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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 26 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Très souvent, on me demande si je suis originaire de l’île. Normal. Nous savons tous parfaitement que de savoir d’où vient chacun afin de le rattacher ou non à une famille fait partie de la culture corse. J’ai moi-même pris l’habitude de poser la même question… Tout simplement parce que depuis presque vingt-sept ans que je vis sur l’île, eh bien, comment dirais-je, j’ai fini par acquérir quelques automatismes !

 

La seconde question qui coule de source lorsque j’ai répondu non à la première en ajoutant que je me suis incrustée en Corse à l’âge de vingt-et-un an (presque 27 + 21 = ? Presque vingt-huit ? Très bien. Vous comptez comme j’aime…), est : « Mais comment as-tu atterri en Corse ? ».

 

Comme beaucoup de pinzuti, j’y ai atterri un peu par hasard et je n’en ai plus jamais décollé. J’ai vu un rocher qui dépassait de la mer, il y avait de la lumière et j’y suis allée. Très vite, je l’ai aimée et très vite, le pigeon voyageur que je croyais être s’est métamorphosé en arapède. Et vous pouvez y aller, en vingt-sept ans, personne n’a réussi à décrocher l’arapède du rocher !

 

Pourtant, mon arrivée sur l’île fut plutôt déconcertante… A l’époque, après avoir quitté Paris pour incompatibilité d’humeur météorologique, je vivais à Nice où quelque hasard m’avait menée. C’était un bel hasard brun aux yeux bleus qui m’avait transformé en courge. A vingt-et-un ans, j’étais vraiment très courge lorsque j’étais amoureuse… Moins maintenant. Quoique… Enfin bref. On dira que sur ce coup-là, j’étais très courge.

 

Mon beau hasard aux yeux bleus n’avait qu’un rêve : l’Amérique du Sud. Je me laissais bercer par ses discours latinophiles sur air de samba et je me disais que lorsque nous serons « là-bas », ce sera merveilleux. Il a organisé son voyage et préparé ses valises. Mais je ne rentrais dans aucune d’entre elles…

 

C’est ainsi qu’un soir d’été de l’an 1981 après J. C., également du jour 1 après B. H. (Beau Hasard) de mon ère crétine, je pleurais courgement dans mon petit appartement en co-location, mais désert ce soir-là, quand un copain est passé me voir. Il avait à la main Nice-Matin et quand il est reparti, il l’a oublié sur la table… L’air absent, j’ai parcouru le journal sans autre motivation que d’oublier ma courgitude. C’est là que mon regard s’est arrêté sur une petite annonce : « Bar en Corse cherche serveuse ». Cinq mots et un numéro de téléphone. La Corse ? J’y avais vaguement planté une tente pendant trois jours l’année précédente et j’en gardais peu de souvenirs tant il avait plu durant ces trois jours. Serveuse ? Je n’avais jamais mis les pieds derrière un comptoir mais quelle importance…

 

J’étais libre -car entre deux missions d’intérim- et sur un coup de tête, j’ai téléphoné.

- Vous pouvez être là demain ? M’a demandé une petite voix de vieille dame avec un accent à couper au couteau.

- Demain ! Euh… Non… Si… J’arrive…

 

Le lendemain, j’ai pris le vol Nice-Bastia du soir (dépensant ainsi les quelques maigres cartouches qui me restaient…) après avoir averti ma future patronne de l’heure à laquelle j’arriverai à l’aéroport afin qu’elle puisse envoyer quelqu’un me chercher. Qui ? Je n’en savais rien… Où j’allais ? Je n’en savais rien… Combien allais-je gagner ? Je n’en savais rien… Serais-je bien logée ? Je n’en savais rien… A vingt-et-un ans, on n’en sait rien et on s’en fiche de ne pas le savoir… Je ne savais qu’une chose, c’est qu’il me fallait changer d’horizon.

 

A peine débarquée de l’avion, un type gras et doté d’un fort strabisme convergent m’attendait.

- Je m’appelle Eugène, me dit-il avec un grand sourire à la dent rare.

Il n’était pas que gras, bigleux et édenté… Ce que j’avais supposé au premier regard s’est confirmé dès l'instant où il a démarré sa voiture… Si ses dents ressemblaient au contour d'un petit Lu auquel on aurait grignoté une dent de biscuit sur deux, il avait également un autre point commun avec le petit Lu. Il était tout aussi beurré…

 

(A suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset