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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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X : Tian ! Voilà du boudin !
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Too is too : two with two O, it's too much!
Choking! : Cake with too K, that takes the cake!
Clo Clo : Kake c'est cette histoire de moule? Texte clos?...
Msge perso : Ugo, j'oublie pas ton moule à cake. Je te le ramène samedi.
RENCARD : Le 6 septembre à LECCI di PORTO-VECCHIO. Sous les pins.
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Publié le 26 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Les deux frères avaient quitté le village aux aurores et s’étaient faufilés en silence dans la châtaigneraie à un kilomètre de là. Ils s’installèrent derrière un buisson, assis côte à côte.

 

- Dis Dumè, il ne va pas falloir le rater… Chuchota Migué.

- Ne t’inquiète pas mon frère, j’ai graissé mon calibre, je l’ai chargé et j’ai les poches bourrées de munitions. Il ne va pas tarder à arriver.

- Quelle heure est-il ?

- Six heures dix. Encore vingt minutes et ce chacal ne sera plus de ce monde, déclara-t-il en soupirant d’aise.

- Notre pauvre père serait fier de nous. Hein Dumè ?

- Tu as raison. Il doit gonfler le torse dans sa tombe ! Nous, ses fils, nous allons enfin descendre cette vermine de Francè. Un de la famille de ceux que nous détestons depuis six générations…

- Oui… Six générations qui attendaient la vengeance et c’est nous qui allons la leur donner.

- Dis Migué, finalement, sais-tu pourquoi nos deux familles se haïssent autant ?

- Non mais quelle importance ? Notre père nous a dit sa haine et celle de ses ancêtres. C’est notre sang qui doit parler et avoir le dernier mot. Encore cinq minutes, nous devrions nous taire. Il a l’ouïe fine ce parasite. Méfions-nous.

 

Les deux hommes, totalement immobiles, se tenaient aux aguets. Francè passait chaque jour sous les châtaigniers à six heures trente avec son chien pour sa promenade matinale. Tout le village le savait. Chacun connaît les habitudes de chacun dans un village…

 

- Ce n’est pas l’heure ? Demanda Migué dans un murmure à peine audible.

Dumè regarda sa montre et haussa les sourcils.

- Si… Il est trente et une… Ne bougeons surtout pas.

 

Un bruissement de feuilles les fit sursauter. Lorsqu’ils aperçurent le renard apeuré par leur présence qui s’éloignait en courant, ils échangèrent un petit sourire entendu. Le prochain bruissement serait le bon…

 

Mais le prochain bruissement se faisait attendre. Un quart d’heure avait passé. Les deux frères s’impatientaient.

 

Quand ils entendirent au loin sonner sept coups au clocher de l’église, Dumè se pencha vers Migué :

- Sept heures ! Mon Dieu ! Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 25 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
- J’avais déjà presque cinquante ans ! Imaginez le temps que j’ai perdu à ne pas savoir qu’il passait ! C’est la raison pour laquelle je rattrape aujourd’hui le temps en ne le perdant plus et en le regardant passer… J’avais donc cinquante ans et j’étais très amoureux d’une femme avec laquelle je devais passer un week-end dans une petite auberge en Haute-Savoie. Elle était arrivée avant moi et j’étais dans ma voiture, roulant gaiement pour la rejoindre. C’était un vendredi soir et il faisait nuit. Lorsque j’arrivai presque à destination, j’aperçus dans la vallée les lumières du village qui allait nous accueillir. Je fus soudain saisi par l’émotion et je ne pus résister à l’étrange besoin d’arrêter ma voiture sur le bord de la route. Et j’ai regardé, l’une après l’autre, les lumières qui clignaient. Evidemment, elles m’ont fait penser à des étoiles… C’est à cet instant-là que j’ai réalisé que l’une de ces lumières m’attendait et qu’elle n’était allumée que pour moi. Dans son scintillement inconscient, elle brillait dans l’attente de deux êtres qui s’aiment et qui vont se retrouver. J’ai alors arrêté le temps -« mon » temps- et je l’ai écouté me dire que cette minute était d’une intensité incroyable. J’ai vécu cette minute pour m’en souvenir et là, lorsque je vous la raconte, j’ai cinquante ans et je suis fou amoureux d’une jeune femme qui m’attend dans une auberge.
Rodolphe se tut. Son regard était ailleurs, plongé au creux d’une vallée savoyarde. La femme au chapeau rouge l’accompagna religieusement dans son silence. Le souvenir de Rodolphe bondissait dans sa tête. Reconstitué d’avoir été raconté, il resurgissait, intact et émouvant. La dame au chapeau rouge s’empara alors de l’appareil photo et à son tour, il fut ébloui par la lumière aveuglante du flash.
Satisfaite, elle reposa l’appareil et s’enquit :
- Qu’allez-vous écrire sous cette photo ? Après un long moment de réflexion, il répondit :
- « Moi, Rodolphe, surpris par une dame au chapeau rouge, j’ai rangé précipitamment mon souvenir. Ce dernier se rassembla et retourna sagement à sa place ».

