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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 25 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Quand on croit encore au Prince Charmant, il est nécessaire d’entretenir sa candeur. Et de le faire, c’est tout un art. Cela se travaille.

 

Tout d’abord, il faut faire partie de ces gens qui s’étonnent sans cesse de tout. D’un lever de soleil qui pourtant a lieu tous les jours. D’un mot gentil bien qu’il soit gratuit (important le « gratuit »). D’un hasard invraisemblable qui change une vie. Du cerisier que je l’on surveille depuis des semaines et des cerises que l’on commence à deviner. Des lecteurs d’un blog qui reviennent fidèlement, ce qui ravit l’auteur mais le laisse résolument perplexe (presque autant que le « e » que l’on ajoute à « auteur »). Et tant de choses qui nous émouvent émotionnent émeuvent.

 

Un candide, quand il se lève le matin, sourit aux coccinelles et leur dit que le rouge est la plus belle des couleurs. Quand il part en promenade, il sautille sur les chemins escarpés et s’extasie sur le formidable travail des abeilles tout en cueillant quelques fleurs dont il fait un magnifique bouquet champêtre qui trônera bientôt dans son salon. Il fredonne gaiement et s’octroie même des duos inattendus avec quelques chèvres croisées sur sa route.

 

Quand il ouvre son courrier en rentrant de balade, il découvre avec bonheur que sa patrie ne l’a pas oublié. Il se croyait un laissé-pour-compte, un marginal, mais non, il vient de recevoir sa déclaration d’impôts. Donc, il existe. Il aurait préféré une déclaration d’amour mais il ne se plaint pas car cette déclaration est pré-remplie et simplifiée. Avec amour. Plus rien à calculer dans les cases bleues, tout y est déjà. Ils sont sympas ces gens de passer du temps à remplir les cases sans aucune raison, il en est certain, que de rendre service. Nous sommes pistés ? Pas du tout ! Juste chouchoutés enfin !

 

Mouais. Bon, ça le fait pas parce que j’y crois pas. Je fais semblant, c’est tout. Comment ? Grâce aux Inuits et à Ramsès II, entre autres. Eux, ce sont mes aspérités, mes draps noués pour m’évader, mes issues de secours, mes petits marteaux pour casser la vitre en cas d’urgence, mes antidotes. Placez un Inuit dans votre réfrigérateur et vous verrez l’effet. C’est peut-être ça l’effet kiss cool ?

 

Mais n’empêche que si je ne suis pas si candide que ça, les Inuits dans ma cuisine et les pharaons qui regardent un match de foot avec Roger, là, il n’y a aucun doute. Ça existe. Je les ai vus.

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 24 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique

Je viens de passer une bonne partie d’un après-midi dans la salle d’attente d’un ophtalmologue bastiais. Oh, rien de grave, je ne faisais qu’accompagner quelqu’un qui devait subir quelques lasers (ah ! la technique !). Et puis, c’est toujours beaucoup moins inquiétant quand on n’est qu’accompagnant…

 

Armée de patience et d’un bon bouquin (« La valse lente des tortues » de Catherine Pancol pour les curieux…), je me suis installée sur une chaise raide comme les falaises de Bonifacio, aux côtés de la personne que j’accompagnais. La pièce jouxte l’accueil où un essaim de femmes en blouses blanches s’affairent entre deux dossiers et deux prises de rendez-vous. C’est une véritable ruche apparemment rentable car d’où nous sommes, nous les entendons annoncer le montant des consultations aux patients qui repartent. Jamais moins de cent euros. Ce qui explique le silence des patients, le stylo en suspens au-dessus du chéquier et l’œil (soigné, cependant…) aussi hagard qu’affolé. Je capte même un : « Ah ? Ce n’est pas remboursé ? » plutôt étranglé. Ben non. Bref.

