertrand galère depuis plusieurs années. Trente-deux ans, célibataire en pointillé, ni beau, ni laid, depuis qu’il a perdu son emploi de livreur après un égarement à l’heure de l’apéritif, il végète de petit boulot en petit boulot. Il s’en est toujours voulu, lui qui ne buvait pas. Mais ce jour-là, il s’était bêtement laissé aller. Au résultat, la fourgonnette dont il était responsable avait terminé son existence contre un arbre.
Il sait pourtant que si il ne trouve pas de travail rapidement, il va se retrouver dans
Ce matin-là comme chaque matin, il consulta les offres d’emploi dans la rubrique des annonces du journal local et entoura la seule qui ne requérait pas des diplômes qu’il n’avait pas : « Cherche homme d’entretien dans grosse société informatique. Poste à pourvoir de suite. ». Il téléphona immédiatement au numéro de téléphone indiqué. On lui donna rendez-vous dans l’après-midi même pour un entretien avec le Directeur des Ressources Humaines.
- Vous allez passer un test avec le responsable de l’entretien, nous nous reverrons ensuite, lui avait alors annoncé le DRH.
Bertrand s’était appliqué. Le balai n’avait négligé aucun angle de la pièce dans laquelle on l’avait mis à l’épreuve sous l’œil critique du responsable de l’entretien. Le type sembla satisfait et l’accompagna à nouveau chez le directeur.
- C’est bon, il sait balayer, dit-il en quittant le bureau.
- Parfait. Par conséquent, vous êtes engagé. Je dois vous faire remplir un formulaire pour votre embauche. Donnez-moi votre adresse e-mail afin que je vous le fasse parvenir.
- Mon adresse e-mail ? Mais je n’ai plus d’ordinateur ! Répondit Bertrand. Ne pouvez-vous pas me remettre ce formulaire en main propre ?
- Vous n’avez pas d’ordinateur ! Cela ne va donc pas être possible, je suis désolé. Nous ne communiquons avec nos employés que par e-mail. Nous sommes une société d’avant-garde Monsieur. Nos employés doivent l’être également. Je suis navré. Au revoir Monsieur.
C’était sans appel.
Bertrand était terrassé par les mots du directeur. Il y avait pourtant cru… Il avait pensé aux 20 € qui lui restaient et s’était déjà enthousiasmé du salaire qui se profilait. Désespéré, il quitta les bureaux de la société et erra un long moment dans les rues avoisinantes. « Il me reste 20 €… Je suis fichu, foutu… Les factures… Le loyer… », pensa-t-il alors que ses yeux se mouillaient de larmes. Il lui fallait réagir dans l’urgence, il le savait. Il reprit ses esprits et une idée lui vint. Il s’engouffra dans un supermarché et dépensa la totalité de sa maigre fortune en achetant un cageot de laitues qu’il choisit soigneusement. C’était risqué, il en était conscient mais la hargne déclenchée par ce satané directeur lui avait soudainement donné des ailes.
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset








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