Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. Faux ! Enfin, pas trop vrai. Parce que les montagnes ne se rencontrent pas, certes, mais il n’y a pas qu’elles, j’vous f’rai dire.
Avez-vous déjà pensé à la détresse d’une parallèle qui n’a d’autre choix que de longer à distance une autre parallèle ? Prêtes à se toucher mais pas suffisamment proches pour pouvoir le faire… Et puis, elles n’ont pas le droit sinon elles perdent leur statut de parallèle. Si on n’appelle pas ça de la frustration ! Imaginez une bordure de route qui, en plus de se prendre sur le coin de la chaussée des gravillons, des éclaboussures, la pollution des pots d’échappement, des carcasses de lapins flashés par les phares, des coups maladroits de pneus sauvagement enjolivés, des canettes vides, des mégots incandescents et j’en passe, se contente d’apercevoir son homologue de l’autre côté de
Et le ciel et la mer ? Quand sur le bord de la plage, la main en visière, vous contemplez leur rencontre sur la ligne d’horizon ? Fadaises ! Il s’agit juste d’une illusion d’optique ! Si, je vous assure. J’ai un copain qui a un cousin germain au quatrième degré dans la marine qui lui a dit que c’était pas vrai. Il a dit très exactement : « Tu pars d’où tu veux et tu peux faire tout le tour de la terre et revenir au même point sans être coincé ». Les seuls qui n’y croient pas sont les poissons volants et les parachutistes.
Et puis tiens. Sans aller chercher bien loin, avez-vous déjà vu deux yeux se rencontrer sur un même visage ? Les yeux, c’est pire que les bordures de route car même si ils sont là pour voir, ils ne se voient pas mutuellement. C’est chacun pour sa pomme bien qu’ils fassent la même chose en même temps. Sauf strabisme bien entendu. Essayez avec votre œil droit de surprendre le regard de votre œil gauche… Impossible n’est-ce pas ? Les yeux sont donc comme les montagnes. Sauf que les montagnes n’ont pas d’yeux.
Un dernier exemple : le gruyère et ses trous. Bien qu’ils soient un tout (le tout étant le gruyère, précision à l’attention de ceux qui ne suivent que d’un œil vu que l’autre est toujours en train d’essayer de le surprendre…), ils ne font que se côtoyer. Rajoutez des trous au gruyère, il y aura davantage de trous, d’accord, mais aussi davantage de gruyère. Plus il y a de trous, plus il y a de gruyère. Et plus il y a de gruyère, plus il y a de trous. Incroyable hein ? Quoiqu’on puisse malgré tout étendre le phénomène à d’autres choses : plus il y a d’imbéciles, plus il y a de monde sur terre, plus il y a de monde sur terre, plus il y a d’imbéciles. Sauf que là, ça ne va plus… Parce que ceux-là, ils se rencontrent…
Sur ce, je vous laisse méditer sur cette grande pensée philosophique.
Copyright © 2008 Martine Rousset








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