Des jours, des mois et des années passèrent ainsi. Minet écartait sans faillir tous les intrus sous l’œil attendri de Monsieur Blanc.
Mais un matin, Minet, couché sur le tapis près du lit, ne se leva pas. Il essaya bien d’étirer ses pattes mais une douleur aiguë lui transperçait le dos. Il hurla tant la souffrance était grande. Monsieur Blanc se précipita vers son compagnon et paniqué, s’agenouilla près de lui :
- Quoi ? Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ?
Minet lui expliqua sa douleur. Désemparé, Monsieur Blanc lui caressait la tête, ne sachant que faire. Puis une idée lui vint :
- Je vais aller chercher le docteur pour animaux. Ne bouge pas mon petit Minet.
- D’accord mais fais vite.
Le vieil homme, propulsé par la crainte de perdre son compagnon, parcourut en un temps record les six kilomètres qui le menait jusqu’au village le plus proche. Il tambourina à la porte de Monsieur Lecoq, le vétérinaire.
- Il y a quelqu’un ? Hurlait-il.
Lorsque la porte s’entrouvrit, Monsieur Blanc expliqua que son chat allait mourir, qu’il souffrait le martyr et qu’il lui fallait voir un médecin. Le vétérinaire n’hésita pas. Il attrapa sa sacoche marron et son chapeau et poussa son visiteur dans sa petite Peugeot bleue.
Quand ils rentrèrent dans la maison, Monsieur Blanc lui indiqua la chambre. Minet n’avait pas bougé. Il attendait avec confiance. Le vétérinaire balaya la chambre du regard : « Où est votre chat ? »
Monsieur Blanc trouva la question stupide et ne daigna pas y répondre.
Le docteur Lecoq répéta distinctement avec agacement : « Monsieur Blanc ! Où est votre chat ? »
L’ermite obtempéra et montra Minet du regard.
- Mais ce n’est pas un chat ! C’est un Terre-Neuve !
Monsieur Blanc baissa les yeux honteusement et avoua :
- Je n’y connais rien en races de chats. Terre-Neuve ou autre, pour moi c’est Minet.
Le vétérinaire se souvint de ce que les gens disaient sur le compte du vieil ermite et accepta sans discuter davantage d’ausculter le plus beau spécimen de Terre-Neuve de toute sa carrière. Il diagnostiqua une arthrose due à l’âge de l’animal, lui administra une piqûre, laissa sur le lit quelques remèdes, ne demanda pas d’argent et signifia son congé.
Avant de quitter la pièce, il entendit la voix de Monsieur Blanc :
- Ça va mieux mon chaton ?
Silence.
- Ne dis pas cela. Tu es encore jeune. Ce ne sont que des rhumatismes.
Silence.
- Il s’appelle Lecoq. Tu as raison, c’est un brave homme. L’exception qui confirme la règle. Allez, viens, c’est l’heure de notre prière aux tomates.
Le vétérinaire, avant de démarrer sa petite voiture bleue, se remémora la lueur de bonheur qu’il avait lue dans les yeux de Monsieur Blanc quand il sut que son animal était sauvé. « Cet homme est heureux », se dit-il, « sa folie n’est que dans les raisons qu’il donne aux choses. Il n’a pas perdu la raison. Il en a trouvé des milliers d’autres ».
Mais un matin, Minet, couché sur le tapis près du lit, ne se leva pas. Il essaya bien d’étirer ses pattes mais une douleur aiguë lui transperçait le dos. Il hurla tant la souffrance était grande. Monsieur Blanc se précipita vers son compagnon et paniqué, s’agenouilla près de lui :
Quand ils rentrèrent dans la maison, Monsieur Blanc lui indiqua la chambre. Minet n’avait pas bougé. Il attendait avec confiance.
Le docteur Lecoq répéta distinctement avec agacement : « Monsieur Blanc ! Où est votre chat ? »
Avant de quitter la pièce, il entendit la voix de Monsieur Blanc :
Le vétérinaire, avant de démarrer sa petite voiture bleue, se remémora la lueur de bonheur qu’il avait lue dans les yeux de Monsieur Blanc quand il sut que son animal était sauvé. « Cet homme est heureux », se dit-il, « sa folie n’est que dans les raisons qu’il donne aux choses. Il n’a pas perdu la raison. Il en a trouvé des milliers d’autres ».
(Fin)








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