Ainsi s’achève la saga des Valentin. Je reprends donc les commandes en ce jour de Saint-Lazare, triste jour d’anniversaire pour moi mais dans lequel je ne plongerai pas. Il y a des milliers d’autres choses à faire que de se morfondre.
J’ai beaucoup aimé ces instants de synergie par l’écriture grâce à vos Valentin et j’espère sincèrement que vous aussi. D’autant plus que pendant ce temps, je me suis roulé les pouces !… Parmi les auteurs de ces Valentinades, la plupart n’avaient jamais exposé publiquement leurs écrits. Qu’ils soient remerciés ici de leur audace. J’ose imaginer qu’ils y ont pris du plaisir. « Osons ! » disais-je un jour ici…
A Difrade, Owlette, Diogène, Le Mat, Omar Mollat, Micorne et Ugo, merci d’être rentrés dans l’un de ces jeux totalement inutiles dont je me délecte. Le jeu des mots. De toute façon, ici, nous sommes là pour ça. Ce blog étant un lieu d’inutilité publique, nous n’avons pas la prétention de refaire le monde mais juste d’édulcorer le nôtre.
Et pendant que vos textes s’égrenaient gaiement dans le gris et le bleu de ces colonnes, qu’ai-je fait hormis me rouler les pouces ? Eh bien… J’ai fait mes adieux à la fameuse petit voiture bordeaux qui avait fait de la figuration dans « Bienvenue au village ». Je vous fais grâce des détails mécaniques mais sachez simplement qu’elle a opté pour une retraite anticipée sans demander son reste ni mon avis.
Elle m’a lâchée au bord d’une route sinueuse quasiment déserte, sans prévenir. Pas même un petit mot laissé sur le tableau de bord pour me dire qu’elle ressentait quelque fatigue, ni même un appel de phare ou un clignement de warning. Rien ! Après dix ans de vie commune ! Elle n’a même pas eu la délicatesse de me laisser en un lieu plus fréquenté ou mieux encore, devant un arrêt de bus. Cela aurait été la moindre des choses… Pire encore, elle a choisi un endroit où les téléphones portables ne passent pas, me laissant seule, abandonnée, livrée à moi-même dans cette jungle hostile où je n’apercevais, derrière un énorme châtaignier, que la crinière d’un vieux lion solitaire qui guettait son dîner. Ok, on oublie la jungle et le lion…
Alors, quand j’ai entendu, au loin, le vrombissement d’un moteur de voiture, je me suis postée au milieu de la route, les bras en croix. Dès qu’elle s’est approchée, je me suis jetée sur le capot et le nez écrasé sur le pare-brise, j’ai supplié les deux occupants de ne pas me laisser mourir de faim, de peur (à cause du lion) et de froid. Le jeune couple qui essayait sa voiture nouvellement acquise (je l’ai su ensuite) a bien entendu été fort ému par cette pauvre fille en perdition, son chapeau beige enfoncé jusqu’aux yeux tant il faisait froid.
Leur véhicule ne possédant que deux portes, la jeune femme s’est assise à l’arrière et m’a laissé la place à l’avant. Mais j’avais un souci : mon sac poubelle. Non, je ne pouvais pas le laisser dans ma voiture (pourquoi ? je n’en sais rien. Une idée idiote qui est passée sous mon chapeau). Je les ai donc fait patienter le temps de récupérer mon gros sac noir soigneusement fermé par un lien rouge noué avec une superbe boucle. Ils m’ont regardée faire sans rien dire. Je me suis installée dans le véhicule de mes sauveurs, j’ai posé le sac sur mes genoux et j’ai lancé au chauffeur : « C’est bon, on y va ! ». Il a obtempéré en silence, jetant juste un regard perplexe à sa compagne par le biais du rétroviseur.
Droite comme un « i », j’ai alors regardé attentivement la route par le petit espace qu’il restait entre le bord de mon chapeau et le sac poubelle. « J’ai l’air con » ai-je soudain déclaré après avoir évalué le tableau. Pas de réponse. Qui ne dit rien consent probablement… Quelques kilomètres plus loin, un container en bord de route a accueilli mon fardeau. Le couple semblait soulagé. C’est seulement à cet instant-là qu’ils m’ont raconté qu’ils venaient d’acquérir leur voiture et qu’ils avaient décidé de l’essayer agréablement en s’octroyant une journée en touristes.
