Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Rencard : : Place Foch à Ajaccio les 4, 5 et 6 juillet. Salon du polar et sortie de "Noirs de Corse - Piccule Fictions"...
Rencart : A Porto Vecchio le 21 pour le solstice et NDC
Owlette : Zab c'est une ode a ton ode qu'il faut faire. L'amour est a chaque ligne. Merci!
Canard(e) : Ca sent l'Air Week end. Sévère, mais juste, la Martine. Mais tous les seniors ne se ressemblent pas, Princesse...
503 : Plus que quelques jours pour la souscription...
Roger : ou je tringle ou je me flingue...
483 : Allez faites un effort
1 policier : Je suis pas commissaire comme Flippi mais si Hugues se nomme Capet, il pourrait être le père d'Adrienne... mais on me demmandera pas mon avis...
Juge Epart : Voilà un procés exemplaire qui se profile à l'horizon. Tous suscpects. Sauf bien sur Filippi.
Tripoli : Trois monopolis
PolieTique : Insecte parasite du veau et du mouton de Panurge
Polisson : pratique l'érotisme
Erotisme : Luxure polie
Crocodile : Si Ben a raison, c'est Dali qu'a tort...
Mulot : rat Duchamp
463 : N'attendez plus. Souscrivez maintenant
451 : La souscription pour Noirs de Corse Piccule fictions a besoin de vous
Babar : Je ne suis pas Tarzan pour sauter d'un arbre dans un trou de souris... j'attends un parachute ou l'automne.
Souricette : Babar c pas confortable une feuille viens me rejoindre avant l'automne!
Cancan : Candide? Qu'en dis-tu? Et qu'en dira le qu'en dira-t-on? Qu'en dit le candidat? Qu'en dis-je, moi-même? Il faudrait être candide pour y croire.
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Publié le 31 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
- Dis Maman, c’est loin le Paradis ? - Assez oui, ma fille… - Comme Bastia-Casamozza ? - On ne sait pas en fait, personne n’en est jamais revenu. - Mais ils y vont comment les gens ? - Euh… J’en sais rien. Avec des anges sûrement. - Ça existe un ange ? T’en as déjà vu en vrai ? - En vrai non. Ça doit bien exister pour emmener les gens au Paradis. - Et Dieu, c’est le patron hein ? - Tout à fait ma chérie. - C’était qui la mère de Dieu ? Tu la connais ? - C’est la Vierge Marie mais je ne la connais pas personnellement. - Faut faire quoi pour aller au Paradis ? - Il faut être sage et bon… - Ça compte les bêtises à l’école ? - Pourquoi toutes ces questions ? - Je veux une console de jeu pour mon anniversaire. Tu crois qu’il sera d’accord Dieu ? - Eh bien, il faudrait lui demander… - Et toi ? T’en penses quoi ? - Si il a su que tu avais enfermé Julie pendant deux heures dans les toilettes parce qu’elle ne voulait pas jouer à la marelle, que tu avais dégonflé les pneus de la voiture de ton institutrice parce que tu avais eu un zéro en dictée et que tu avais mis les petits pois dans les poches de la veste du surveillant à la cantine… - Tu sais bien que j’aime pas les petits pois ! Il m’obligeait à les manger. - Oui mais n’empêche que si Dieu sait tout cela, tu n’auras pas de console de jeu ! - Maman ? - Oui ! Quoi encore ? - Je voudrais aller à l’église. C’est moins loin que le Paradis. - Ah ! Enfin une bonne parole ma fille ! D’accord. Je dois aller l’épicerie à côté de l’église, je t’y laisserai quelques minutes le temps de faire quelques courses. Comme convenu, la mère laissa sa fille entrer dans l’église et se rendit dans le petit commerce à deux pas de l’édifice. La petite pénétra dans l’allée entre les bancs et aperçut une petite statue de la Vierge dans l’une des chapelles latérales. Elle jeta un regard circulaire, ne vit personne et en un éclair, courut s’emparer de la statue. Elle la cacha sous son manteau et attendit sa mère, l’air angélique, assise sur les marches de l’église. - Ça y’est ? Tu as prié ? - Oui Maman. - C’est bien ma fille. Je suis fière de toi. - Je l’aurai ma console ? - Ecris donc une lettre à Dieu et demande lui toi-même ! Tu verras si il t’as entendue. La petite fille rentra chez elle, s’enferma dans sa chambre, sortit la statuette et la cacha sous son matelas. Puis, elle arracha une feuille à son cahier de calcul et écrivit : « Monsieur Dieu, Je vous préviens que j’ai votre mère. Si vous voulez la revoir, envoyez-moi ma console. »
