Il est minuit 15. Je change d’œil.
J’entends un « clonc ». Je me précipite vers la portière et je peux enfin l’ouvrir. Miracle. Je me jette sur le siège et je claque la portière. Je cherche des yeux la serrure du Neiman. Elle a disparu. Pourtant, elle était bien là tout à l’heure lorsque je suis arrivée chez mes amis. Je ne m’étonne plus et j’attends.
- Veuillez prononcer votre code secret.
- Ah non ! Je le mets où mon œil ?
- Veuillez prononcer le code secret qui déclenchera le mécanisme de démarrage de votre véhicule.
Minuit 25. Quelle soirée. Je n’ai pas de code secret à lui donner et j’attends des nouvelles instructions.
- Si vous avez oublié votre code secret, veuillez alors apposer votre index droit dans l’angle droit du pare-brise, un capteur vous identifiera.
Je me concentre. Index droit. Angle droit. C’est fait. J’allume une cigarette.
- Vous ne pouvez pas fumer dans l’habitacle du véhicule. Eteignez votre cigarette à l’extérieur.
Je n’insiste pas. Je sens qu’il ne faut surtout pas. J’entrouvre la portière et je jette ma cigarette. Je recommence l’opération de l’index. Cette fois, cela fonctionne :
- Vous êtes identifié. Veuillez attacher votre ceinture.
Minuit 30. Je m’harnache. Une petite trappe sur le tableau de bord s’ouvre brusquement. Un bras télescopique me présente alors une sorte de tube.
- Ceci est un alcotest, reprend la voix, veuillez souffler.
Sûre de moi, je souffle, l’air goguenard.
- Vous êtes ivre. Votre véhicule ne peut démarrer. Pour plus d’information veuillez prononcer distinctement les mots « alcool au volant ».
Je n’ai pas bu une goutte d’alcool, je m’insurge. La voix me répond :
- Vous avez 0,00000002 g/l d’alcool dans le sang. Vous êtes ivre. Votre véhicule ne peut démarrer. Pour plus d’information veuillez prononcer distinctement les mots « alcool au volant ».
Je réalise… Le « Mon chéri » que mes amis m’ont offert avec le café…
Minuit 35. Je suis dans l’impasse. J’implore la voix :
- Je veux rentrer chez moi.
- Vous êtes ivre. Souhaitez-vous utiliser le pilotage automatique ? Si oui, dîtes « oui », ni non, dîtes « non ».
J’hurle :
- Ouiiiiiiiiiii !
- Votre réponse n’a pu être identifiée. Veuillez recommencer.
- Oui Monsieur.
- Votre réponse n’a pu être identifiée. Le mot « Monsieur » n’est pas enregistré dans notre banque de données. Veuillez recommencer.
Minuit 40.
- Oui.
- Vous avez dit « oui ». Veuillez confirmer.
- Oui.
Minuit 41. L’iceberg et les deux pains de glace ont fondu. Je suis rouge vif et les yeux injectés de sang. Je vais péter un câble. Je voudrais dormir pour oublier…
Au dehors, des hyènes se sont mêlées aux loups. L’ours blanc, adossé au porche, téléphone. Une otarie passe, tirant un cabas derrière elle. Un Inuit en vélo l’arrête et lui demande l’heure : Minuit 42.
(à suivre)








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