- Pssst !
- Qui me parle ? S’étonna le grand miroir joliment encastré dans un cadre de bois de châtaignier travaillé.
- C’est moi, l’horloge… Je m’ennuie… Lui répondit la vieille horloge comtoise.
- Il faut dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans la journée. Ils ne rentrent que le soir… Tu égrènes le temps pour rien ma pauvre.
- J’ai le devoir d’être à l’heure. Il me faut donc égrener les minutes pour faire des heures et les heures pour guider les occupants de cette maison.
- Tu ne t’arrêtes donc jamais ?
- Je ne peux pas. Je faillirais. Tout au plus avancer ou retarder de quelques instants.
- Nous ne sommes pas mal ici. Il fait bon et c’est tranquille.
- Dis, tu n’en as pas marre de réfléchir ?
- Quelle idée. Et toi, en as-tu assez de compter ?
- Non… J’ai compté tant de choses. Des derniers soupirs. Des premiers cris. J’ai escorté beaucoup de vies tu sais. J’ai fait se rider tant de visages.
- Ces mêmes visages qui viennent se camper devant moi pour observer le résultat du temps que tu fais passer… Je révèle les rides que toi tu inspires.
- Même si je m’arrête, le temps passera malgré tout. Je ne suis qu’un instrument du temps.
- Ne t’arrête pas. J’aime bien ton tic-tac. Quand je l’entends, c’est qu’il y a le silence et personne dans la maison. Je n’ai donc pas à réfléchir.
- Serais-tu paresseux ?
- Pas du tout. Mais renvoyer l’image de celui qui passe est parfois fort triste. J’ai aperçu quelquefois des larmes jaillir des yeux de celui qui, tout à coup, décidait de scruter son visage. Certains n’aiment pas ou n’aiment plus leur image. Je ne peux rien y faire. Les gens changent…
- Je sais, je sais. C’est moi qui les fais changer.
- Cruel passe-temps que le tien, non ?
- Je ponctue aussi des moments de joie ! Certes, ceux-ci passeront mais à l’instant où ils sont là, le bonheur est accroché à mes aiguilles. Suspendu même parfois lorsqu’il s’agit d’un moment attendu.
- Je me suis toujours demandé si une petite heure était plus courte qu’une heure ?
- L’heure a la longueur de l’oubli. Elle passe rapidement pour celui qui l’utilise. Elle s’alourdit pour celui qui l’attend.
- Les heures perdues à les attendre… Quel gâchis…
- Et les heures gagnées à les atteindre ? Tu y as pensé ? Certains bonheurs valent bien quelques heures perdues.
- Nous ne sommes pas mal ici. Il fait bon et c’est tranquille.
« Ce qui est visible n'est que le reflet de ce qui est invisible » (Rabbi Abba).
Copyright © 2008 Martine Rousset









> Lire les 3 commentaires