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 30 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique
J’étais dans ma voiture ce matin aux aurores et Radio Nostalgie me tenait fidèlement compagnie. J’aime bien ces vieilles chansons qui repêchent les souvenirs enfouis qui y sont associés. Ces chansons que l’on a entendu cent fois et que l’on connaît par cœur ou presque. Mais ce n’est pas grave, pour les passages que l’on ne connaît pas, on bouge les lèvres au hasard et ça le fait. Et puis j’ai entendu « Elle » de Barbelivien. Même si ce n’est pas une chanson qui m’interpelle, je la connais, bien sûr. Et ce matin, au lieu de chanter à tue-tête, pour la première fois, j’ai écouté pourquoi le « monsieur qui chante » avait flashé sur « Elle »… Eh ben… J’ai compris les raisons de son émoi parce que « Elle », elle sort de l’ordinaire. D’abord, « Elle a la peau couleur du soleil ». C’est quoi comme couleur ? Jaune ? Et puis, « Elle a le secret des abeilles », qui rime avec soleil (elle aurait eu la peau couleur de lune, elle aurait sûrement eu le secret de la fortune), et « Elle sait comment faire des enfants ». Au départ, ça motive, c’est sûr. Mais ce n’est pas tout ! En plus « Elle a les yeux de l’océan ; Elle, moitié Venise et moitié Rome ; Elle a déjà aimé des hommes ; Elle a le cœur comme un diamant ». Ce qui veut dire ? Qu’il se noie dans ses yeux (jusque-là, je dois avoir bon), qu’elle est un melting-pot entre Venise la Magnifique et Rome… l’Antique, qu’elle a déjà vu le loup mais qu’elle a le cœur pur ? Du coup, j’ai écouté attentivement toutes les chansons qui ont suivi… Certains font fort… Sardou, lorsqu’il annonce à une femme qu’il va l’aimer, il la prévient. C’est plus prudent car, lui, il va l’aimer « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, A faire rougir les putains de la rade, A faire crier grâce à tous les échos, A faire trembler les murs de Jéricho. » Monsieur ne manque pas d’audace… …Grâce ! Grâce ! Grâce ! Répond l’écho. Et Jean-Pierre François, le footballeur qui lui survivra, tout le monde connaît ! Il lui survivra –pardon du peu qui va suivre…- « Dans l'hiver et le vent, Dans le froid des maisons, Dans les sables mouvants, Où j'écrirai ton nom, Dans la fièvre et le sang, Dans les murs des prisons, Je te survivrai ; Je te survivrai d'un amour vivant, Je te survivrai dans des yeux d'enfant, Je te survivrai comme un revenant, Je te survivrai ». Le type qui nous survivrait comme un revenant, on en rêve toutes… Le Casper-sécotine de service… Pour le reste, j’ai du mal à imaginer. Il y a également cette phrase étonnante que l’on entend dans « J’ai encore rêvé d’elle » du groupe « Il était une fois » et qui dit « Je l'ai rêvée si fort que les draps s'en souviennent ». Ah ? Allez, une petite dernière pour la route. Christophe, quand il chante « Aline » et qu’il dessine son doux visage sur la plage, c’est plutôt mignon. Mais quand il ajoute « Je n'ai gardé que ce doux visage comme une épave sur le sable mouillé », on comprend pourquoi il a eu beau crier crier pour qu’elle revienne, elle n’est pas revenue… Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 29 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Cela fait deux fois en quelques mois que l’on me raconte une histoire absurde qui se serait réellement passée il y a plus de vingt ans à Bastia lors d’une vente aux enchères publiques des Domaines. Il y avait alors un public nombreux pour profiter d’affaires tournant autour de matériel de bureau et de véhicules cédés au plus offrant par diverses administrations. Que des hommes sauf une. Une jeune femme se serait trouvée là, la liste des lots mis en vente sur les genoux, très attentive à ce qui se passait. Enfin, c’est ce qu’on m’a raconté. Elle serait restée impassible durant une bonne partie de la vente pour tout à coup réagir au lot suivant en levant la main bien haut :
Lot n° 48. Un coffre-fort de marque X, actuellement à la Trésorerie de Bastia. Sans clef et sans combinaison. Mise à prix : 50 Frs. Toutes les têtes se seraient retournées vers elle, moqueuses, se demandant bien ce qu’elle allait pouvoir faire d’un coffre-fort sans clef. Personne n’ayant évidemment surenchéri sur elle, ce lot fut donc bouclé. Puis on annonça le lot suivant :
