Malheureusement, tout ce qui suit ne sort pas de mon imagination… Du « vécu », comme on dit…
- Tu as fait tes devoirs Roudoudou ?
- Et voilà, tu casses l’ambiance…
- Tu viens de t’éclater pour une semaine de vacances sur le continent, tu es en seconde, tes résultats du premier trimestre sont en dessous des pâquerettes, tu veux faire une première scientifique, donc, à quatre jours de la rentrée, commence tes devoirs.
Roudoudou dévale en soufflant les escaliers qui mènent à sa chambre et j’entends après 3 minutes 48 secondes chrono :
- Ça y’est ! J’ai commencé. Je continuerai demain.
Pause.
- Je peux aller sur MSN ?
Mon sang, sans pause, ne fait qu’un tour. La notion de commencement chez un ado se résume donc à l’ouverture de son sac de cours.
- Amène-moi ton agenda.
Il dévale –un peu moins vite- les escaliers, perd un peu de temps à je-ne-sais-quoi (mais je ne vais pas tarder à le savoir…) dans sa tanière et revient en me présentant son agenda.
En noir est écrit à la page du lundi, jour de la rentrée : Maths, exercices 19, 20 et 21 page 123. En bleu, est écrit à la hâte le mot « Facultatif ».
Il s’imagine que je suis née de la dernière pluie… Et justement, l’orage gronde…
- Parfait. Ils sont facultatifs mais tu vas les faire. Cela ne te fera pas de mal, tu ne crois pas ?
- Tu m’as acheté mon cahier pour les maths ? Le mien est terminé.
- Non, j’ai oublié, c’est vrai. Mais nous l’achèterons demain. En attendant, cela ne t’empêche pas de faire l’exercice sur une feuille volante.
- Mais c’est F-A-C-U-L-T-A-T-I-F ! C’est écrit là !
Et pour me le prouver il appuie sur le mot avec son index qui en devient blanc sous la pression.
- Allez, au boulot mon fils. Pense qu’il te faut remonter ta moyenne pour la première scientifique.
- De tout façon, j’ai changé d’avis. Tous ceux que je connais qui sont en première scientifique ont des mauvaises notes. Je veux plus faire scientifique.
Voilà autre chose…
- On verra ça en temps et en heure. Va faire tes maths.
Il dévale pour la troisième fois les escaliers mais cette fois-ci en bougonnant.
Deux minutes vingt-huit passent.
Je l’entends crier d’en bas.
- Tu sais pas où il est mon livre de maths ?
Ben non… Ce n’est pas le genre de bouquin que j’ai envie de lire pour me détendre…
Encore une minute vingt-cinq.
- Je sais pas où il est !
- Cherche.
- Je l’ai oublié à l’internat.
Je me pince inutilement mais on ne sait jamais…
- Appelle un copain alors.
- Je vais demander à un collègue de classe sur MSN.
Une vague lueur brille alors dans ses yeux. Il croit la cacher mais en mère avertie, je l’aperçois.
- Ok. Mais tu as cinq minutes devant toi. Pas une de plus.
Il semble désespéré mais il sait qu’il n’a pas le choix. Sa mère est une arapède pour ce genre de choses… Je lui cède l’ordinateur pour le temps imparti.
Cinq minutes plus tard.
- C’est pas possible. Y’a des schémas.
- Demande à ce qu’on te scanne la page et qu’on te l’envoie par courriel !
- Personne n’a de scanner.
- Toutes les imprimantes sont équipées d’un scan aujourd’hui.
- Personne n’a d’imprimante.
- Tu as au moins une dizaine de copains et de copines de classe dans tes contacts ! Enfin ! Il y en a bien un ou une qui a un scanner ?
- Non, ils ont tous des portables.
- Et quand on a un portable, on n’a pas de scanner ?
- Non.
- Pourquoi ?
- J’en sais rien, c’est comme ça.
Pendant que je réfléchis à la façon dont je vais gérer la situation, il en profite pour descendre dans
J’ai réfléchis et je le rejoins. Mais avant de lui interdire l'accès à l'ordinateur jusqu'à la reprise des cours, je tente une dernière fois :
- Tu ne veux même pas essayer de joindre un copain de classe par téléphone ?
- Leur téléphone passe pas chez eux.
L'interdiction est donc tombée. Il ne chante plus mais il encaisse la punition dignement, la tête haute et un paquet de gâteaux à la main.
Y aurait-il une once de mauvaise foi enfouie au fin fond de mon ado ? Ooooh… Ôtons vite de mon esprit cette vile pensée digne d’une mauvaise mère qui ne fait que mettre la pression à un pauvre gamin qui fait tout son possible pour réussir sa première année de lycée…
Je dois être au-dessous de tout, ou perdue à mille lieue au-dessus de quelque part entre nulle part et ailleurs… Pour me remonter le moral, je me dis que nous sommes probablement des milliers de parents d’ados perdus au même endroit…








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