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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 15 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Gaie

Un commentaire récent du Mat sur ce blog rappelait à juste titre l’urgence en Corse d’élaborer une théorie du figatellu. Cette proposition fort judicieuse mérite donc que l’on s’y arrête un moment.

 

Le figatellu est-il un signe ostentatoire de futilité ? Là est donc la question.

 

En premier lieu, il semble nécessaire d’énumérer certains points : le figatellu n’est pas prohibé ; un abus de figatellu n’a aucune incidence sur le résultat d’un alcotest ; il est concevable de le déguster dans les lieux publics ; il ne déclenche aucune interférence sur les appareils électroniques ; il est possible de le conserver à l’intérieur d’un avion dans ses bagages à main ; nous pouvons le poser contre notre oreille tout en conduisant sans risquer d’être verbalisé.

 

Si il ne génère pas l’intérêt des autorités françaises, le figatellu serait-il futile ? Pourtant, une cheminée corse qui n’a jamais connu de figatellu n’est pas une cheminée corse. Elle restera une contrefaçon de cheminée corse jusqu’à ce qu’un pli de figatellu vienne faire transpirer son âme en crépitant sur les braises incandescentes. On supposera que le figatellu a une âme si on admet que le porc en avait une. A moins que le figatellu ne soit lui-même la représentation terrestre de l’âme du cochon ? Ça se corse…

 

Nous savons désormais que le figatellu libère les cheminées de leur virginité. Nous avançons.

 

Si il n’engendre aucun interdit, est-il néanmoins indispensable ? Si la recette a été respectée, la réponse est probablement oui. Cette recette ne serait donc en aucun cas la pierre tombale du figatellu mais  celle du porc utilisé pour sa réalisation. La recette en représenterait alors l’épitaphe. Quant à nous, nous nous recueillerions non pas sur la tombe du cochon mais plutôt sur le figatellu. Intéressant. 

 

La théorie du figatellu est à présent démontrée : si on ne trouve pas de raisons aux choses, il suffit d’en chercher quelques-unes et d’y croire. On appelle cela la « figatellosophie ».

 

La théorie du figatellu ayant enfin vu le jour grâce à ce blog, j’en conclue que ce lieu dégage finalement une once de futilité utile dans son abîme d’inutilité. Quel luxe ! Pour le savoir, il suffisait de repartir sur des bases saines. Voilà, c’est fait.

 

Vive le figatellu.

 

A l’intention des lecteurs qui ne connaissent pas la Corse :

Figatellu : (figatelli au pluriel), célèbre charcuterie corse élaborée avec la viande de porc la plus imprégnée de sang, le foie du porc, et du gras de porc très consistant. Produit introuvable en été. Ah ? Vous en avez trouvé ? Vous avez donc à présent une définition fiable de l’utopie...

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 14 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

-   !!!

Oh pardon… Cela m’a échappé… Je recommence : 

- Roger !!! 

 - Mais que faites-vous là Ramsès ? Chez moi !

- Je vous dérange ?

- Je regardais un match de foot…

- Pardon ?

- Ah ben forcément, vous ne connaissez pas… Mais par où êtes-vous rentré ?

Ramsès regarda autour de lui, la mine plutôt embarrassée.

- Je n’en sais rien. Je dormais et je rêvais que je possédais une zappeuse comme la vôtre. Et voilà, je suis là. C’est votre zappeuse qui a fait cela, je suppose ?

Roger baissa les yeux sur sa télécommande avec perplexité. Bizarre tout ça…

- Où sommes-nous ? Questionna Ramsès, inquiet.

- Chez moi.

- C’est votre palais ! Faites-le moi donc visiter !

- Euh… La porte, là, à gauche, c’est la chambre et… c’est à peu près tout…

Ramsès se dirigea vers la porte que lui indiquait Roger et entra prudemment dans la pièce.

- Votre chambre funéraire n’est pas terminée j’imagine ?

- Funéraire ! Mais c’est « ma » chambre ! C’est là que je dors !

- Vous êtes un homme étrange Roger… Et vos épouses, où sont-elles logées ? S’enquit-il en le rejoignant dans le salon.

Roger fut piqué au vif par la question du pharaon. Ses épouses ? Pas l’ombre d’une courbe féminine, pas même en projet… Rien en vue. Que du passé… Il en avait honte.

- Elles sont… malades. Voilà. Elles sont malades et comme elles sont contagieuses, elles sont isolées dans un autre palais. Toutes les douze.

« Je m’en sors bien », pensa-t-il avec satisfaction.

- Une petite bière ?

- De quoi s’agit-il ?

- D’un breuvage d’homme, affirma-t-il tout en lui décapsulant une canette avant de la lui tendre.

Le pharaon sentit la petite bouteille en fronçant les sourcils.

- Goûtez !

Ramsès la porta avec méfiance à ses lèvres. Son visage s’illumina aussitôt.

