Vous allez être probablement surpris, voire révoltés mais pourtant je dois parler.
Je suis le nègre littéraire de Martine. Je n’aime pas ce mot mais il faut bien appeler un rhododendron, un rhododendron (ou un chat, un chat, c’est vous qui voyez).
Je suis parvenu à lui soutirer son mot de passe après deux Martini et je viens me réfugier dans les entrailles de son blog pour y laisser filtrer ma détresse. Il est temps que cela se finisse. Je n’en peux plus.
Martine est un tyran. Totalement incapable d’aligner par écrit plus de deux mots –surchargés de fautes de surcroît-, après lui avoir écrit « Mystères d’âmes », elle m’oblige maintenant à lui rédiger ses articles pour son blog. Pendant ce temps, elle surveille avec des jumelles la route qui mène au village en marmonnant sans cesse : « Et alors ? Il va arriver ce prince charmant ? ». Accoudée à la fenêtre, elle ronchonne, les jumelles tellement scotchées à ses yeux que lorsqu’elle les retire, il lui reste deux marques rondes qui laissent penser que sa mutation en hibou est toute proche. La sagesse en moins.
Elle m’interdit de sortir et de parler à quiconque. Elle est même si méfiante qu’elle marque d’un petit trait la bouteille de Chateauneuf du Pape pour être certaine que je n’y ai pas touché.
Jamais elle ne me félicite ni ne m’encourage et quand j’ai terminé ma journée, elle m’envoie dans mon placard où je passe mes nuits entre les ossements d’un vieil amant oublié et une pile de draps.
Pourquoi je ne m’enfuis pas ? Parce que j’ai peur figurez-vous. Son despotisme me terrorise.
Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour qu’elle ne lise pas le blog aujourd’hui. Mais étant donné le verglas, elle sera probablement occupée toute la journée à sabler la route afin que son soi-disant prince charmant ne se viande pas dans un virage au cas où il arriverait.
J’espère que vous entendrez mon appel. Mais si vous voulez me libérer, soyez prudents... Cette fille est complètement tarée.








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