Lorsque nous nous sommes retrouvés à une intersection, un choix était à faire. A droite, nous aboutissions à la nationale après une petite dizaine de kilomètres. A gauche, nous arrivions au même endroit mais vingt kilomètres plus tard et de plus, par une petite route en très mauvais état. Malgré les panneaux qui indiquaient les différents kilométrages, il allait prendre à gauche… J’ai hurlé « Nooooon ! A droiiiiite ! » Il a obéi par un brusque coup de volant. Une atmosphère de plomb s’est soudain installée à l’arrière. Se sont enchaînées cinq minutes d’un silence pesant. Puis d’une toute petite voix dont l’intonation se confondait en excuses, il s’est adressé à la jeune femme :
- Nous reviendrons, ne t’inquiète pas…
- Tu m’avais promis…
- Un problème ? Ai-je alors demandé.
- Non non… Enfin… elle voulait absolument prendre l’autre route parce qu’il paraît que la vue est magnifique. C’est même pour cela que nous étions dans les parages…
« Mouais, me suis-je dit, c’est beau mais c’est long… Il est tard… On m’attend… »
- Oh, leur ai-je dit, je suis désolée ! Mais vous savez, si vous tombez en panne sur cette route, vous ne trouverez pas grand monde…
- On vient de l’acheter notre voiture ! Elle est en super état ! S’est indigné le conducteur.
A bout d’arguments, j'ai simplement ponctué par un sarcastique : « on ne sait jamais ». Re-silence.
Et enfin, nous sommes arrivés àla nationale. Un kilomètre plus loin, ils allaient pouvoir se débarrasser de moi. Il s'est arrêté au carrefour, a mis son clignotant et attendit de pouvoir se glisser entre deux voitures.
- Vous devriez mettre votre ceinture, leur ai-je alors gentiment fait remarquer en attachant la mienne alors qu'il n'avait pas encore redémarré.
Aucune réaction de leur part et rere-silence. Puis, toujours au carrefour, après s'être mis finalement au point mort, il rompit enfin le rere-silence : « Tu conduis chérie ? »
Cette petite phrase anodine me saisit d’effroi :
- Vous n’avez pas votre permis de conduire ?!!!!
- Mais si, il l'a ! Ne vous inquiétez pas ! Nous sommes assurés aussi et ce n'est pas une voiture volée, me répond une petite voix agacée à l’arrière, il voulait simplement que j’essaie la voiture. Non chéri, je conduirai une autre fois. On rentre.
Suis-je bête…
Ils m’ont déposée quelques minutes plus loin en pays civilisé, là où les lions ne vont pas. Je les ai chaleureusement remerciés. Ils étaient tellement pressés de repartir que la dame n’a même pas pris le temps de repasser à l’avant.
Et là, en traversant la nationale à pied, mon chapeau enfoncé sur la tête, j'ai soudain réalisé que j’avais laissé une tronçonneuse et un gros bidon d’essence dans le coffre de ma voiture. Pourvu qu’on ne me les fauche pas. Pourtant, il y avait de la place à côté dela dame. Zut.
J’ai beaucoup aimé ces instants de synergie par l’écriture grâce à vos Valentin et j’espère sincèrement que vous aussi. D’autant plus que pendant ce temps, je me suis roulé les pouces !… Parmi les auteurs de ces Valentinades, la plupart n’avaient jamais exposé publiquement leurs écrits. Qu’ils soient remerciés ici de leur audace. J’ose imaginer qu’ils y ont pris du plaisir. « Osons ! » disais-je un jour ici…
A Difrade, Owlette, Diogène, Le Mat, Omar Mollat, Micorne et Ugo, merci d’être rentrés dans l’un de ces jeux totalement inutiles dont je me délecte. Le jeu des mots. De toute façon, ici, nous sommes là pour ça. Ce blog étant un lieu d’inutilité publique, nous n’avons pas la prétention de refaire le monde mais juste d’édulcorer le nôtre.
Et pendant que vos textes s’égrenaient gaiement dans le gris et le bleu de ces colonnes, qu’ai-je fait hormis me rouler les pouces ? Eh bien… J’ai fait mes adieux à la fameuse petit voiture bordeaux qui avait fait de la figuration dans « Bienvenue au village ». Je vous fais grâce des détails mécaniques mais sachez simplement qu’elle a opté pour une retraite anticipée sans demander son reste ni mon avis.
