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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, quand ça lui chante, à 7 heures 53, plus tôt ou plus tard, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ourse, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Nina : Elle est dvenue clodo! vous le saviez,mais ou est-elle?
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Publié le Mardi 29 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Qui a dit « Je cherche systématiquement à signer tout ce qui ne l'a pas été. Je crois que l'art est dans l'intention et qu'il suffit de signer. Je signe donc : les trous, les boîtes mystères, les coups de pied, Dieu, les poules, etc. Je vais être très jaloux de Manzoni qui signe la merde et qui me volera l'idée des sculptures vivantes » ?

 

Il n’y a que l’artiste Benjamin Vautier, plus connu sous le nom de Ben, pour avoir dit cela…

 

Avec Ben, nous sommes totalement plongés dans l’art contemporain. On aime ou on n’aime pas. Personnellement, ce n’est ni l’un ni l’autre car si il est bien un domaine qui m’échappe totalement, c’est celui-ci. Désolée, mais ce n’est pas parce qu’on est pote avec les coccinelles, les Inuits et Ramsès II qu’on doit nécessairement comprendre pour quelle raison on s’extasie sur une poule dédicacée.

 

Pour information, l’artiste italien Piero Manzoni, auquel Ben fait référence, avait déféqué dans des boîtes dont il fit une exposition qu’il appela « Merda d'artista »…

 

L’art serait donc uniquement dans l’intention… Pour être artiste, il suffirait donc d’en avoir juste l’intention. Pourquoi pas finalement…

 

Et quand Ben dit qu’il signe tout, je vous assure que c’est vrai car j’ai travaillé pour lui dans les années 80 (ma fameuse époque courgette niçoise). Il écrivait à l’époque un livre sur les ethnies et j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de retranscrire sur une machine à écrire (non signée) certains passages qu’il me dictait à haute voix. Farfelu ? Probablement. Fantasque ? Sans aucun doute. Chez lui, sur les murs, étaient punaisées toutes sortes de choses. « Prenez par exemple un emballage, m’avait-il dit, pourquoi n’aurait-il pas le droit d’être exposé aux yeux des gens, même vide ? ». Je vous le demande, pourquoi ? Allez, une petite pensée pour tous nos emballages que nous avons arbitrairement jetés uniquement parce qu’ils étaient vides.

 

J’ai deux souvenirs précis avec Ben. Deux détails qui ont fait s’écarquiller d’étonnement mes yeux neufs. Un jour, une jeune photographe lui avait confié de superbes photos en noir et blanc en lui demandant de lui donner un petit coup de pouce pour la faire connaître. Il m’avait montré ces photos et m’avait déclaré qu’elle avait du talent mais qu’il lui manquait un petit quelque chose. Il ne savait pas encore quoi. Il a trouvé la semaine suivante. Il avait barbouillé les photos à la gouache en ne laissant apparaître à chaque fois qu’un détail… « Voilà, j’ai trouvé, m’annonça-t-il radieux en me montrant le résultat. Je vais pouvoir les lui rendre ». J’étais stupéfaite. « Mais vous allez l’aider ? » lui ai-je alors demandé avec curiosité. Il me répondit simplement : « C’est fait, vous le voyez bien ». Soit…

La fois suivante, nous étions dans son bureau à travailler sur son livre. Ce jour-là, il était agacé et nerveux. Il levait sans cesse la tête vers le plafond. Je suivais son regard son comprendre. Soudain, il s’est levé en criant « Ça  y’est ! Je sais ! ». Il est sorti précipitamment de la pièce pour en revenir quelques instants plus tard avec une bombe de peinture. Il a sauté sur le bureau, a bombé l’angle formé par deux des murs et le plafond en dessinant une fleur (oh, un rond et des pétales, pas une nature morte…), puis s’est à nouveau installé dans son fauteuil. Son sourire était revenu et l’inspiration également. Il avait signé un angle, tout simplement… Ce n’était plus un angle, c’était un angle signé par lui.

 

Quant à sa maison, si toutefois l’extérieur était allègrement bariolé de toute part (de l’art brut, parait-il), l’intérieur restait malgré tout assez sobre. Exigence de son épouse j’imagine.

 

Etrange bonhomme. Sympathique mais étrange.

 

Mais finalement, la provocation n’est-elle pas une façon de choquer dans le seul dessein de générer des réactions ? Des questions que l’on ne se serait pas posé sans avoir été provoqués ?

 

Donc : Provocation ? Amour démesuré pour l’absurde ? Dérision de l’art ?  Concept philosophique sous-jacent ? Art tout simplement ?

 

Pendant que vous réfléchissez, permettez-moi de descendre dans mon jardin. J’ai 48 papillons, 25 coccinelles et 3 albatros à signer… Houlà, je ne vais jamais m’en sortir. Ramsès, tu viens m’aider ? Emmène un Inuit ou deux si c’est possible… Et si Roger n’a rien à faire, dis-lui de venir aussi. Plus on est de fous plus on rit, c’est connu. Et plus on rit, plus il y a de fous. Et plus on est de fous, plus on sera nombreux pour signer ensuite les trous de mon gruyère. Parce que plus il y a de gruyère, plus il y a de trous. Et si il y a davantage de trous, il y a davantage de gruyère. Donc, plus il y a de gruyère, plus il y a de trous, plus il y a de fous et plus on rit. Chut Martine, tais-toi, tu vas tous les faire fuir avec tes âneries. Bonne journée. Bon appétit. A demain. STOP !

 

Copyright © 2008 Martine Rousset