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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 21 novembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset

Marguerite chantait tout le temps et depuis toujours. Un soir, alors qu’elle chantait dans sa cuisine en repassant, on sonna à la porte. Elle alla ouvrir, un peu étonnée par une visite aussi tardive.

Un vieil homme se tenait devant elle, tout sourire.

- Bonjour mademoiselle. Je suis votre voisin du dessus et depuis que je vous entends chanter, je me décide aujourd’hui à vous avouer que j’aime beaucoup votre voix…

Marguerite se surprit à rosir.

- Vous m’entendez… depuis longtemps ?

- Depuis que vous habitez ici mademoiselle. Mais je ne me plains pas ! C’est très agréable.

- C’est gentil, bredouilla-t-elle. Voulez-vous entrer un instant ? Je viens de faire du thé.

L’homme accepta et s’installa avec elle dans le salon.

- Vous êtes chanteuse ?

- Oh que non… Je suis secrétaire… Rien à voir.

- Vous n’auriez pas aimé être chanteuse ?

- C’était mon rêve lorsque j’étais très jeune mais j’ai vite compris que je n’avais aucun talent !

- Qui vous a dit cela ?

- Personne… Avoua-t-elle. Je n’ai jamais chanté devant quiconque. J’aurais trop honte.

- Vous devriez essayer mon petit, lui assura-t-il en se levant pour prendre congé. Je vous remercie pour le thé. Puis-je vous proposer de vous rendre votre invitation ? Demain soir ?

Le vieil homme lui inspirait confiance et elle accepta. Il reprit :

- Je vous attends demain soir mais accordez-moi une faveur.

Elle attendit la suite, le regard interrogateur.

- Je voudrais que vous me chantiez quelque chose…

- Vous chanter quelque chose ! Je n’oserai jamais !

Il haussa les épaules et se dirigea vers la porte. La main sur la poignée, il se retourna une dernière fois :

- J’aimerais vraiment… Bonne soirée mademoiselle.

 

Marguerite resta un long moment, songeuse, assise sur l’accoudoir du fauteuil. Elle eut beaucoup de difficultés à s’endormir ce soir-là.

 

Quand elle frappa à la porte de son voisin le lendemain soir, elle tremblait.

- Je savais que vous viendriez ! Rentrez. Le thé est servi.

Ils parlèrent de tout et de rien. Il était veuf, vivait là depuis presque vingt ans, n’avait pas d’enfants et avait enseigné le français pendant de longues années.

- J’habite dans cet immeuble depuis deux ans et je ne vous ai jamais rencontré, lui fit-elle remarquer.

- Je suis plutôt discret c’est vrai. Mais je dois reconnaître que je n’aime pas beaucoup les discussions de palier alors je les fuis. Qu’allez-vous me chanter mademoiselle ?

Le visage de Marguerite se rembrunit. Il n’avait pas oublié. Elle voulait bien chanter mais elle avait si peur qu’il se moque d’elle. Pourquoi avait-elle finalement accepté d’aller prendre un thé chez cet inconnu, même si il était son voisin. Elle le regrettait.

Silencieux, il l’observait en souriant. Il attendait…

 

(à suivre)