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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Cristian : Ô tian suspend ton bol!
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X : Tian ! Voilà du boudin !
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Clo Clo : Kake c'est cette histoire de moule? Texte clos?...
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Publié le 05 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Lorsque la croche s’échappa du violon, elle s’élança au-dessus de l’assistance attentive puis virevolta, effleurant délicatement chacun des auditeurs. Enivrante, envoûtante, étourdissante, elle tourbillonna, en quête d’une apogée réussie. Tout à son destin, elle ne vit pas immédiatement le trémolo qui flottait derrière elle, né dans un souffle de clarinette. C’est quand il s’approcha d’elle qu’elle se sentit soudain submergée par une vibration ondoyante. Imprégnée de cette pulsation inattendue, elle s’abandonna à la musique de cette rencontre sans résistance.

 

Leur mélodie inopinée résonnait en un crescendo infini, léger mais puissant. Doux mais fort. Sensuel mais vigoureux. L’assemblée était suspendue à ce duo improvisé, le souffle coupé par l’harmonie de ce rendez-vous exceptionnel dont elle était le témoin.

 

La croche et le trémolo, en un accord parfait, s’enroulaient en volutes mélodieuses. De cette osmose émanait la magie de la beauté d’un son. Un éclat de bonheur échappé d’une partition et accroché à la voûte d’une salle de concert à la merci d’un public déconcerté par cette merveille presque impudique.

 

Ils n’étaient plus qu’un, ré-unis, enclins à la sérénade, prêts à la fugue. Là. Dos à dos. Si proches. Prêts à grappiller un dièse ou bémol à leur portée pour se fondre davantage. Mi fats, mi fous de tant s’aimer. Mots d’aubade. Mots d’amour.  

 

Accord éphémère. Silence. Pause. Soupir. Toujours n’existe pas. Tout s’interrompt, aussi puissant soit-il. L’éternité a perdu sa clef. Clef de fa. Clef de do. Fado.

 

Le chef d’orchestre, dans un dernier battement de baguette, fit taire la symphonie. Seuls résonnèrent encore une croche et un trémolo sous un tonnerre d’applaudissement. Puis ils s’estompèrent en sourdine ne laissant derrière eux que le souvenir extasié de leur unisson.

 

  

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 21 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Non, peut-être, il ne sait pas, allez savoir

Demain, hier, il y a deux jours, ce soir

Il l’attendait, il l’espérera, il l’ignore

Il dit, il balbutie, il la hait, il l’adore

 

Oui, jamais, il sait, on ne sait pas

Hier, demain, dans deux jours, ce soir-là

Il avance, il renonce, il l’accompagne

Il la joue, il la perd, il la gagne

 

Il se dégage, il s’engage, il s’enfuit

Il la double, il la sème, il la poursuit

Il rit, il pleure, il vit, il meurt

Partout, nulle part, par ici, ailleurs

 

Il s’interroge, il se tait, il conclut, il suppose

Elle est tout, elle est rien, elle est toute chose

Elle est bruit, elle est écho, elle est silence

Elle est trouble, elle est folie, elle est prudence

 

Il lui a dit « peut-être mais attend »

D’hésitation en questionnement

Et d’un « peut-être » trop évoqué

Ne resta qu’un « peut-être » disloqué.

  

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 09 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Jeff, la quarantaine bien sonnée, était rentré chez lui contrarié : il manquait un bouton à sa veste. C’est son collègue de bureau qui le lui avait fait remarquer en brandissant, ironique, le bouton qu’il avait retrouvé sur le sol juste à l’entrée.

- Il va falloir sortir ta boîte à couture mon vieux ! T’en as une au moins ?

- T’inquiète, lui avait rétorqué Jeff avec agacement en lui arrachant le bouton des mains et en le glissant dans sa poche, je sais coudre un bouton.

- C’est là qu'on se rend compte que c'est pas simple de se retrouver célibataire hein ?

Jeff n’eut pas à répondre, libéré par l’arrivée de leur chef de service. « Pour une fois qu’il arrive à point celui-là… », pensa-t-il.

Le chef de service venait chercher un dossier dont il avait besoin immédiatement. Jeff souleva quelques chemises sur son bureau et lui tendit le dossier en question.

- Merci Jeff.

Alors qu’il s’apprêtait à sortir, il s’arrêta devant lui et lui murmura à l’oreille avant de disparaître dans le couloir : « Jeff... Il manque un bouton à votre veste »…

 

Jeff quitta donc son entreprise préoccupé par ce bouton. Dans la rue qui menait à son immeuble, il fit une halte dans une mercerie et acheta du fil noir et un petit sachet d’aiguilles. Il rentra ensuite chez lui, posa sa veste sur le fauteuil du salon, le fil et les aiguilles sur la table basse et se prépara son dîner. Depuis sa séparation avec Carine, six mois auparavant, il avait fini par apprendre quelques rudiments de cuisine et estimait qu’il s’en sortait plutôt bien. Quant au bouton, il verrait cela après dîner.

