Voilà. Le décor et l’ambiance sont campés. Et c’est dans cette atmosphère-là que nous prenons l’avion ce soir pour quelques jours de vacances chez son amie d’enfance en Corse, Catherine, encore plus vieille qu’elle d’au moins deux ans. Et deux ans à cet âge-là, c'est énorme…
Je ne connais Catherine qu’en photographie. Elle ne me dit rien qui vaille… Son regard sévère sent la dictatrice à plein nez. J’ai déjà la mienne. Enfin, je sais qu’elle a Internet, c’est déjà ça… Nous avons préparé nos bagages, chacun dans sa chambre. Je l’entendais chanter à tue-tête quand elle ne parlait pas toute seule. Ses sacs et ses valises s’amoncelaient dans le couloir. Quant à moi, j’ai posé mon sac de sport sur mon lit et j’y ai balancé mon Ipod, le chargeur de mon téléphone portable et quelques vieux vêtements. J’ai mis de côté un jean et un pull présentables pour le voyage. Pour le reste, puisque Catherine vit dans un village perdu, il m’a paru plus sage de réserver mes fringues fashion pour le lycée. Un village en Corse… J’imagine que ce doit être le désert… Le Champ de Mars sans la Tour Eiffel, le Bois de Boulogne sans les brésiliennes ou le Musée du Louvre sans la Joconde… Enfin, un truc sans intérêt quoi.
A seize heures tapantes, une mère bottée et gainée d’un pantalon moulant noir est apparue dans l’encadrement de la porte de ma chambre. A chacune de ses oreilles était accroché un hippocampe rouge et jaune, assorti à son top comme elle dit.
- Tu ne vas pas y aller comme ça ! Me suis-je écrié, outré.
- Comment « comme ça » ?
- Ben… Avec ta combinaison de plongeur et les accessoires qui vont avec…
Elle rit bruyamment en rejetant la tête en arrière. Ses hippocampes ridicules se balançaient et me narguaient. Puis, de la façon la plus odieuse qui soit, elle m’a glissé :
- Tu as emmené ce qu’il faut pour faire tes devoirs ?
Et voilà. L’art et la manière de plomber.
- J’allais le faire… Lui ai-je répondu pour m’en débarrasser.
- Fais voir ton cahier de texte.
On ne se débarrasse pas d’une mère comme on veut, surtout habillée en homme-grenouille. Mais de cela, je m’en doutais. Enfin, avec ses trois sacs, ses deux valises et mon sac de sport, un taxi nous a menés à Orly, puis un avion à l’aéroport de Bastia.
Catherine nous attendait, radieuse. Elles se sont jetées dans les bras l’une de l’autre, à grand renfort de « Oh ! ma Puce ! », « Oh ! que je suis contente de te voir ! », « Oh ! tu n’as pas changé ! » puis, Catherine posant les yeux sur moi, « Oh ! Qu’il est beau ton Roudoudou ! », « Un mec, un vrai, avec du poil qui pousse au menton ! ». Tout le monde pouvait profiter de cette scène émouvante… Mais, après avoir aperçu une jolie blondinette qui m’observait l’air moqueur, j’ai entendu l’écho qui scandait dans le hall de l’aéroport « la honte la honte ».
Ma mère a alors demandé à Catherine :
- Tu n’as pas emmené Pépette ?
- Si, bien sûr ! Elle attend sagement dans la voiture.
Tiens donc, Catherine a un chien… Un chien de chasse probablement. Il parait que tous les corses ont des chiens de chasse.
Après avoir récupéré nos bagages, nous avons filé vers le parking. Je marchais loin derrière faisant mine de ne pas les connaître, au cas où.
C’est à l’instant où Catherine a soulevé la malle arrière d’une vieille 205 pourrie, que j’ai aperçu le chien de chasse assis à l’arrière… Une sublime belette brune aux yeux verts qui me regardait en coin, un petit sourire aux lèvres ! J’étais saisi. Catherine a ouvert la portière…
- Pépette, je te présente le Roudoudou de Lili, de son vrai nom Arthur. Arthur, je te présente ma Pépette, de son vrai nom Maureen.
Subjugué par ce regard émeraude, je l’ai laissé mollement me faire la bise. Et soudain, j’ai pensé aux fringues de naze entassées dans mon sac… Je me suis retourné vers ma mère et je lui ai marmonné entre les dents :
- T’aurais pu me le dire qu’elle avait une fille !
- Tu ne me l’as pas demandé…
Je ne connais Catherine qu’en photographie. Elle ne me dit rien qui vaille… Son regard sévère sent la dictatrice à plein nez. J’ai déjà la mienne. Enfin, je sais qu’elle a Internet, c’est déjà ça…
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset








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