Lot n° 49. Une chambre forte de marque X, actuellement à la Perception de Y. Avec clef et combinaison. Mise à prix : 100 Frs. Tout le monde se retourna à nouveau vers elle, l’air moqueur. Le commissaire priseur, goguenard, l’aurait alors interpellée : - Vous le voulez Madame ? Ce qui déclencha l’hilarité générale. Quant à elle, elle était rouge vif, mélange d’agacement et de confusion. Elle aurait acquiescé, aurait réglé ses achats et aurait quitté la salle sans attendre la fin des ventes. Totalement absurde en effet… Sauf que c’était moi… Et le plus amusant, c’est que les deux fois où l’on m’a raconté cette anecdote, il s’agissait de deux personnes différentes. L’une était présente ce jour-là mais l’autre ne faisait que rapporter ce que quelqu’un d’autre lui avait raconté. L’un et l’autre ignoraient totalement que l’illuminée en question était en train d’entendre sa propre histoire… Mais ils ne savaient pas tout… Il s’agissait en fait pour moi, à l’époque, de trouver le moyen au moindre coût d’enfermer en lieu sûr une arme destinée au tir sportif, détenue légalement et avec toutes les autorisations nécessaires. Une telle arme pouvant être susceptible d’attirer la convoitise, il fallait la mettre hors de portée de toute mauvaise intention. Le coffre-fort s’imposait donc. Quand j’ai vu le prix des coffres-forts, j’ai blêmi. Mais quand j’ai eu dans les mains, par hasard, la liste des lots vendus à cette vente aux enchères, j’ai repris espoir. Pas de combinaison ? Quelle importance. J’avais vu dans les films que l’on pouvait ouvrir aisément ce genre de chose avec un stéthoscope… J’y croyais dur comme fer. Je me disais même que je pouvais y trouver un trésor. C’est beau d’être jeune hein ? C’est pour cette raison que je me suis trouvée à cette vente aux enchères. Il est vrai que pour la chambre forte, les gens riaient tant et se moquaient tellement, que je n’ai pas su dire non… et puis, j’avais beaucoup de mal à visualiser ce que pouvait être une chambre forte… J’étais donc l’heureuse propriétaire de ces deux lots pour la somme dérisoire de 150 Frs. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises car il était bien évident que l’on n’allait pas me livrer mes lots à la maison. Il fallait que j’aille les chercher. Eh bien là, quelle histoire… Le coffre-fort qui avait plus de cinquante ans se trouvait à la Trésorerie de Bastia. Je suis allée le voir, toute fière. Quand j’ai vu la taille, je me suis gratté la tête, perplexe. Il était de la taille d’un réfrigérateur ! Quant au poids… Mais je le voulais et j’ai rapidement organisé son déménagement. A ce moment, j’avais quand même déjà compris que, vu le poids, je ne pouvais pas le mettre chez moi, à moins que les voisins du dessous soient suffisamment téméraires... J’ai donc trouvé quelques copains musclés et un fourgon, un sous-sol sûr pour l’entreposer et j’ai convenu d’un rendez-vous avec le trésorier général qui devait faire débrancher l’alarme (on ne prend pas un coffre-fort comme on veut !). Pas simple… Nous avons réussi à mettre la « chose » dans le fourgon après avoir cassé une marche en descendant du bâtiment. Mais personne n’a rien vu… Chut… Et le coffre-fort était tellement lourd que même le plancher du fourgon s’est tordu… Et pas de rire. Puis il m’a fallu trouver un stéthoscope. Là encore, cela n’a pas été simple. Mais quand je l’ai dégoté, j’ai pu enfin écouter cliqueter gros bouton rond à quatre chiffres de la combinaison. Ils sont forts les types dans les films… Moi non… Quelques semaines ont passé et dépitée, j’ai laissé tomber l’affaire. Jusqu’à ce qu’une opportunité formidable se pointe à l’horizon. Je l’ai vendu beaucoup plus cher (mais vraiment beaucoup) que le prix auquel je l’avais acheté sans clef et sans combinaison ! L’acheteur, un commerçant ravi de son achat, a fait intervenir un professionnel qui a fait le nécessaire pour ouvrir (il parait qu’il n’a pas utilisé de stéthoscope…), changé la serrure et donné une nouvelle clef. Et voilà. Transaction qui m’a permis d’acheter un –petit- coffre-fort et de faire quelques folies en prime. La chambre forte ? Ah… La chambre forte… C’était un truc gigantesque de plusieurs tonnes, qui se trouvait au premier étage d’une perception et qui ne passait bien évidemment pas par les escaliers et encore moins par la porte d’entrée. Je me suis même demandé comment elle avait pu atterrir là… Il aurait fallut la passer par la fenêtre, avoir une grue et un camion… Oui, mais pour l’entreposer où ? A moins d’y aménager un studio… Et tout ça pour y mettre une arme de 25 cm de long… Je leur ai dit lâchement que j’allais les recontacter le temps d’organiser l’enlèvement et je me suis fait oublier. Ça a marché. Qui dit mieux ?