- Excellent !

- Je savais que vous aimeriez.

A cet instant, Ramsès aperçut la télévision qui lui avait échappé jusqu’à présent. Il eut un mouvement de recul.

- Comment avez-vous fait pour mettre ces gens là dedans ?

- Euh… La zappeuse… On appuie sur un bouton de la zappeuse et ils apparaissent.

- Mais pourquoi courent-ils ainsi ? C’est une bataille ?

- Un peu oui. Vous avez deux armées, chacune portant une couleur différente de l’autre.

- Quel est l’enjeu ?

- Le « truc » rond que vous voyez là, c’est un ballon. Et les « trucs » carrés que vous avez de chaque côté, ce sont les cages des buts. Chaque armée a pour objectif de mettre le ballon dans la cage de l’autre.

Ramsès était fasciné.

- Et lorsque l’une des armées a gagné, que se passe-t-il ?

- Euh… Rien… Elle a gagné, c’est tout.

- Mais que gagne-t-elle ? Le territoire de l’autre ? Les soldats de l’autre armée deviennent-ils ses esclaves ?

- Ben non…

- A quoi cela sert-il alors ?

- Ben… A rien…

- Et pourquoi y a-t-il tant de gens parmi le public ?

- Ben… Pour savoir qui va gagner…

 

Ramsès tourna les yeux vers Roger et lui lança un regard d’incompréhension.

Roger éteignit la télévision en soupirant et attrapa deux canettes de bière.

- On s’en jette une autre derrière la cravate ?

- ?

- On se boit une bière ?

- Volontiers.

 

Le lendemain matin, lorsque Ramsès se réveilla, sa tête était douloureuse. Il observa un instant sa coiffe ornée d’un serpent posée près de lui. « Je crois bien qu’elle est trop lourde…» Se persuada-t-il.

 

Dans la soirée, il allait beaucoup mieux. Il ordonna alors à l’un de ses domestiques :

- Pataquès ! Amène-moi de quoi m’en jeter une derrière la cravate !

 

Sacré Roger.

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 13 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

A cet instant, une jeune femme superbe fit irruption dans la pièce gigantesque où ils se trouvaient.

- Ah Ramsès ! Je te cherchais…

- Je vous présente Néfertari, mon épouse favorite. Puis s’adressant à son épouse : « Néfertari, retourne au harem, j’arrive. »

- Nerfertari ? Quel nom bizarre ! Comment l’écrivez-vous ?

- Avec  deux seins.

Roger se promit de se mettre au hiéroglyphe si il échappait à cette histoire.

- Votre épouse favorite ? Vous en avez beaucoup d’autres comme ça ?

Il compta un instant sur ses doigts. Arrivé au pouce de la seconde main, il répondit :

- Six. Mais j’ai également des concubines.

Cela laissa Roger rêveur… Peut-être bien que, finalement, si il ne pouvait pas retourner à son époque, cela n’était pas si grave que cela…

 

Ramsès réfléchissait. Il paraissait soucieux. Tout à coup, il demanda :

- Je vais être une star ?

- Absolument. Et votre momie sera la plus célèbre du monde.

- Comment ont tenu mes bandelettes ? S’inquiéta le pharaon.

- Parfaitement bien. Très au point aussi votre système de momification. Dans 3 000 ans, vous serez encore très beau !

- Alors, il me faut être digne de cela. Je vais construire d’autres temples.

- Ne vous éparpillez pas trop quand même… Vous allez avoir une rude bataille contre les Hittites.

- Ah ? Et je vais gagner ?

- Je ne vais pas tout vous dire quand même ! Dites, j’ai une idée. Si vous voulez construire des temples, c’est votre affaire. Mais pourquoi ne trafiquez-vous pas plutôt la signature des œuvres de vos prédécesseurs comme si vous les aviez fait construire vous-même ?

  

Quand Roger se réveilla, « Chasse et pêche » diffusait son émission de la nuit. Dès qu’il ouvrit un œil, il se remit à pester vertement contre l’O. M. qui venait d’encaisser un but d’une petite équipe de cinquième division. Il but une dernière bière et alla se coucher.

 

Il rêva cette nuit-là qu’il avait plusieurs épouses,  qu’il maîtrisait à la perfection le hiéroglyphe et qu’il mettait son nom sur toutes les boîtes aux lettres de l’immeuble. Allez savoir pourquoi.

 

Quant à Ramsès II, il s’appropria en effet de nombreux temples construits par d’autres…

 

Sacré Roger.

