La femme du roi Cynéras de Chypre se la pétait un peu. « Ma fille Smyrna est un canon ! Un sacré pezzu ! Plus belle qu’Aphrodite ! » Disait-elle à qui voulait l’entendre.
Bien évidemment, cela arriva aux oreilles d’Aphrodite qui, vexée, chercha à se venger. « Je suis une déesse, elle semble l’oublier. J’ai des pouvoirs. Cette dinde va me le payer ». La vantardise de cette femme lui avait coupé l’appétit et elle ne put terminer le hamburger aux quatre fromages encore tiède. Elle le posa rageusement sur la table et se concentra.
Là, il faut marquer une pause par discrétion et vous tourner dos à votre écran. Nous humains, n’avons pas le droit de savoir comment s’y prennent les déesses pour jeter des sorts. Voilà, c’est fait. Aphrodite a jeté son sort, vous pouvez regarder.
Aphrodite venait de mordre à nouveau dans son hamburger quand Smyrna se sentit soudain amoureuse. Le sort faisait son effet… Sauf qu’elle était amoureuse de son propre père, le roi Cynéras. N’importe nawak. Manque de chance, le roi avait abusé ce soir-là du Johnny Walker. Smyrna en profita allègrement. C’est ainsi qu’elle se retrouva avec un polichinelle dans le tiroir.
Smyrna, probablement blonde, ne parvint pas à garder le secret et balança la vérité à son père. Celui-ci, fou de rage, saisit une épée qui traînait par là (on trouve toujours à portée de main ce dont on a besoin dans les histoires) et voulut tuer sa fille.
Aphrodite ne voulait quand même pas en arriver là. Elle s’arrangea à l’instant crucial où la lame allait fendre en deux la tête de Smyrna, pour transformer la jeune femme en arbre. Normal. C’est donc le tronc que le roi fendit. Ouf. Mais là, ô surprise, un bébé sortit du tronc ! (Que celui qui a inventé cette histoire ne change surtout pas de dealer…). On ignore comment cela fut possible mais le roi ne vit pas l’enfant. Probablement son téléphone mobile qui sonna à cet instant. Quoi qu’il en soit, Aphrodite en profita pour prendre le bébé et le cacher dans un coffre. Le petit garçon s’appelait Adonis. Personne ne lui avait donné ce prénom, il était né comme ça.
Aphrodite confia le coffre à Perséphone, reine des Enfers, qui ne put s’empêcher de l’ouvrir. Forcément. Quand elle vit Adonis, elle s’extasia sur la beauté du bébé et décida de l’élever comme le sien dans son palais. Des années passèrent. Adonis était devenu un sublime jeune homme. Perséphone le jugea fort à son goût et décida de lui beurrer ses tartines tous les matins. C’était sans compter sur la ténacité d’Aphrodite qui, une fois l’orage passé, voulut récupérer Adonis.
- Rend-le moi ! C’est moi qui l’ai trouvé !
- Que nenni ! Lui répondit Perséphone, je le garde. Il est trop beau.
- Tu n’es qu’une… qu’une… Bafouilla Aphrodite de colère en cherchant l’insulte suprême, tu n’es qu’une Cro-Magnonne !
Elle pensa que son insulte était ridicule mais c’était la seule qui lui était venue…
Perséphone haussa les épaules et tourna les talons, plantant Aphrodite sur les marches du palais. Cette dernière eut juste le temps d’apercevoir le jeune homme et de sentir quelques gouttelettes de sueur couler sur ses tempes avant que la gigantesque porte ne se referme. « Argh. Quelle beauté ! » S’exclama-t-elle en s’essuyant le front.
Désemparée, Aphrodite en appela à Zeus.
- Si tu vois ça Zeus ! Il est tellement beau ! Et puis, tu aurais vu comme il m’a regardée !
- Je refuse d'être mêlé à cette histoire.
Ce qui fut fait. Calliope estima que Perséphone et Aphrodite avaient sur Adonis des droits égaux et qu’elles se le partageraient (j’adore quand on parle d’homme objet, ça change). Cependant, Adonis devant pouvoir se reposer entre deux déesses, Calliope divisa l’année en trois parts égales. Une pour Perséphone, une pour Aphrodite et une pour se reposer.
Mais Aphrodite était une tricheuse (d’ailleurs, plus personne ne voulait jouer avec elle au Monopoly) : elle avait une ceinture magique (je veux la même), laquelle, quand elle la portait lui permettait d’avoir le pouvoir de persuader Adonis de lui consacrer sa part de repos. Elle parvint même à le persuader d’être désagréable avec Perséphone lors de la part que Calliope lui avait allouée.
Perséphone, toute tristounette, s’en alla sournoisement raconter ses misères à Arès, le dieu de la guerre mais également amant d’Aphrodite (elles ont la santé ces filles…).
- Tu te rends compte Arès ! Adonis préfère Aphrodite à moi ! Je l’ai élevé ! Nourri !
Arès rentra dans une colère noire.
- Aphrodite me trompe ! Je vais lui péter le nez à ce type ! Gratos en plus ! (Comme quoi, toutes époques confondues, on s’en est toujours pris à l’amant plutôt qu’au trompeur. Schéma classique depuis la nuit des temps…)
Le « pétage de nez gratos » ne se fit pas attendre. Alors qu’Adonis était parti chasser, un sanglier l’attaqua et le tua net. Le crime parfait. Aphrodite n’était pas loin et malgré les oreillettes de son MP3, elle entendit qu’il se passait quelque chose d’anormal. Elle s’élança vers son amant mais dans sa précipitation, se griffa le bras contre les épines d’un rosier blanc, la seule variété qui exista en ce temps-là. Et miracle, des roses rouges se mirent à pousser à chaque endroit où le sang d’Adonis avait touché le sol ! Incroyable.
Depuis ce jour, les roses rouges existent. Voilà, tout ça pour en arriver là.
Quelle histoire ! Envoyez-moi donc vos enfants, je me charge de leur raconter la mythologie grecque. Vous pouvez me faire confiance…









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