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 28 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Je suis toujours en rogne, toujours prêt à mordre. La teigne, quoi. Je n’aime pas les gens plus heureux que moi, ils m’agacent. Quand tout va bien autour de moi, je m’arrange pour que cela ne dure pas. Et quand je suis de mauvaise humeur, je me défoule sur tout ce qui passe. L’autre fois, alors que ma journée avait mal commencé car je n’arrivais pas à mettre la main sur la clef de la boîte aux lettres, j’étais stressé, énervé, irrité, crispé. Les nerfs tellement à ras de l’épiderme que j'en avais les poils des bras qui frisaient. Il me fallait me défouler. C’était vital. « Ou tu te défoules ou tu pètes un câble » me suis-je dit.
J’ai eu l’idée de casser les pieds à quelqu’un au téléphone. Quelqu’un que je ne connaissais pas. Un numéro au hasard comme cela m’arrive parfois. J’ai d’abord composé les quatre premiers chiffres de ma région pour être certain que la communication ne me coûte pas trop cher, et j’ai tapoté les six suivants au hasard. J’en ricanais d’avance. - Allo ? M’a répondu une voix masculine si sereine qu’elle en est devenue immédiatement insupportable. - Ici France Telecom. Je vous appelle pour savoir si vous connaissez notre service d’affichage du numéro ? - Non… - Quand votre téléphone sonne vous ne savez donc pas qui vous appelle ? - Non… J’exultais. J’étais tombé du premier coup chez une victime idéale. - Alors vous une êtes une truffe ! Une truffe monsieur ! Ça fait quel effet d’être une grosse truffe ? Après un moment d’hésitation, le type a raccroché. J’ai noté son numéro qui s’était affiché sur mon cadran et à côté, j’ai écrit « Truffe ». Pour le plaisir, j’ai rappelé une seconde fois et dès que l’homme a décroché j’ai crié « Grosse truffe qui pue ! » et j’ai immédiatement reposé le combiné. Oh que c’est bon. Mes nerfs s’étaient calmés et je pouvais aller chercher mon pain à la boulangerie comme chaque matin. Mais à peine sorti de chez moi, un abruti a failli m’écraser au volant d’une Clio minable. Il s’est arrêté soi-disant pour s’excuser de son écart mais je suis certain que pour lui, c’était un jeu. Je l’ai tellement insulté qu’il n’a pas insisté et est reparti. Mais juste avant qu’il ne redémarre, j’ai aperçu une petite affiche sur son pare-brise arrière où était inscrit « A vendre » suivi d’un numéro de téléphone. J’ai mémorisé le numéro. J’ai bonne mémoire, c’est facile. Je suis allé acheter ma baguette et je suis rentré à la maison. J’ai soigneusement noté le numéro avec la mention « truffe potentielle ». J’ai attendu le soir, j’ai croisé les doigts, retenu ma respiration et appelé le numéro en appel masqué. - Allo ? Est-ce bien vous qui vendez une Clio noire ? - Tout à fait. Vous êtes intéressé ? - Peut-être oui mais d’abord, j’aimerais la voir. C’est possible ? - Bien sûr. Vous avez de quoi noter ? J’ai rayé « potentielle » sur mon papier et juste au-dessus j’ai ajouté « n° 2 ». - J’ai ce qu’il faut. Je vous écoute. - 6 avenue des Cerisiers à Noisand le Gris, juste derrière la gare. C’est un pavillon rose avec un portail en fer forgé. La voiture est garée juste devant. - Je viendrai ce soir. A quelle heure ? - Je suis chez moi, je ne bouge pas, quand vous voulez. - Parfait Monsieur… Monsieur ? - François Dupont. C’est le moment… Je sais que c’est le moment. - François ? Puis-je vous dire quelque chose ? - Euh… oui… - François, tu es une truffe, une grosse truffe qui pue. Et j’ai raccroché, hilare. Nom de Dieu, que cela fait du bien. Oh, que c'est bon.