 

Une dame en blanc fait une distribution de collyre dans les yeux des patients dans la salle d’attente. Elle revient régulièrement pour surveiller l’effet des gouttes destinées à dilater la pupille et à haute voix : « Alors Madame P. ? Elle est dilatée ? », « Ah Monsieur A., ça y’est, vous êtes bon ! ». Le tout dans une discrétion exceptionnelle… On se croirait dans une infirmerie scolaire, le jour de la visite médicale…

 

Les toilettes sont incrustées dans un coin de la salle d’attente. Les cloisons doivent être très mince si l’on se réfère aux bruits incongrus qui s’en échappent lorsque quelqu’un s’y trouve… « Eh ben, la p’tite dame, elle avait une sacrée envie de faire pipi ! » ont dû penser en chœur la quinzaine de personnes qui se trouvaient là lorsque nous avons tous entendu un flot ininterrompu et interminable. Quand elle a à nouveau traversé la pièce pour retourner s’asseoir, on pouvait lire dans les quinze regards -plus ou moins dilatés- qui la suivaient pudiquement en silence : « Ça  va mieux ? ».

 

Il fait une chaleur insupportable dans cette pièce surchargée de monde. Je décide d’aller entrouvrir la fenêtre coulissante. Bloquée par une serrure… De quoi ont-il peur ? D’une évasion collective après que nous ayons entendu le prix des consultations ? On ne saura jamais. Tant pis, nous resterons mal assis et nous aurons trop chaud. Résignée, je me rassois et je reprends ma lecture.

 

Le temps passe. Je lève le nez de mon bouquin et j’observe un instant les gens. Tout à coup, j’aperçois deux adultes qui lisent Mickey Magazine ! Ils sont chacun à l’opposé de la pièce et ne se connaissent pas (l’une des deux étant celle du pipi interminable). C’est là que mes yeux se posent sur la table basse au centre de la salle. Dans une salle d’attente, on trouve habituellement Paris Match, Gala et parfois même le Nouvel Observateur mais pas ici… Ici, deux piles de journaux. Une pile de Mickey Magazine. Une pile d’U Ribombu (revue indépendantiste corse). Pas l’ombre d’un Gala ou d’un Paris Match (pas même des anciens numéros avec les mots croisés déjà faits). Humour ou engagement politique à outrance du propriétaire des lieux ?

 

Etrange endroit…

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 23 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Gaie

Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. Faux ! Enfin, pas trop vrai. Parce que les montagnes ne se rencontrent pas, certes, mais il n’y a pas qu’elles, j’vous f’rai dire.

 

Avez-vous déjà pensé à la détresse d’une parallèle qui n’a d’autre choix que de longer à distance une autre parallèle ? Prêtes à se toucher mais pas suffisamment proches pour pouvoir le faire… Et puis, elles n’ont pas le droit sinon elles perdent leur statut de parallèle. Si on n’appelle pas ça de la frustration ! Imaginez une bordure de route qui, en plus de se prendre sur le coin de la chaussée des gravillons, des éclaboussures, la pollution des pots d’échappement, des carcasses de lapins flashés par les phares, des coups maladroits de pneus sauvagement enjolivés, des canettes vides, des mégots incandescents et j’en passe, se contente d’apercevoir son homologue de l’autre côté de la route. Vous n’avez jamais pensé à cela, j’en suis certaine. Et pourtant, c’est triste.

 

Et le ciel et la mer ? Quand sur le bord de la plage, la main en visière, vous contemplez leur rencontre sur la ligne d’horizon ? Fadaises ! Il s’agit juste d’une illusion d’optique ! Si, je vous assure. J’ai un copain qui a un cousin germain au quatrième degré dans la marine qui lui a dit que c’était pas vrai. Il a dit très exactement : « Tu pars d’où tu veux et tu peux faire tout le tour de la terre et revenir au même point sans être coincé ». Les seuls qui n’y croient pas sont les poissons volants et les parachutistes.

 

Et puis tiens. Sans aller chercher bien loin, avez-vous déjà vu deux yeux se rencontrer sur un même visage ? Les yeux, c’est pire que les bordures de route car même si ils sont là pour voir, ils ne se voient pas mutuellement. C’est chacun pour sa pomme bien qu’ils fassent la même chose en même temps. Sauf strabisme bien entendu. Essayez avec votre œil droit de surprendre le regard de votre œil gauche… Impossible n’est-ce pas ? Les yeux sont donc comme les montagnes. Sauf que les montagnes n’ont pas d’yeux.

