Il y a plus de quinze ans, j’ai rencontré, au détour d’un joli hasard, une âme heureuse dans un corps heureux quoique déjà meurtri. Mais le corps pouvait encore cacher sa blessure et n’entravait encore que vaguement l’âme de son hôte.
Je savais que ce corps couvait l’une de ces sales maladies qui ne m’inspirent que des mots d’insultes. Une maladie génétique dont je n’ai même pas envie de prononcer le nom en guise de révolte aussi piètre soit-elle. On fait ce qu’on peut contre ce genre d’injustice. Et là, en l’occurrence, on n’y peut rien.
Je venais de rencontrer une chouette nana et j’en étais ravie. Fous rires, soirées sympas, discussions profondes ou totalement anodines, jeux de mots hilarants…
Et son corps s’est déglingué, la maladie cherchait insidieusement à s’infiltrer dans toutes les failles pour lesquelles son corps n’était plus armé. Elle y est parvenue la diablesse.
Elle abordait ces viles attaques avec philosophie. J’ai toujours eu beaucoup de fascination pour la façon dont elle semblait accepter les choses. Et puis, elle n’était pas seule pour combattre, elle avait l’amour. Ces amours que l’on croit invincibles, capables de surmonter vents et marées tout simplement parce que cet amour « savait » et qu’il ne fuyait pas.
Et puis les années ont passé, elle a dû quitter la Corse. Hôpitaux, rechutes, traitements, cures puis canne, puis fauteuil. Puis voilà. Puis zut. Puis c’est comme ça. Puis on fera avec. Facile pour moi. Terrible pour elle. Insurmontable pour lui.
Mais son âme est restée intacte. Une que la maladie n’a pas eue.
Contrairement à ce que beaucoup d’entre nous auraient fait dans une telle situation, elle ne s’est jamais plaint, a continué à rire et à se moquer même souvent d’elle-même avec une dérision déstabilisante.
Et son amour s’est fait la malle en emportant dans sa valise toutes ses évidences. Pas si simple…
Nous nous sommes revues, téléphoné, envoyé des courriels. Nous n’avons jamais rompu le contact. L’amitié peut être tenace. Rassurant, n’est-ce pas ?
Et là, elle vient de m’écrire…
« Martine ma fille, et si tu pouvais essayer de pondre quelque chose au sujet d'une fille qui à l'aube de ses 26 ans a tout perdu, de sa personnalité, de ce qui faisait qu'elle était elle, pleine de vie et d'Amour, à recevoir et à donner... des jours où elle se sentait tout amour, tout projet à venir, prête à mordre dans cet Ailleurs qu'elle recherchait depuis toujours en s'expatriant à l'Ouest, à l'Est, traversant les mers, les lacs... pour un autre côté toujours plein de surprises... qui aimait bouger, courir, danser, crapahuter, randonner, rigoler, plaisanter, dessiner, photographier la Vie... et tout ça fauchée un beau matin d'automne par la maladie... plein de copains copines envolés, l'envie de mettre fin violemment à tout ça et « sauvée » malgré tout par « l'amour » d'un amour passé, qui n'avait pas bien saisi la lourde tâche qui était de prendre soin de l'être qui n'était plus ce qu'il avait connu... un être blessé, écorché, qui jamais n'accepterait d'oublier tout ce qui lui avait été pris et qui ne reviendrait jamais... il fallait patience, compréhension, encouragement... ce n'était pas facile, inconsciemment elle le savait, mais elle ne lui avait rien demandé... il n'a pas su... »
Alors ma vieille, pondre ton histoire ? Non, tu écris trop bien. C’est à toi de le faire. Pourtant je la connais autant que toi tu connais la mienne… Nous avons suffisamment parlé toutes les deux… Sais-tu que tu es la seule personne au monde avec laquelle je parle de la mort entre deux fous rires ?
Sache, ma vieille, que tes copines ne se sont pas toutes envolées.
Tu trouves que ton fauteuil est encombrant ? Je m’en tape de ton fauteuil. Ce n’est pas l’étroitesse des portes et le nombre de marches qui nous ont empêchées de rentrer où que ce soit lorsque tu étais en Corse cet été, non ? D’autant plus que les bras musclés qui se précipitent pour donner un coup de main sont parfois fort intéressants…
Les gens sont gentils avec toi ? Tant mieux, laisse-les faire. Tes amis en profitent autant que toi aux caisses des supermarchés et dans les files d’attente…
Tu as bien vu que lorsque nous étions quelque part où nous pouvions danser, je le faisais quand même alors que toi, tu ne le peux pas. Tu n’aimes pas que tes proches fassent des concessions pour toi ? Tu vois, je n’en fais pas et tu le sais bien.
Je n’ai pas envie que tu souffres. Je veux que tu vives. Que tes sourires profitent à d’autres. Tu as une multitude de choses à donner et à recevoir. N’arrête pas.
Et si j’ai décidé, sans te prévenir, de rédiger cet article c’est… pour voir si tu lis mon blog ! Attention, interrogation écrite demain matin ! Mais non… J’ai dit un jour ici que j’écrivais parfois des hommages. C’en est un. J’en ai assez que tu te caches. Je t’ai sortie de ton trou, voilà tout.
C’est ma façon à moi de te dire : que tu sois déglinguée ou non, je t’aime, ma vieille.
Publié le 28 septembre 2007
Publié le 01 octobre 2007
Très cordialement
Yves








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