J’ai ensuite composé le numéro de ma truffe n° 1. - Oui ? - Alors la truffe ? Toujours là ? - Vous allez oublier mon numéro espèce d’abruti, parce que sinon… Et d’abord, si vous avez du cran, dites moi qui vous êtes ! Dégonflé va ! C’est facile d’appeler les gens comme ça ! Truffe toi-même ! - Oui, la truffe, j’ai du cran. Je m’appelle François Dupont, j’habite 6 avenue des Cerisiers à Noisand le Gris, juste derrière la gare. C’est un pavillon rose avec un portail en fer forgé. Voilà, si tu veux me trouver, viens ! Je t’attends. - J’arrive ! - Truffe. Et j’ai reposé le combiné, secoué par un fou rire. Oh, que c'est bon.
Enfin, j’allais pouvoir apprécier et me délecter de la suite. Je suis sorti téléphoner d’une cabine à l’autre bout de la ville. J’ai appelé la gendarmerie en leur expliquant que j’habitais 6 avenue des Cerisiers à Noisand le Gris et que j’allais assassiner mon amant, un homosexuel peu fidèle. J’ai ensuite téléphoné au commissariat de police pour les informer qu’un affrontement incroyable entre bandes rivales à moto avait lieu devant le 6 avenue des Cerisiers. J’ai pris ma 306 et je me suis rendu à proximité de la rue des Cerisiers. Je me suis garé, je suis sorti de la voiture et je me suis dirigé vers le numéro 6 en faisant « le passant qui passe ». Et là, j’ai pu voir deux truffes qui se décrochaient la mâchoire à coup de poings sanglants, quatre voitures de patrouille, un hélicoptère de la gendarmerie ainsi qu’une équipe de télévision. Oh, que c'était bon.
Maintenant, ça va beaucoup mieux. En plus, j’ai retrouvé la clef de la boîte aux lettres.
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 27 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Vous vous en souvenez probablement, un jour de 1er mai du siècle précédent, j’étais à « Questions pour un champion »… Vous avez la mémoire courte… Traînée par un copain très motivé, je me suis retrouvée à participer à des éliminatoires au théâtre de Bastia. Pourquoi pas ? Cela m’amusait de voir comment cela se passait. J’admets qu’à l’instant où je me suis assise sur l’une des chaises alignées dans le péristyle et que je me suis retrouvée avec un questionnaire fourni par l’équipe du jeu, je n’imaginais pas du tout qu’un mois plus tard, je serai, tous frais payés, à Boulogne Billancourt dans les studios de FR3… J’ai répondu comme j’ai pu au questionnaire dans le temps imparti, jeté un coup d’œil vers mes voisins de gauche et de droite afin de glaner quelques réponses supplémentaires (et alors ? Il suffit de ne pas se faire prendre !) pour ne pas paraître trop ridicule aux yeux de mon ami qui m’aurait probablement balancé au reste des copains, et j’ai rendu ma copie comme tout le monde. Mon copain qui était deux rangées plus loin m’a rejoint et fièrement, le menton haut, a déclaré qu’il avait su répondre à toutes les questions. « Et toi ? » M’a-t-il demandé. « Les trois-quarts… ». J’ai lu dans ses yeux qu’avec mes pauvres trois-quarts, je lui laissais une chance de plus de participer à l’émission. Et encore, il n’a jamais su que j’avais pompé sur mes voisins… Nous avons ensuite été photographiés deux par deux (gain de temps et d’argent…) puis avons été interrogés individuellement lors d’un petit entretien. Que faites-vous dans la vie ? Quelles sont vos passions ? etc. Du bateau quoi. Une semaine plus tard, j’apprenais que j’allais participer… Mon ami était vert de rage. Avec mon petit trois-quarts alors qu’il avait fait pratiquement un sans faute. La vie est injuste parfois ! Et me