Elle m’a lâchée au bord d’une route sinueuse quasiment déserte, sans prévenir. Pas même un petit mot laissé sur le tableau de bord pour me dire qu’elle ressentait quelque fatigue, ni même un appel de phare ou un clignement de warning. Rien ! Après dix ans de vie commune ! Elle n’a même pas eu la délicatesse de me laisser en un lieu plus fréquenté ou mieux encore, devant un arrêt de bus. Cela aurait été la moindre des choses… Pire encore, elle a choisi un endroit où les téléphones portables ne passent pas, me laissant seule, abandonnée, livrée à moi-même dans cette jungle hostile où je n’apercevais, derrière un énorme châtaignier, que la crinière d’un vieux lion solitaire qui guettait son dîner. Ok, on oublie la jungle et le lion…
Alors, quand j’ai entendu, au loin, le vrombissement d’un moteur de voiture, je me suis postée au milieu de la route, les bras en croix. Dès qu’elle s’est approchée, je me suis jetée sur le capot et le nez écrasé sur le pare-brise, j’ai supplié les deux occupants de ne pas me laisser mourir de faim, de peur (à cause du lion) et de froid. Le jeune couple qui essayait sa voiture nouvellement acquise (je l’ai su ensuite) a bien entendu été fort ému par cette pauvre fille en perdition, son chapeau beige enfoncé jusqu’aux yeux tant il faisait froid.
Leur véhicule ne possédant que deux portes, la jeune femme s’est assise à l’arrière et m’a laissé la place à l’avant. Mais j’avais un souci : mon sac poubelle. Non, je ne pouvais pas le laisser dans ma voiture (pourquoi ? je n’en sais rien. Une idée idiote qui est passée sous mon chapeau). Je les ai donc fait patienter le temps de récupérer mon gros sac noir soigneusement fermé par un lien rouge noué avec une superbe boucle. Ils m’ont regardée faire sans rien dire. Je me suis installée dans le véhicule de mes sauveurs, j’ai posé le sac sur mes genoux et j’ai lancé au chauffeur : « C’est bon, on y va ! ». Il a obtempéré en silence, jetant juste un regard perplexe à sa compagne par le biais du rétroviseur.
Droite comme un « i », j’ai alors regardé attentivement la route par le petit espace qu’il restait entre le bord de mon chapeau et le sac poubelle. « J’ai l’air con » ai-je soudain déclaré après avoir évalué le tableau. Pas de réponse. Qui ne dit rien consent probablement… Quelques kilomètres plus loin, un container en bord de route a accueilli mon fardeau. Le couple semblait soulagé. C’est seulement à cet instant-là qu’ils m’ont raconté qu’ils venaient d’acquérir leur voiture et qu’ils avaient décidé de l’essayer agréablement en s’octroyant une journée en touristes.
Lorsque nous nous sommes retrouvés à une intersection, un choix était à faire. A droite, nous aboutissions à la nationale après une petite dizaine de kilomètres. A gauche, nous arrivions au même endroit mais vingt kilomètres plus tard et de plus, par une petite route en très mauvais état. Malgré les panneaux qui indiquaient les différents kilométrages, il allait prendre à gauche… J’ai hurlé « Nooooon ! A droiiiiite ! » Il a obéi par un brusque coup de volant. Une atmosphère de plomb s’est soudain installée à l’arrière. Se sont enchaînées cinq minutes d’un silence pesant. Puis d’une toute petite voix dont l’intonation se confondait en excuses, il s’est adressé à la jeune femme :
Et enfin, nous sommes arrivés à
Suis-je bête…
Ils m’ont déposée quelques minutes plus loin en pays civilisé, là où les lions ne vont pas. Je les ai chaleureusement remerciés. Ils étaient tellement pressés de repartir que la dame n’a même pas pris le temps de repasser à l’avant.
Et là, en traversant la nationale à pied, mon chapeau enfoncé sur la tête, j'ai soudain réalisé que j’avais laissé une tronçonneuse et un gros bidon d’essence dans le coffre de ma voiture. Pourvu qu’on ne me les fauche pas. Pourtant, il y avait de la place à côté de
Copyright © 2008 Martine Rousset








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