                                              --------
 

Je suis la dame au chapeau rouge. J’ai souvent revu Rodolphe. Il avait cette philosophie de la vie de ne jamais prévoir -ou si peu-, d'écouter parler les instants et d'y revenir ensuite pour être sûr que j'avais moi aussi su les écouter et si j'avais entendu les mêmes choses que lui. Il tenait toujours à me faire partager ses sensations de l'instant. Suspendre le temps pour le regarder s’égrener... Parenthèses d'or...
 


FIN

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 24 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
- Je peux m’asseoir ?
- Vous l’êtes…
- C’est une lettre d’amour ?
Intriguée, elle l’observa longuement en silence. Il laissa patiemment aux yeux gris le temps nécessaire à se rassurer.
- C’est une lettre de mon amie d’enfance, répondit-elle soudain. Une vieille lettre qu’elle m’avait écrite avant de mourir et que je viens de retrouver entre les pages d’un livre. Elle dormait là depuis presque trente ans.
Il prit la dame en photo. Eblouie par le flash, elle cligna des yeux plusieurs fois.
- Vous auriez pu me prévenir !
- Surtout pas. Vous n’auriez plus pensé qu’à l’image que j’allais fixer… Là, vous pensiez à votre amie. Elle était vivante et vous écrivait une lettre. Sous cette photo, je crois que j’écrirai « lorsque le gris morose caché sous un chapeau est rattrapé par le bleu, pureté du jour heureux ». Vous vous souveniez de cette lettre avant de la retrouver par hasard ?
- Vaguement.
- C’est terrible ce que vous dîtes… Vous faisiez donc partie de ceux qui courent après le temps et en oublient de s'arrêter sur l'instant du moment.
- J’étais jeune… A cet âge, on extrapole sur l'avenir et on glisse sur le présent. Vous n’étiez pas ainsi vous aussi ?
- Hélas ! A trop vouloir prévoir, on néglige l’instant et on altère nos souvenirs. Pourquoi chercher à savoir absolument de quoi demain pourra être fait alors qu'aujourd'hui n'est pas terminé ?
- Dans sa lettre, mon amie se savait très malade et me disait « je t’aime ». Je n’ai pas été capable de m’imprégner de ses mots et d’écouter leur tendresse. J’ai juste pensé « elle va mourir et je n’aurai plus d’amie ».
Ses yeux gris culpabilisèrent et se brouillèrent d’émotion. Rodolphe, touché, lui tapota la main dans un geste fraternel et solidaire.
- J’ai compris qu’il nous fallait savoir arrêter le cours du temps, alors que j’étais très amoureux, avoua-t-il en baissant le ton. Je peux vous le raconter ?
- Oui… 


(A suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 23 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Rodolphe ajouta calmement :
- Merci mon ami. Je peux à présent prendre congé. Quand je serai parti, continuez à penser à vos pieds. Demandez-vous pourquoi ils sont là, aujourd’hui et à cet endroit. Puis, fermez les yeux et imprégnez vous de cette sensation merveilleuse qu’est l’attente d’un rendez-vous galant. Il vous faudra vous en souvenir quand vous serez… vieux et con !

Il le salua d’un signe de tête et s’éloigna en sifflotant. L’inconnu ne le vit pas se cacher non loin de là et baissa pour la troisième fois son nez vers ses souliers, le sourcil songeur et le visage figé. Il ne vit pas non plus Rodolphe le prendre en photo. Il ne saura pas non plus que le soir même, sous cette image volée, il écrira de sa petite écriture serrée : « Un moment qui se fond et s’enchaîne. Ne le laisse pas fondre sans le regarder pour ne pas qu’il disparaisse sans avoir existé ».

