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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 27 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

- Ninou ! Je pars faire du shopping ! A tout à l’heure !

René se redressa vivement et s’arracha à son Sudoku :

- Encore !

- J’ai besoin de me détendre, objecta Aglaé en faisant irruption dans le salon, toute pomponnée et prête à dépenser.

 

René se souvint que la dernière fois que son épouse avait fait du shopping en guise de relaxation, elle avait en effet nettement abusé de la carte bleue conjugale… Il était en vacances pour un mois entier et pour une fois, il avait décidé de ne faire ni bricolage, ni mécanique. Rien. Un mois de repos total. Il soupira mais il choisit de l’accompagner par prudence : « Vas-y mon vieux, un homme averti en vaut deux… ».

- Je viens avec toi. Déclara-t-il en jetant son livre de Sudoku Force 3 sur la table basse.

Elle fit la moue mais n’osa rien dire. Elle partit poser son sac à main à côté du téléphone sur le guéridon dans l’entrée et s’adossa à la porte :

- Ok. Alors dépêche-toi, je t’attends.

 

En allant chercher sa veste dans la penderie, il passa devant la photographie de leur mariage qui trônait près du téléphone. Ses yeux s’y arrêtèrent un bref instant. Aglaé surprit son regard.

- Nous étions beaux hein ?

Il sourit mais ne répondit pas.

- Elle était belle ma robe hein ?

- Blanche… On se demande pourquoi d’ailleurs… Tu n’étais pas une première main… A moins que cela ne soit pour aller avec la couleur de la gazinière et du lave-linge ? Ironisa-t-il.

Aglaé haussa les épaules, agacée. C’était ça l’humour de René… Elle en avait l’habitude à présent.

 

Sans autre motivation que d’être un frein aux dépenses de son épouse, il la suivit –ou plutôt, il se laissa traîner- en ville, là où les vitrines des boutiques sont faites pour happer les femmes et épuiser les hommes.

 

Au bout de deux heures, Aglaé n’avait encore rien dépensé. Elle essayait, elle hésitait puis promettait au vendeur de revenir après avoir réfléchi. René, bien que satisfait de ne pas encore avoir vu la carte de crédit sortir du sac à main de son épouse, n’en pouvait déjà plus. Pour patienter, il observait les gens en flânant dans les allées du magasin. Un type d’une quarantaine d’années surgit soudain entre deux présentoirs de robes et bouscula René qu’il n’avait pas vu.

- Oh pardon !

- Il n’y a pas de mal ! Répondit gentiment René.

- Je cherche ma femme ! Je l’ai perdue dans un rayon !

- Laissez-la faire… Moi non plus, je ne sais pas où est la mienne… Répliqua René qui venait de réaliser qu’il avait également perdu la sienne de vue depuis déjà de longues minutes.

- Oui mais il faut que l’on s’en aille ! Nous avons rendez-vous.

- Elle est comment votre femme ?

- Grande, blonde, mince, les yeux verts, une minijupe, plutôt jolie… et la vôtre ? Je l’ai peut-être aperçue…

René se mit à rire :

- Eh bien, laissez tomber la mienne… Nous allons plutôt chercher la vôtre hein ?

L’homme pouffa de rire.

- C’est pas gentil pour votre femme !

- Elle ne m’entend pas…

- Ah ! Voilà la mienne ! Bonne journée ! Lança-t-il avant de disparaître avec une superbe créature dont la jupe était si courte que René se mit à rêver.

- Tu en penses quoi ?

Il sursauta et tourna la tête vers la voix. Aglaé arborait fièrement une robe marron qui lui cachait pudiquement les genoux. La transition était rude… Elle tournoyait sur elle-même et faisait des effets d’ourlets virevoltants, le regard interrogateur.

- Fais comme tu veux, lui suggéra-t-il en apercevant le prix modéré sur l’étiquette qui pendait sur sa hanche.

 

Ils rentrèrent en fin d’après-midi dans leur petit pavillon de banlieue. Aglaé défit ses quelques paquets et René retourna à son Sudoku, soulagé de s’en tirer à bon compte.

- Ninou chéri ! Regarde ce que je t’ai acheté pendant que tu ne me voyais pas ? Une surprise… Annonça-t-elle radieuse en brandissant un boxer rouge à bout de bras.

- Rouge ! S’exclama son mari.

- Ça change non ? J’aime bien.

Il opina vaguement de la tête, lui glissa un timide « merci » déconcerté et se remit à son jeu de chiffres. Il ne parvenait plus à se concentrer. Il se sentait fatigué, vidé. Il ressentait soudain l’envie de prendre l’air, tout seul. Dans un bar, n’importe où. Qu’importe. Juste prendre l’air. Cependant, elle n’allait pas le comprendre, lui poser des tonnes de questions, il le savait…

 

(à suivre)


Copyright © 2008 Martine Rousset