Les poches vides mais son cageot dans les bras, il entra dans le premier immeuble venu dont la porte n’exigeait pas de code d’accès. De porte en porte, il appuya sur la sonnette et proposa ses laitues. Une heure plus tard, au troisième immeuble, il les avait toutes vendues et possédait 30 €. Ravi, il retourna au supermarché et recommença l’opération. Une fois, deux fois, trois fois… Quand il rentra chez lui, il était à la tête d’une centaine d’euros… Il réalisa alors qu’il détenait une solution pour remonter
Dans les jours qui suivirent, il réitéra son petit manège et s’octroya le luxe de varier les produits qu’il allait ainsi revendre.
Quelques semaines passèrent et il s’acheta une camionnette qui frôlait les limites du contrôle technique. Puis plus tard, un véhicule décent pour finalement parvenir à s’offrir un petit camion. C’est à ce moment-là qu’il créa son entreprise en nom propre. Cependant, il refusa toujours d’équiper sa société en informatique. Une vieille rancœur ancrée en lui…
Aujourd’hui, Bertrand possède vingt camions et deux fois plus d’employés. Il a acheté un appartement de standing et une voiture de sport. Et à l’heure où je vous parle, il traite avec son banquier pour la construction d’un troisième entrepôt, les deux précédents ne suffisant plus.
- Nous sommes d’accord sur le plan de financement. Vous allez pouvoir commencer les travaux rapidement, lui annonce le banquier, tout sourire. Donnez-moi votre adresse e-mail et je vous préviens dès que l’argent sera disponible.
Bertrand sourit.
- Je n’ai pas d’ordinateur cher Monsieur. Mon numéro de téléphone vous suffira-t-il ? Répondit-il avec un soupçon d’ironie dans la voix.
- Il est bien surprenant, à notre époque, de parvenir à créer une société telle que la vôtre sans connexion avec Internet ! S’étonna le banquier. Imaginez ce que vous auriez pu bâtir si vous aviez eu une adresse e-mail !
Bertrand haussa les épaules sans répondre. Dans sa tête pourtant, la réponse s’y logeait. Il eut juste une pensée fugace qui lui fit émettre un petit rire que le banquier ne réussit pas à interpréter : « Si j’avais eu une adresse e-mail… J’aurais été balayeur… »
FIN
Copyright © 2008 Martine Rousset








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