 

Un dernier exemple : le gruyère et ses trous. Bien qu’ils soient un tout (le tout étant le gruyère, précision à l’attention de ceux qui ne suivent que d’un œil vu que l’autre est toujours en train d’essayer de le surprendre…), ils ne font que se côtoyer. Rajoutez des trous au gruyère, il y aura davantage de trous, d’accord, mais aussi davantage de gruyère. Plus il y a de trous, plus il y a de gruyère. Et plus il y a de gruyère, plus il y a de trous. Incroyable hein ? Quoiqu’on puisse malgré tout étendre le phénomène à d’autres choses : plus il y a d’imbéciles, plus il y a de monde sur terre, plus il y a de monde sur terre, plus il y a d’imbéciles. Sauf que là, ça ne va plus… Parce que ceux-là, ils se rencontrent…

 

Sur ce, je vous laisse méditer sur cette grande pensée philosophique.

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 22 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

C’est décidé. Puisque on arrête toujours un lundi, lundi j’arrête.

Il est grand temps que j’y songe après toutes ces années. Et puis, c’est un mauvais exemple pour les enfants.

Quand j’en sors une, on me regarde de travers. Je dérange. Mais voilà, j’essaie de m’abstenir, une heure, deux heures puis le manque me submerge et je craque. Bien sûr, je peux aller à l’extérieur mais seule, c’est beaucoup moins drôle…

 

Alors, la dernière, ce sera dimanche soir et elle sera excellente.

Bien entendu, je suis consciente que la lutte sera difficile et que la tentation sera parfois insoutenable. Beaucoup ont tenté d’arrêter en vain.

Une petite pour la fin du repas, d’autres pour se détendre lors des dîners entre amis, une petite dernière le soir. Plein de petites qui, réunies, font une montagne de petites. Mais finalement, elles ne sont pas toujours indispensables car de toutes celles accumulées en une journée, quelles sont celles dont on aurait pu se passer ? La plupart, probablement. Suis-je capable alors de ne maintenir que celles que j’apprécie ? Au début, on réduit, puis on finit par se laisser aller à nouveau. Je ne crois qu’au sevrage complet. C’est un domaine où je ne suis qu’une faible femme dépendante.

 

Donc, lundi, c’est décidé. J’arrête de dire des bêtises.

 

De toute façon, au rythme où les interdits s’accumulent, bientôt, nous n’aurons plus le droit d’en dire dans les lieux publics.

 

Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je tienne. Faut que je. Faut que. Phoque. Faut pas. Faux-pas. Faut. Faux. Faucille. Faux-col. Folle. Fol Amour. Fosse septique. Et zut. Ça va pas être possible.

 
Copyright © 2008 Martine Rousset
  
Publié le 21 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Non, peut-être, il ne sait pas, allez savoir

Demain, hier, il y a deux jours, ce soir

Il l’attendait, il l’espérera, il l’ignore

Il dit, il balbutie, il la hait, il l’adore

 

Oui, jamais, il sait, on ne sait pas

Hier, demain, dans deux jours, ce soir-là

Il avance, il renonce, il l’accompagne

Il la joue, il la perd, il la gagne

 

Il se dégage, il s’engage, il s’enfuit

Il la double, il la sème, il la poursuit

Il rit, il pleure, il vit, il meurt

Partout, nulle part, par ici, ailleurs

 

Il s’interroge, il se tait, il conclut, il suppose

Elle est tout, elle est rien, elle est toute chose

Elle est bruit, elle est écho, elle est silence

Elle est trouble, elle est folie, elle est prudence

 

Il lui a dit « peut-être mais attend »

D’hésitation en questionnement

Et d’un « peut-être » trop évoqué

Ne resta qu’un « peut-être » disloqué.

  

Copyright © 2008 Martine Rousset

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