 

FIN

 
NDLB : A quoi sert cette histoire ? Strictement à rien. Doit-on y lire un message subliminal ? Non. Doit-on y déceler une once cachée de philosophie ? Encore moins. Alors, pourquoi cette histoire ? Juste pour rappeler que ce blog est un lieu d’inutilité publique, que j’aime à aller nulle part en partant de nulle part et en passant par… nulle part…

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 12 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Il ne connaissait quasiment rien de l’Egypte hormis quelques articles qu’il avait lu ça et là, illustrés pour la plupart du masque de Toutankhamon ou de la momie de Ramsès II. Dieu qu’il avait changé… Il était un homme mûr mais pas encore le vieillard de la momie. Le temps pressait et il lui fallait trouver une échappatoire. C’est alors que lui vint une idée lumineuse. Il brandit la télécommande sous le nez de Ramsès.

-  Vous voyez cet objet ? C’est une… une… zappeuse, lui cria-t-il alors que le pharaon s’apprêtait à faire intervenir ses gardes.

- Et alors ? Demanda Ramsès avec arrogance.

- Eh bien, grâce à elle, je peux prédire l’avenir.

Ramsès regarda attentivement la télécommande et pour la seconde fois, toucha son cornet de glace.

Roger poursuivit :

- Par exemple, savez-vous que le Sphinx de Gizeh perdra son nez dans près de 3 000 ans ?

- Le Sphinx est en Basse-Egypte… Nous sommes ici en Haute-Egypte ! Cela ne m’intéresse pas.

- Bon d’accord. Alors, savez-vous que l’une des deux obélisques de votre temple de Louxor se retrouvera un jour sur la place de la Concorde à Paris ? C’est une grande place à Lutèce.

- Lutèce ?

- Vous n’avez pas lu Astérix vous ! C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’appelle l’obélisque… Astérix et obélisque… Ok, ce n’est pas drôle… Et puis Lutèce, c’est trop récent pour vous…

- Vous êtes impertinent !

- Non ! Je ne me permettrais pas ! J’ai trop de respect pour vous. Vous allez construire tant d’édifices somptueux qu’il serait déplacé de ma part de vous manquer de respect… Et puis, vous allez être une star dans le monde entier.

Le regard du pharaon se durcit. Soudain, Roger se souvint d’un article qu’il avait lu sur sa momie.

- Comment va votre hanche ?

Cette fois, le pharaon fut abasourdi.

- Comment savez-vous cela ? Comment connaissez-vous l’existence de mes douleurs à la hanche ?

L’œil de Roger brilla. Gonflant le torse, il leva la main et agita la télécommande.

- C’est elle qui me l’a dit.

Il comprit que ce détail le rendait à nouveau crédible aux yeux du pharaon. Il avait gagné.

 

(à suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 11 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Transporté trois mille ans en arrière  par une blogueuse fantasque (que l’on ne citera pas, par compassion), Roger, qui s’était endormi pendant la mi-temps du match O. M./Carquefou dont la septième minute de jeu l’avait épuisé, se réveilla en sursaut en un lieu inconnu. Son fauteuil et son pack de bière avaient disparu.

 

Assis à même un dallage froid en pierre, sa télécommande à la main, il écarquilla les yeux. Des colonnes, des statues, de la pierre… Stupéfait, il balbutia : « Mais où est ma cuisine ? ». Une voix grave et posée lui répondit :

- Qui êtes-vous ?


(NDLB : Dans un souci de compréhension pour vous et pour Roger, nous utiliserons le français plutôt que le hiéroglyphe pour les dialogues. De plus, ça m’arrange…)
 


Roger se leva d’un bond et fit volte-face vers la voix. Un homme se tenait près de lui et l’observait sévèrement. Il était vêtu d’un pagne, ses bras étaient chargés de bracelets et un collier gigantesque lui recouvrait le haut de la poitrine. Sur son crâne, une coiffe en tissu surmontée d’une tête de serpent, et à la pointe de son menton un objet étrange que Roger identifia comme un cornet de glace.

Roger, apeuré, bredouilla :

- Je… Je suis Roger, le Prince Charmant du blog de Martine… Et… Et vous ?

L’homme parut surpris.

- Vous êtes prince ! Je suis le pharaon Ramsès II. Mais de qui êtes-vous donc le fils ?

- Ramsès II ! Mais c’était il y a plus de mille ans avant Jésus Christ !

- Avant qui ?

- Non, rien. Je suis le fils de…

Il hésitait. Si il expliquait qu’il était le fils de Raymond, magasinier à Auchan, il supposait que l’autre ne comprendrait pas. Il baissa les yeux sur sa télécommande qui n’avait pas quitté sa main. Celle-ci l’inspira :

- Je suis le fils de Thomsonès Ier, répondit-il avec un aplomb qui le surprit lui-même.

Le pharaon passa sa main sur la pointe de son cornet. Il était perplexe.

- Je ne connais pas Thomsonès Ier… Ne seriez-vous pas plutôt un imposteur ? Lança-t-il, menaçant.

Roger paniqua. Il maudit la stupide blogueuse qui l’avait envoyé là probablement juste parce que cela l’amusait. Comment allait-il se sortir de cette impasse ?

 

(à suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

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