Je l’aime bien Lazare. Il est fantasque mais il me plait bien. Nina m’agace un peu. Bien qu’elle ne soit pas plus épaisse qu’un fil de fer, elle prend une place considérable à la maison quand elle est là. J’ai connu Lazare avant elle… Elle semble l’oublier.
L’autre fois, elle est parvenue à me déloger de « mon » fauteuil. Pourtant, croyez-moi, j’ai résisté… J’étais lové bien au chaud et il a fallut qu’elle mette son grain de sel. Elle voulait la place. Elle a tenté de me soulever. Je me suis cramponné, les griffes plantées dans le tissu, tout en faisant mine de dormir. Elle a tiré, tiré… J’ai dû céder. Non sans avoir laissé quelques stigmates sur le tissu. Lazare ne m’aurait jamais fait cela. Le pire, c’est qu’il était là et qu’il n’a rien dit ! Il m’a même sermonné en retirant les morceaux de tissu accrochés à mes griffes. Ce fauteuil est devenu une pomme de discorde entre Nina et moi.
Elle refuse de le croire quand il dit que je suis un poète. Du coup, il s’est mis à en douter. C’est vexant. J’aimais bien quand il le croyait.
Souvent, Nina me dessine. Elle m’installe sur une chaise et me demande de ne plus bouger. Elle me parle gentiment et me gratouille la tête en m’affirmant que je suis un bon gros chat et que si je reste tranquille elle me gratifiera d’un petit supplément à mon dîner. Je me suis fait avoir la première fois… J’ai posé patiemment pendant une éternité et j’y ai gagné une sorte de chose immonde –du mou, a-t-elle dit- que je n’ai fait que renifler avec dégoût. Alors, maintenant, lorsque j’entends Nina m’appeler, je me planque.
Plus rien n’est comme avant. Même Lazare a changé. Lorsqu’elle n’est pas là, à présent, il chante, il rit tout seul, il se rue sur le téléphone dès qu’il sonne.
Il me laisse davantage tout seul aussi. Un jour qu'il avait laissé son ordinateur allumé, j'en ai profité pour lire ce fameux blog que Lazare consulte chaque jour. Il est rentré à ce moment-là. Il s'est mis à hurler avec enthousiasme : « Tu es le 2000ème ! Tu es le 2000ème ! Le 2000ème est MON chat ! ». Et alors ? J'ai nettement préféré le délire hilarant sur les chats dans la tribune libre. J'aime bien quand on s'intéresse aux chats.
Et puis il y eut ce drame… Je me suis absenté durant trois jours pour « affaires » et lorsque je suis rentré, fatigué et ne pensant qu’à dormir de tout mon soûl, ils se sont jetés tous les deux sur moi ! Ils étaient inquiets ! Ils se sont parlé en aparté un instant. Ils ne semblaient pas d’accord. Finalement, Lazare s’est approché de moi et m’a glissé dans l’oreille : « Nina a raison… Couic ! ». Couic ? Je n’ai compris qu’une semaine plus tard, ensuqué au fond d’un panier ridicule, que ce couic était un couac à ma vie de chat d’affaires…
Je préférais Lazare avant qu’il ne rencontre Nina… Au moins, il n’avait pas ce regard de courge que vous, les humains, vous avez lorsque vous êtes amoureux.








> Lire les 4 commentaires