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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 26 août 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
La villa de Madame Roche (nous continuerons à l’appeler ainsi tant que Nanaimo n’aura pas progressé dans cette affaire) était une bâtisse sur deux étages. Elle y vivait seule. Claire et spacieuse, elle était meublée avec goût. Les policiers entreprirent une fouille méthodique de toute la maison. L’inspecteur Nanaimo supervisait et donnait des ordres. Les policiers perquisitionnaient depuis environ deux heures quand l’un d’entre eux découvrit derrière une aquarelle accrochée au mur, deux documents dactylographiés. Sur le premier, on pouvait lire :

Madame Gabriola. Il est temps de dire la vérité et de libérer ma sœur. Vous allez avoir des ennuis, ça vous pouvez en être certaine. Signé : Vous savez qui.

Sur le second :

Madame Gabriola. Vous ne m’écoutez pas et ne décrochez plus votre téléphone. Vous avez deux jours pour libérer ma sœur sinon je dis à tout le monde qui vous êtes. Signé : Vous savez qui. 

La perquisition ne donna rien de plus mais c’était déjà pas mal puisqu’elle leur livrait un début de piste. L’inspecteur ordonna qu’on lui procure la liste de tous les appels téléphoniques reçus au domicile de la défunte depuis trois mois et demanda à ce que chaque appel soit identifié.
Ce fut fait en un temps record par un petit flic en quête d’avancement. Il faut dire que seuls trois numéros de téléphone différents en appel entrant figuraient sur le listing... Le premier se révéla être celui de Télétel 2, lequel après vérification ne mena qu’à un pool de standardistes qui s’appelaient toutes Sylvie. Le second aboutit à Pizza Roro, lequel Roro, interrogé, déclara qu’elle lui commandait régulièrement une pizza sans allergène et que cette cliente était tellement désagréable qu’il avait pris l’habitude de la prévenir dès que sa pizza était prête afin d’éviter qu’elle stationne trop longtemps devant son camion. Quant au troisième, il correspondait à un certain Tom Hégeiry habitant à Ajaccio.
C’est sur ce dernier que Nanaimo concentra son attention.
 
Tom Hégeiry, la cinquantaine, petit, trapu, le cheveu rare et gris, faisait cohabiter des yeux de chat avec un petit nez de souris. Lorsqu’il ouvrit la porte à notre inspecteur et que ce dernier eut décliné son identité, son visage s’illumina et de sa bouche minuscule sortit un :
- Enfin !
Les révélations de Tom scotchèrent Nanaimo sur le fauteuil du salon où son hôte l’avait prié de s’installer tout en lui servant un scotch. Doublement scotché donc…
Il se disait être le frère de la vraie Aude Roche disparue il y a tout juste dix ans, qu’il avait connu Madame Gabriola à l’époque où elle tenait un caboulot à Marseille, qu’il était client de ce caboulot et que sa sœur Aude y arrondissait ses fins de mois d’institutrice. Il n’avait jamais averti la police par peur d’anéantir la carrière de sa sœur mais aujourd’hui, « c’en est trop, il faut que ça cesse », soupira-t-il.
- J’ai découvert que Madame Gabriola avait usurpé l’identité de ma sœur, poursuivit-il devant un Nanaimo abasourdi. Elle m’avait confié un soir qu’elle aurait rêvé d’être maîtresse d’école et que ma sœur avait bien de la chance d’être nommée directrice d’une école primaire. Madame Gabriola était jalouse et détestait Aude. Elle détestait de toute façon tout le monde. C’était un pit-bull. Quand j’ai lu dans Corse-Matin qu’elle avait été retrouvée morte, j’ai débouché une vieille bouteille de limoncellu que je gardais précieusement pour une grande occasion.  J’en avais trouvé une. Et Aude ? Vous l’avez trouvée ? Je sais juste que là où elle se trouve, elle est entourée de bouteilles de Chateauneuf du Pape. Madame Gabriola avait ironisé sur ce point, sachant que ma sœur était une grande amatrice de vin. Mais je ne sais rien de plus.
Il s’interrompit, épuisé. Soudain, un vent de panique l’envahit :
- Je n’y suis pour rien ! Je ne l’ai pas tuée !
- Certes… Mais vous avez commis une faute grave en ne prévenant pas la police ! Depuis dix ans ! Vous rendez-vous compte ? Vous allez être poursuivi par la justice. De plus, tant que nous n’avons pas trouvé l’assassin, vous êtes le suspect n° 1…
Le museau sur le menton, Tom baissa les yeux. Dans un murmure, il lui répondit :
- Je ne voulais pas que l’on sache que ma sœur avait fait la pute.
- Mais au fait, comment se fait-il que vous n’ayez pas le même nom que votre sœur ?
- Notre mère vendait des assurances-vie au porte à porte. Nous avons été conçus par accident alors qu’elle se démenait pour décrocher des contrats. Aude fut reconnue par amitié par un copain de notre mère. Quant à moi, je porte le nom de Maman.

Oui mais... et les gommes ?

(A suivre...)