- Tu entends ? Je suis foutu ! Foutu mon pauvre Isidore. Condamné par la médecine !
Et pour la première fois depuis qu’Isidore lui avait cassé son train électrique alors qu’ils avaient tous deux six ans, Fernand s’effondra. Il raccrocha le téléphone sans entendre ce que son ami lui répondit et fondit en larmes.
Il pleura ainsi longtemps, suffoquant de désespoir.
Il le savait. Depuis plusieurs mois, il sentait que quelque chose n’allait pas en lui. Ces essoufflements, ces étourdissements, ce cœur qui battait parfois trop vite et d’autres fois pas assez… Il le sentait… Il en avait fait part à son médecin qui l’avait écouté attentivement, ausculté soigneusement, prescrit consciencieusement des analyses et autres investigations. Ils n’avaient rien trouvé. Fernand avait alors compris que c’était grave. Un mal qui se cache est un mal sournois.
Et puis ce matin au téléphone, son médecin, après une nouvelle analyse, lui avait annoncé que cette fois, ils avaient finalement découvert qu’un mal le rongeait. Les mots du médecin avaient résonné en martelant son crâne d’un interminable écho. Ils résonnaient encore. Ils résonneront jusqu’à son dernier souffle.
Les yeux gonflés et le visage inondé de larmes, il n’avait pas bougé de la chaise près du téléphone. Ce dernier avait retenti plusieurs fois mais il n’avait eu ni la force ni le courage de décrocher le combiné. La tête enfouie dans les bras, on ne voyait que son dos secoué des spasmes de ses sanglots.
Il se calma enfin, releva la tête, s’essuya le visage de sa manche, respira profondément et longuement puis réfléchit : « C’est ainsi, c’est mon destin. Je n’ai pas quarante ans et je vais mourir. Il me faut l’accepter. Mais j’ai des choses à dire à certains avant de partir… »
Il se leva et se dirigea vers son bureau. Il prit dans un tiroir une petite pile de papier blanc destiné à son imprimante, un stylo et se mit à écrire.
(A suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset








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