voilà à Paris. Je connaissais bien entendu l’émission. Qui n’a jamais vu une seule fois « Questions pour un champion » et Julien Lepers avec ses cartons jaunes ? Je n’imaginais pas en revanche que le studio d’enregistrement ressemblait à un hangar… Il y avait bien un public mais on ne le montrait surtout pas car les gens étaient assis sur des gradins dans le genre de ceux des petits cirques sans moyens. Sur le sol, des kilomètres de fils, couraient sur le béton. D’un côté, la « voix off » (charmant le propriétaire de la voix off d’ailleurs…) et sa sono, un peu partout des caméras, au-dessus de nos têtes des rampes de projecteurs aveuglants accrochés à une charpente métallique et tout au fond, le décor. Les seuls quelques mètres carré qui permettaient de reconnaître l’émission… Et bien entendu, les seuls que l’on voit à l’écran. Nous étions une vingtaine de candidats puisque cinq émissions devaient être enregistrées dans la même journée. On nous a tous dirigés vers des loges où nous allions être pris en charge par des coiffeurs et des maquilleurs. Waow ! Comme les stars ! Une fois parés, nous sommes retournés avec le public face à un chauffeur de salle. Je me suis demandé un moment si il n’allait pas nous faire chanter « Y’a du soleil et des nanas »… Finalement, il ne manquait plus que l’animateur de l’émission. Il est apparu sous les applaudissements d’un –petit- public en délire (dont, je m’en souviens très bien, un car de touristes du troisième âge originaires du Périgord). Je suis passée dans la première fournée de candidats et on m’a accroché mon prénom à mon gilet en peau qui en garde toujours aujourd’hui les stigmates. On nous a prévenus que même si nous disions une énormité, aucune séquence ne serait coupée ni réenregistrée. Ça rassure… Lepers m’a dit en passant que sa femme était Corse (ce qui était dans le cas présent le cadet de mes soucis) puis l’enregistrement a commencé. Je n’ai pas été très brillante… Je n’ai répondu qu’aux questions à 1 point et j’ai ramé allègrement sur celle qui départagerait les deux derniers dont je faisais partie, les deux autres étant déjà qualifiés pour l’épreuve suivante. Je me souviens de cette question comme si c’était hier… Onzième lettre de l’alphabet grec, elle dérive de la lettre Lamedh dans l’alphabet phénicien. Elle est devenue la lettre L chez les Romains, après une rotation vers la… BIIIIIIIIIIIIP ! Mon adversaire a alors sauté à pieds joints sur son buzzer. Arrêtez de taper sur votre souris ! Ce n’est pas un buzzer ! Je sais bien que vous avez trouvé ! Mais moi, le lambda ne m’est pas venu. Lalpha, lêta, lamma, lelta, lepsilon.... Mais pas lambda... J’ai refusé que l’on me démaquille (je me trouvais très bien dans l’écran de télé que j’apercevais sur le plateau) et je suis repartie avec un dictionnaire électronique. Une fois dans le métro, j’ai senti que les gens me dévisageaient. Cela m’a inquiétée. J’ai bien essayé de me regarder dans l’une des vitres fumées mais je n’y ai rien vu d’anormal. J’ai passé ma main sur ma joue… C’est là que j’ai senti l’épaisseur du fond de teint qui collait aux doigts. Quand j’ai enfin pu me regarder dans une vraie glace, j’ai compris… Une couche de fond de teint à enlever au marteau piqueur, les yeux charbonneux à outrance, les lèvres d’un rouge que l’on ne trouve que dans les quartiers chauds… J’étais tout sauf une citoyenne lambda… Parce que là, j'étais plutôt Lambda le clown.
Copyright © 2008 Martine Rousset
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