Notre chasseur de temps continua de vadrouiller. La matinée était ensoleillée et le bleu du ciel l’incita à chantonner : «
Le soleil a rendez-vous avec la lune mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend, ici-bas souvent chacun pour sa chacune, chacun doit en faire autant… ». Il s’interrompit et esquissa un petit pas de danse en se plantant, droit comme un « i », devant une femme d’âge mûr coiffée d’un petit chapeau rouge enfoncé sur le crâne, assise à la terrasse d’un café. Absorbée par la lecture de ce qui ressemblait à une lettre, elle tournait son café d’un geste absent. Elle ne le remarqua même pas.
- Arrêt sur image ! Claironna-t-il.
Elle sursauta et se redressa, interloquée, pour le dévisager.
- Votre chapeau vous va bien mais il cache vos yeux. Vous n’aimez pas vos yeux ?
Elle posa la feuille aux plis marqués et cessa de tourner inutilement la cuillère dans la petite tasse verte. Rodolphe affichait un large sourire bienveillant.
- Vous n’aimez pas vos yeux ? Répéta-t-il.
Quoique décontenancée par cette incursion brutale, elle lui sourit à son tour :
- Et cela changera quoi à votre vie si je réponds à votre question ?
- A ma vie ? Probablement rien… Mais à cette minute qui passe, cela changera tout ! Je suis tempographe. Je photographie l’instant, le palpe et le touche de mon objectif. Et si l’instant me répond, je suis heureux.
- Je suis un instant ?
- Enlevez votre chapeau.
- Mes yeux sont ce qu’ils sont. Ils ont vu, ils verront encore mais n’ont plus rien à prouver. J’ai passé soixante ans, je ne les cache pas, je les repose.
Elle enleva son chapeau et lui jeta son regard gris en pâture.Rodolphe tira une chaise à lui et s’y installa, face à elle.


(A suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 22 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Il combattait le temps en figeant des secondes, petits éclats d’instants qu’il extirpait de l’oubli. Pied de nez à l’inexorabilité du temps. Il se disait tempographe et riait de la perplexité de ceux à qui il le balançait.
- Photographe, vous voulez dire ?
- Non, tempographe. Je fixe les images, je cherche les raisons pour lesquelles elles existent et lorsque je les ai trouvées, j’arrête le temps pour les regarder. Je farfouille dans le temps quoi ! Je suis farfouilleur de l’instant, si vous préférez !

Sa réponse accentuait l’étonnement des gens et il s’en amusait encore davantage.
 Rodolphe était un septuagénaire vif et enjoué. Ses longs cheveux d’argent ruisselaient sur ses épaules. Ses petits yeux noirs et rieurs incrustés gaiement sous son front dégarni donnait à son visage longiligne l’irrésistible envie de lui sourire. Il y a quelques années, il portait la barbe mais depuis, il l’avait abandonnée, décrétant qu’à soixante-dix ans, on n’avait plus aucune raison de se cacher. Il traînait à longueur de journée dans les rues de Paris, un appareil photo à la main, invariablement vêtu d’un jean « tuyau de poêle », d’une large chemise à carreaux par beau temps ou d’un long pull de laine par temps froid. Il flânait et interpellait des passants, des clients installés à la terrasse d’un café, des gens encastrés dans les files d’attente interminables des cinémas, des automobilistes cloués au rouge d’un feu, des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes.

Ce matin-là, il décida de rôder aux alentours de la Gare du Nord, son appareil photo prêt à bondir et la poche de son jean truffée de piles rechargeables.

Un homme adossé à la rambarde du métro « Blanche » attendait manifestement, un bouquet de fleurs à la main, l’arrivée d’un rendez-vous amoureux. Rodolphe s’approcha de lui et l’apostropha :
- Regardez vos pieds.
L’homme, surpris, baissa les yeux sur ses chaussures parfaitement cirées, puis n’y trouvant rien d’anormal, répondit avec agacement :
- Il est où le problème ?
- Un problème ? Oh ! Vous l’avez perdu il y a longtemps ce problème ? Répondit Rodolphe, faisant mine de chercher sur le sol.
- Vieux con, lança l’homme.
- Comme il vous plaira, mon ami. Pour vous être agréable, j’accepte d’être à la fois vieux et con. Ceci dit, vous avez peut-être raison ! Mais je vous demandais juste de regarder vos pieds. C’est très important.

Le type, pour se débarrasser de l’importun, jeta à nouveau un œil forcé sur ses chaussures puis relevant la tête, le planta d’un regard frisant la colère.  
 


(A suivre)

 

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