Mon père était garde-barrière. Un frais matin de printemps, alors qu’il abaissait les barrières du passage à niveau, celui-ci entendit brusquement des cris qui s'échappaient de la petite gare. Il attendit consciencieusement le passage du train et se rua vers la maisonnette. Ma mère allait accoucher. Mon passage fut un peu laborieux mais dès que je me suis trouvé dans les bras de ma mère, tout fut vite oublié. Mon père me donna le prénom de Lazare par ambition. Sa gare à lui était si minuscule…
J’étais un petit garçon espiègle. J’adorais me promener dans le champ près de chez moi et là, à califourchon sur une branche de l’unique pommier, aux premiers beaux jours, je surveillais le passage des hirondelles et m’interrogeais sur le fait que l’on disait d’elles qu’elles ne faisaient pas toujours le printemps alors que c’était écrit sur mon calendrier des Postes.
Dans mon champ, je parlais aux coccinelles et aux abeilles. Elles me répondaient et il arrivait souvent que j’en oublie que le soleil se couchait lui aussi. Je leur expliquais qu’elle devait être prudentes car les hommes allaient bien un jour les intoxiquer avec leurs pesticides. Je dessinai un jour pour elles un masque à gaz miniature dont je leur montrai le plan. J’ai laissé le plan sur le sol et le lendemain, il n’y était plus. Elles l’avaient emmené...
Dès mon passage de l’école maternelle à l’école primaire, j’acquis très rapidement la lecture et me plongeai dans tous les livres que je trouvais. Un jour que je n’avais plus rien à lire, j’empruntai à mes parents l’annuaire du téléphone et l’emmenai avec moi sur mon pommier. Je fus émerveillé de trouver autant de personnages dans un seul ouvrage. Quelle imagination débordante avait donc cet auteur pour inventer autant de noms différents ! J’ai même écrit une lettre à ce mystérieux Monsieur P. T. T. pour lui demander si il prévoyait de sortir le second tome. Il ne m’a pas répondu.
A l’adolescence, je m’intéressais de très (mais vraiment très) près aux jeunes filles de mon âge. Comme tout le monde.
Je me rebellais également contre tout et refaisais le monde chaque matin avec une telle conviction que chaque soir, je m’endormais avec la certitude que moi, Lazare, j’avais le pouvoir de tout changer. Les gens ne se posaient pas suffisamment de questions et cela m’agaçait. A vingt ans, j’organisais une manifestation pour les questions. A vingt-trois ans, j’en organisais une contre les mauvaises réponses… Aujourd’hui, j’ai des questions et je n’ai pas de réponses, ni bonnes, ni mauvaises.
Mes études terminées, je devins conseil littéraire et m’amusai à exiger la photographie des femmes qui m’envoyaient leurs textes. Crédules, elles s’y pliaient sans imaginer un seul instant qu’il s’agissait bien souvent du meilleur passage qu’elles me livraient ainsi… Je papillonnai de bas-bleu en bas résille, sans aucun désir d’escale.
Jusqu’au jour où…
… dans un train, je rencontrai Denise, une commerçante qui ne ressentit jamais le besoin d’écrire autre chose que sa comptabilité. C’était un joli bout de femme, spirituelle, cultivée et séduisante. Fou amoureux, je ne regardai alors plus le monde qu’à travers elle. Je lui fis béatement deux enfants et laissai le temps s’égrener en douceur, me laissant porter avec délice. Sans questions alors que je militais auparavant pour qu’on s’en pose.
Quand Denise me quitta, le choc fut effroyable. Elle ne m’aimait plus… Abominable passage à tabac de tout mon être. Totalement électrocuté par cette décision à laquelle je ne m’attendais pas, je me retranchai dans la solitude et fis de ma cheminée ma seule interlocutrice et ma confidente. En quelques secondes, je passai du bonheur à la souffrance. Ecorché par l’amour, je tentai de panser ma plaie dans l’isolement. Passage à vide cruel de l’être qui s’aperçoit soudain qu’il est un funambule et que son équilibre est bien précaire…
Le temps passant, petit à petit, je me raccrochai à nouveau au monde, ne me contentant cependant que de quelques amis triés sur le volet. Mais ils étaient fidèles. C’est à cette époque que je me pris d’une passion subite pour les cocktails pour lesquels je prenais un plaisir fou à en effectuer les mélanges de couleurs et de goûts. C’est également à cette époque que je repris mon papillonnage abandonné un jour pour une seule femme. Je savais qu’aucune d’entre elles ne me prendrait encore. J’avais goûté à la déchirure, je ne prendrai plus jamais le risque d’en subir une nouvelle. J’en étais convaincu. En lutte perpétuelle contre la moindre étincelle amoureuse, je lui barrais le passage dès qu’elle semblait poindre son nez à l’horizon. Non. Plus jamais.
Jusqu’à ce que Nina me surprenne avec son grain de sel… Une Nina au naturel désarmant. Une Nina qui prit de jour en jour, un peu plus de place dans mon univers. Une Nina qui, sans le savoir, se frayait un passage dans mon cœur endurci de guerrier. J’ai su que j’étais pris au piège, le jour où elle oublia son grand pull gris chez moi avant de rentrer chez elle. Eh bien, vous savez quoi ? Quand j’ai pris ce pull dans mes mains et que j’ai senti son odeur, j’ai eu mal… C’était l’odeur de l’absence… Elle me manquait.
J’étais cuit !
Vous l’avez remarqué, la vie est faite de passages. Nous déambulons de passage en passage… Nina, c’est mon passage protégé. J’ai baissé les armes, elle le sait. Elle, pas encore. Son histoire de passage de la salière est un leurre. Ce n’est pas à moi qu’elle a posé la question, c’est à elle-même…
Alors si au passage elle trouve une réponse, j’ose espérer que j’en profiterai…
Nous ne sommes que des voyageurs de passage, il ne faut rien rater. J’ai mis plus de cinquante ans à le comprendre.
L’essentiel est invisible pour les yeux (Antoine de Saint-Exupéry).
Publié le 25 septembre 2007
Publié le 25 septembre 2007
Que va faire Lazaret, oiseau passériforme ? Doit-il aller à l’essentiel ? Doit-il passer à l’acte et même envisager le passage devant Monsieur le maire ?
Et Nina la passerine ! N’est-ce, pour elle, qu’une possible passade ?
Le mariage est-il un passage interdit ? L’obligation de faire traverser l’amour dans les passages cloutés ?
A quel sorte d’examen de passage la passerine soumet-elle le passereau ? Veut-elle lui faire danser la passacaille, pour ensuite lui lancer une pasquinade? Non, lectrice, ne fais pas ta bouche en passe-boules. Nina est bien capable de torturer Lazare avec un passe-lacet en le remuant dans sa plaie.
Pourquoi ses désirs prennent-ils des passages souterrains ? A-t-elle des envies de maternité ? Alors, elle devra proposer, sans passe-montagne, le passage obligé du col de l’utérus… pour l’arrivée d’un nouveau passager, passeur de mémoire…
Publié le 25 septembre 2007
Publié le 25 septembre 2007
Je veux dédier ce poème
À toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
À celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais
À celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui
À la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Mais qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main
À celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant
Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin
Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
À tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus
Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir
Retenir








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