 

Une fois avalée sa crème caramel en petit pot d’aluminium, il décida de se concentrer tout à la couture de ce fameux bouton. Il prit une paire de ciseaux dans le tiroir de la cuisine, tira le fauteuil du salon sous la lampe halogène (le contraire ne lui étant pas venu à l’esprit…), attrapa ses ustensiles de couture, les déposa précautionneusement sur l’accoudoir et s’installa, sa veste sur les genoux.

Il chaussa ses lunettes (celles de l’après quarantaine quand étrangement, les bras se mettent à allonger…) et après avoir extirpé la bobine de fil de sa gaine protectrice en plastique, il l’observa, perplexe quelques instants. Où se trouvait le bout ? Il la tourna plusieurs fois sur elle-même et aperçut enfin le bout du fil coincé sur l’une des extrémités. Il déroula une vingtaine de centimètres. Non, ce n’est pas assez. Une quarantaine. Encore un peu. Une soixantaine ? Allons pour un bon mètre… Il coupa soigneusement son fil avec les ciseaux et délogea une aiguille de l’étui. Il avait déjà vu sa mère mouiller le bout avec sa salive et l’effiler ensuite avec son pouce et son index. Il en fit autant.

Il restait à faire passer le fil dans le chas. A la huitième tentative, il y parvint. Reprenant encore un geste de sa mère, il fit une boulette avec l’extrémité de son aiguillée et la tira vers le bas. Le nœud était fait. Gros –voire énorme- mais il était fait. Il n’avait plus qu’à passer son aiguille à l’endroit où le bouton devait être recousu.

Il s’appliquait. L’aiguille transperça le tissu facilement et le nœud fit son office. A chaque fois qu’il piquait, il devait se soulever du fauteuil pour tirer le fil. Il le fit une quinzaine de fois. Il jaugea le résultat et estima que ses points étaient suffisants. Il en avait terminé avec ce satané bouton. Il attrapa les ciseaux et coupa les quatre-vingt-quinze centimètres de fil superflu.

 

Il avait réussi sans se piquer le doigt et était fier de lui. Il rangea son petit attirail dans le tiroir de la cuisine en se disant qu’à présent il était armé pour le prochain bouton et s’apprêtait à ranger sa veste dans la penderie quand il glissa une main dans la poche afin de vérifier qu’il n’y avait rien oublié…

Une seule phrase lui vint alors à la bouche. Une toute petite phrase de trois mots :

-          Merde ! Le bouton !

         

Il se servit un scotch, prit l’annuaire et chercha les coordonnées d’une couturière.



Copyright © 2008 Martine Rousset
   
Publié le 28 mars 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Vous me connaissez mieux à présent et vous avez tous compris que je suis très copine avec certains animaux. J’ai dans le répertoire de mon téléphone portable de nombreux numéros de souris, de coccinelles, de papillons, de chats, d’éléphants, et j’en passe. Moins d’araignées et de serpents mais nul n’est parfait.

 

J’ai également connu une fourmi dont, je crois, je ne vous ai jamais parlé. Et pourtant, elle était vraiment fourmi… dable… Elle vivait en communauté dans mon jardin quand j’étais petite et j’ai fait sa connaissance un jour où, pour « voir comment ça faisait », j’avais versé un verre d’eau dans sa maison. Ce fut l’affolement général dans la tribu et toutes couraient en tout sens. Cela m’amusait beaucoup. Une seule fourmi restait immobile et me regardait, toutes les pattes sur les hanches, l’air sévère. Elle m’a grondée, sermonnée et m’a fait jurer de ne plus jamais recommencer. Impressionnée, j’ai juré. Elle m’a finalement pardonnée « parce que tu es jeune », a-t-elle ajouté en soupirant. Puis elle a grimpé sur ma main et m’a raconté qu’elle aussi, lorsqu’elle était encore fourmignon (fourmillon ? fourmiquet ? fourmiette ?), elle avait fait quelques bêtises.

 

