J’ai vu ce matin les feuilles d’un châtaignier joncher la route. Je les ai toutes ramassées et rendues d'un geste rageur à leur arbre, les posant en un seul petit tas sur une branche.
J’ai supplié l’arbre de les retenir. Je lui ai fait remarquer qu’il est un feuillu. Il m’a sèchement rétorqué que pour être un feuillu, les feuilles doivent être caduques. Puis il a profité d’une soudaine bourrasque pour recracher sa frondaison.
Une bogue s’en est alors mêlé. Entrebâillant sa coque, elle m’a laissé entrevoir deux petits fruits blottis secrètement au fond de leur écrin hirsute. « Nous empruntons à l’automne une raison d’exister » a murmuré l’un d’eux. Puis la bogue s’est refermée, me laissant seule face à un tronc bicentenaire. Je n’étais donc rien.
D’ici quelques jours, l’automne, pour se faire pardonner de nous avoir pris l’été, étalera ses ors, ses ocres et sa palette d’orangés. De tout mon être, seuls mes yeux émus de tant de merveilles accepteront son subterfuge. Mon âme, elle, n’absoudra ni l’automne ni le temps de leur cruelle inexorabilité. L’âme n’a probablement pas la faiblesse des yeux.
Alors, plongée dans le souvenir d’une douce odeur de cendres chaudes et d’heures bénies mais révolues, j’ai volé quelques sanglots longs à Verlaine et j’ai pleuré de savoir que les bonheurs eux aussi sont quelquefois caducs.
Mais de ces larmes inutiles, ont soudainement resurgi les mots des fruits jumeaux de la bogue. Ces petites châtaignes serrées l’une contre l’autre, encore fragiles mais pleines de projets.
J’ai supplié l’arbre de les retenir. Je lui ai fait remarquer qu’il est un feuillu. Il m’a sèchement rétorqué que pour être un feuillu, les feuilles doivent être caduques. Puis il a profité d’une soudaine bourrasque pour recracher sa frondaison.
Une bogue s’en est alors mêlé. Entrebâillant sa coque, elle m’a laissé entrevoir deux petits fruits blottis secrètement au fond de leur écrin hirsute. « Nous empruntons à l’automne une raison d’exister » a murmuré l’un d’eux. Puis la bogue s’est refermée, me laissant seule face à un tronc bicentenaire. Je n’étais donc rien.
D’ici quelques jours, l’automne, pour se faire pardonner de nous avoir pris l’été, étalera ses ors, ses ocres et sa palette d’orangés. De tout mon être, seuls mes yeux émus de tant de merveilles accepteront son subterfuge. Mon âme, elle, n’absoudra ni l’automne ni le temps de leur cruelle inexorabilité. L’âme n’a probablement pas la faiblesse des yeux.
Alors, plongée dans le souvenir d’une douce odeur de cendres chaudes et d’heures bénies mais révolues, j’ai volé quelques sanglots longs à Verlaine et j’ai pleuré de savoir que les bonheurs eux aussi sont quelquefois caducs.
Mais de ces larmes inutiles, ont soudainement resurgi les mots des fruits jumeaux de la bogue. Ces petites châtaignes serrées l’une contre l’autre, encore fragiles mais pleines de projets.
Et tout à l’heure, adossée pensivement au tronc du vieil arbre, j’ai finalement décidé de faire de chaque fruit un bonheur et de chaque bogue un espoir. C’est à ce moment-là que pour la première fois de cette première journée d’automne, j’ai souri. 
Publié le 21 septembre 2007
flicorse@ifrance.com
Pour prolonger le sourire de Martine et de ses visiteurs....
"L'Automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'Hiver .» Georges Sand
« L'automne est le printemps de l'hiver » Henri de Toulouse-Lautrec
« En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles. » Khalil Gibran. Le sable et l'écume
"L'Automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l'Hiver .» Georges Sand
« L'automne est le printemps de l'hiver » Henri de Toulouse-Lautrec
« En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles. » Khalil Gibran. Le sable et l'écume








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