La mort remontait à 14 heures 30 de l’après-midi, heure à laquelle tous les instituteurs étaient en classe avec leurs élèves, donc avec un alibi en béton encore plus armé que tous les cagoulés de Tralonca réunis. Le gardien, interrogé, assura qu’il n’avait vu personne monter vers le bureau de Madame Roche, hormis un petit garçon convoqué à l’heure de la récréation et qu’il vit effectivement passer à 15 heures 30 pour passer à nouveau dans l’autre sens et réintégrer la cour cinq minutes plus tard.
On appela le petit garçon.
- Comment t’appelles-tu et quel âge as-tu petit ? Interrogea l’inspecteur Nanaimo.
- J’a m’appelle Wolfgang et j’a six ans et demi, répondit timidement le garçonnet.
- Tu as vu Madame Roche cet après-midi ?
- C’est Ronchon son nom, pas Roche ! Non je l’a pas vue. J’a frappé à sa porte mais l’a pas répondu.
- Pourquoi voulait-elle te voir ?
L’enfant baissa les yeux et ferma sa bouche en une moue résolument hermétique.
- Tu peux me le dire, personne ne le saura.
Wolfgang soupira et accepta de faire confiance à ces yeux bridés qui lui rappelaient ses amis les Mangas.
- J’a fait pipi à côté de là où qui faut. C’est la faute à Madame Ronchon, elle a crié pendant que j’étais en train de faire pipi et je m’a retourné pour voir qui elle grondait, alors j’a fait pipi à côté de là où qui faut et elle m’a vu. Voilà.
- Tu l’aimes bien la directrice ?
- Ah ben non ! Y’a personne qui l’aime à l’école ! Même que mon Papa il a dit que c’était un remède contre l’amour !
- D’accord Wolfgang, je te remercie. Tu as été formidable. Tu peux repartir.
Quand l’inspecteur Nanaimo regagna son bureau, il sortit un chewing-gum à la chlorophylle de son tiroir et se cala contre le dossier de son fauteuil pour réfléchir tranquillement tout en mâchouillant.
- Récapitulons, se dit-il à voix basse, une directrice haïe de tous est morte étouffée dans son bureau à 14 heures 30. Une lettre trouvée sur elle semble indiquer qu’elle s’est suicidée. Cette lettre fait référence à des secrets que nous ignorons totalement. Les gommes trouvées dans ses trous de nez laissent pourtant penser que tout ceci est une mise en scène macabre. Pourquoi des gommes ? Personne n’a vu quoique ce soit, pas même le petit Wolfgang, et nous n’avons aucun suspect. Quant au concierge, il est hors de cause puisque nous avons pu vérifier qu’il était dans sa loge, au téléphone avec son frère de 13 heures 54 à 15 heures 12. De surcroît, sa loge se situe près de l’escalier qui mène au bureau de la décédée et il aurait forcément vu quelconque personne passer.
Il cracha son chewing-gum dans la corbeille et rentra chez lui, convaincu que le résultat de l’autopsie éclairerait l’affaire.
Lorsque le compte-rendu de l’autopsie tomba sur le bureau de Nanaimo le lendemain matin, juste avant de partir perquisitionner le domicile de Madame Roche, son sang ne fit qu’un tour. Il révélait non seulement que la victime était décédée des suites d’un étouffement lié à un choc anaphylactique causé par une allergie à des cacahuètes qu’elle avait ingurgitées en très grande quantité mais également que les empreintes digitales de la décédée ne correspondaient pas à celles de Aude Roche, née le 2 février 1950 à Bastia, Haute-Corse ! Le rapport ajoutait qu’elle n’avait pas été violée, mais de cela il s’en doutait…
Serait-ce l’un des secrets auxquels la morte faisait allusion dans sa lettre ? Mais alors qui était cette femme ? L’Education Nationale venait de confirmer la nomination en 1997 d’une Aude Roche au poste de directrice d’école. Usurpation d’identité ?
Où se trouvait la véritable Aude Roche ?
Rien ne coulait de source…
(A demain…)








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