Je viens de passer une bonne partie d’un après-midi dans la salle d’attente d’un ophtalmologue bastiais. Oh, rien de grave, je ne faisais qu’accompagner quelqu’un qui devait subir quelques lasers (ah ! la technique !). Et puis, c’est toujours beaucoup moins inquiétant quand on n’est qu’accompagnant…
Armée de patience et d’un bon bouquin (« La valse lente des tortues » de Catherine Pancol pour les curieux…), je me suis installée sur une chaise raide comme les falaises de Bonifacio, aux côtés de la personne que j’accompagnais. La pièce jouxte l’accueil où un essaim de femmes en blouses blanches s’affairent entre deux dossiers et deux prises de rendez-vous. C’est une véritable ruche apparemment rentable car d’où nous sommes, nous les entendons annoncer le montant des consultations aux patients qui repartent. Jamais moins de cent euros. Ce qui explique le silence des patients, le stylo en suspens au-dessus du chéquier et l’œil (soigné, cependant…) aussi hagard qu’affolé. Je capte même un : « Ah ? Ce n’est pas remboursé ? » plutôt étranglé. Ben non. Bref.
Une dame en blanc fait une distribution de collyre dans les yeux des patients dans la salle d’attente. Elle revient régulièrement pour surveiller l’effet des gouttes destinées à dilater la pupille et à haute voix : « Alors Madame P. ? Elle est dilatée ? », « Ah Monsieur A., ça y’est, vous êtes bon ! ». Le tout dans une discrétion exceptionnelle… On se croirait dans une infirmerie scolaire, le jour de la visite médicale…
Les toilettes sont incrustées dans un coin de la salle d’attente. Les cloisons doivent être très mince si l’on se réfère aux bruits incongrus qui s’en échappent lorsque quelqu’un s’y trouve… « Eh ben, la p’tite dame, elle avait une sacrée envie de faire pipi ! » ont dû penser en chœur la quinzaine de personnes qui se trouvaient là lorsque nous avons tous entendu un flot ininterrompu et interminable. Quand elle a à nouveau traversé la pièce pour retourner s’asseoir, on pouvait lire dans les quinze regards -plus ou moins dilatés- qui la suivaient pudiquement en silence : « Ça va mieux ? ».
Il fait une chaleur insupportable dans cette pièce surchargée de monde. Je décide d’aller entrouvrir la fenêtre coulissante. Bloquée par une serrure… De quoi ont-il peur ? D’une évasion collective après que nous ayons entendu le prix des consultations ? On ne saura jamais. Tant pis, nous resterons mal assis et nous aurons trop chaud. Résignée, je me rassois et je reprends ma lecture.
Le temps passe. Je lève le nez de mon bouquin et j’observe un instant les gens. Tout à coup, j’aperçois deux adultes qui lisent Mickey Magazine ! Ils sont chacun à l’opposé de la pièce et ne se connaissent pas (l’une des deux étant celle du pipi interminable). C’est là que mes yeux se posent sur la table basse au centre de
Etrange endroit…
Copyright © 2008 Martine Rousset








> Lire les 13 commentaires