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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 26 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

« Monsieur, Je vais bientôt mourir et lorsque vous lirez ces lignes vous saurez enfin que j’aime votre femme. Je ne lui ai jamais dit mais dès le premier instant où je l’ai aperçue, j’ai su qu’elle était mon « autre ». Comment aurais-je pu lui avouer mon amour alors qu’elle vivait elle-même une idylle avec notre chef de service ? Je n’ai pas voulu la perturber alors qu’elle venait d’achever sa liaison avec le comptable. C’est dire comme je l’aime. Choyez-la, Monsieur, aimez-la comme je ne pourrai jamais l’aimer. Adieu Monsieur. »


« Madame Guilbert, Vous avez été ma voisine pendant dix années et lorsque vous m’avez laissé vos clefs pour arroser vos plantes pendant vos divers voyages, j’ai apprécié votre confiance. Mais aujourd’hui, à l’heure où la médecine me condamne, je ne peux quitter le monde sans vous faire une confidence. Vous avez cherché pendant des semaines cette montre à gousset qui appartenait à votre grand-oncle. Vous m’en avez parlé et j’ai vu votre tristesse de l’avoir égarée. C’était moi, Madame Guilbert… J’avais à l’époque un gros souci d’argent et je n’ai pu résister à ce bijou posé sur votre commode. Pardon et adieu. »
 

« Isidore, mon ami, Tu pleureras mon absence, je le sais. Cette amitié de trente-cinq ans restera gravée à jamais en toi. Ton cœur saignera à la seule pensée de nos instants passés ensemble. Nous nous sommes toujours tout dit, tout raconté et avons toujours été un soutien l’un pour l’autre. Te souviens-tu de cette seule dispute qui a traversé ces trente-cinq années ? Pas celle du train électrique car je sais bien que tu ne l’avais pas fait exprès. Je parle de cette dispute alors que nous étions en désaccord sur le choix d’un président pour la France. Chacun d’entre nous a voté le contraire de l’autre et c’est toi qui as vu ton candidat accéder à la présidence. J’étais très en colère après toi et nous avons rompu tout contact pendant un mois. C’est au moment de ton redressement fiscal que nous avons renoué. Je regrette aujourd’hui sincèrement de t’avoir balancé aux impôts. Mais c’est du passé. Aujourd’hui, je vais mourir et j’espère que tu n’oublieras jamais les liens qui nous ont unis. Adieu mon ami. »
 

Fernand prit le temps de relire ses courriers puis glissa chacun d’entre eux dans une enveloppe sur laquelle il inscrivit en s'appliquant l’adresse des destinataires. Il avait dit ce qu’il avait sur le cœur et il savait qu’aucun n’y ferait allusion avant sa mort alors qu’ils le savaient condamné. Il sortit de chez lui, acheta trois timbres, les colla sur les enveloppes et les posta à l’instant où un employé de la Poste faisait la levée.

 

Quand il rentra chez lui, le téléphone sonnait à nouveau mais cette fois, il répondit.

 

- Fernand ! Enfin, tu réponds ! Je me suis fait un sang d’encre. Que se passe-t-il ? Qu’a dit exactement le médecin ? Lui demanda Isidore, la voix chargée d’une angoisse non feinte.

- Oh Isidore, c’est toi, mon ami. Il m’a dit que j’étais atteint d’un mal qui me rongeait irrémédiablement. Il a appelé ça une hypocondrie de forme psychotique…

 

Epilogue :

 

Nous n’avons jamais revu Fernand, il a déménagé sans laisser d’adresse.

 

FIN

 

Copyright © 2008 Martine Rousset