- Quand on est petit, on veut voir le monde, on veut essayer des choses, on ne connaît rien et on a tout à apprendre, quitte à mal faire ou à faire mal, avait-elle commencé. Eh bien, tu vois, moi je m’ennuyais et j’étais très curieuse de savoir ce qui se passait ailleurs. Et… j’ai fugué ! Quand j’y pense…. Lorsque Fourmimaman s’est aperçue de ma disparition, elle était folle d’inquiétude mais moi, bien sûr, j’étais inconsciente. Je suis sortie un matin très tôt alors que le soleil se levait à peine. Très vite, je me suis trouvée au bord d’un lac. Un immense lac. Mais quand on est petit, on n’a peur de rien. J’ai plongé et j’ai réussi à le traverser à la nage. Une fois sur l’autre rive, j’ai poursuivi mon chemin gaiement jusqu’à ce que je me trouve au pied d’une montagne. Je l’ai gravie. Il commençait à faire chaud et je suis arrivée épuisée sur l’autre versant. Fatiguée mais satisfaite de l’avoir fait. Je croisais parfois d’autres fourmis mais aucune d’entre elles ne fit cas de moi. Cependant, en fin de matinée, je tombais sur un éléphant. J’étais terrorisée mais j’ai rassemblé toutes mes forces et mon courage et j’ai réussi à faire rouler un petit caillou. Le bruit a fait sursauter l’animal qui a fini par s’enfuir. J’avais eu très peur mais j’étais fière de moi. Je me suis dit alors que j’avais parcouru la majeure partie du monde et qu’à présent, je pouvais rentrer. Quand Fourmimaman m’a aperçue, elle m’a réprimandée vertement puis m’a serrée très fort contre son thorax.

- Pourquoi me racontes-tu tout ça ?

- Pour que tu comprennes que parfois, on peut faire du mal « juste pour voir ».

- Oui mais n’empêche que tu as presque fait le tour du monde toi !

- Penses-tu ! Quand j’ai grandi, j’ai su que le lac n’était qu’une trace de sanglier remplie d’eau, que la montagne n’était un gros caillou et que l’éléphant n’était qu’une pauvre souris trouillarde.

 

Et mon verre d’eau, c’était les chutes du Niagara.

 
Copyright © 2008 Martine Rousset

 
Festival de Romans
    
Publié le 25 mars 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
- Je te préviens Brigitte, ma mère vient dîner ce soir mais tu peux être certaine qu’elle va nous casser les pieds. Elle voudrait tellement me voir casé… Et puis, ma mère est envahissante… Déclara Pierre en soupirant.
- Tant que ça ?
- Oh oui, elle n’a qu’un fils et elle ne vit que pour lui. Toujours aux petits soins, toujours inquiète… Pas facile à vivre, crois-moi.
- Cela doit te changer depuis que l’on partage cet appartement !
- Plutôt oui. Tu sais qu’une nuit, alors que je me suis levé pour aller boire un verre d’eau, quand je suis retourné me coucher, mon lit était fait… Alors, si elle sait que notre co-location a abouti à une aventure sentimentale, elle ne va plus nous lâcher.
- Chut ! La voilà. J’entends des bruits de talons sur le pallier.

A peine Brigitte eut-elle terminé sa phrase que la sonnerie de la porte retentit. Pierre n'eut pas le temps d'ouvrir la porte que sa mère, un grand sac à la main, se jeta sur lui avec effusion.
- Oh mon chéri ! Tu n'as pas mauvaise mine ! J'avais si peur que tu ne t'en sortes pas sans moi ! Tiens, je t'ai apporté plein de choses que tu aimes. De la confiture de figues aux noix, une barquette de mes fameuses tomates farcies dont tu raffoles...
Elle se tut et se détacha brusquement de Pierre dès qu’elle aperçut Brigitte. Elle la détailla de la tête aux pieds. La jeune femme, un peu mal à
l’aise, s’approcha d’elle et lui serra la main en souriant.
- Bonjour Mademoiselle, lui dit la mère, vous êtes très jolie.
- Merci Madame. Rentrez donc dans le salon. Installez-vous pendant que Pierre vous servira un verre de Porto. Je vais chercher les amuse-gueules, j’arrive.

Les laissant seuls, elle disparut dans la cuisine.
La mère baissa la voix et chuchota à son fils :
- Elle est bien cette petite. Dis-moi la vérité mon chéri… Elle et toi ?
- Ah non Maman, tu ne vas pas commencer ! Il n’y a rien entre nous. Nous partageons juste le loyer, c’est tout.
Elle n’eut pas le temps de répondre car Brigitte revenait, un plateau chargé de toasts, d’olives et de chips dans les mains.
- Quel magnifique plateau ! S’exclama la mère.
- Je l’aime beaucoup en effet. Un souvenir de voyage.

Le repas se déroula ensuite dans la suspicion. La mère observa les jeunes gens et mangea du bout des dents tout en étant à l’affût du moindre signe de connivence entre eux.
Quand il rentra après l’avoir raccompagnée à la gare, Pierre s’affala sur le canapé en soufflant de soulagement.
- Bon, ça, c'est fait. Pas trop éprouvant Brigitte ?
- Mais non, ne t'inquiète pas. Elle t'aime, c'est tout. Dis, tu n'aurais pas vu le plateau ? Je ne le trouve plus...
Pierre fronça les sourcils. Non, il ne l’avait pas vu… Sa mère ? Cela ne pouvait être qu’elle. Il ne savait pas pourquoi mais il était persuadé qu’elle avait subtilisé le plateau. Que pouvait-elle donc manigancer ?
Le lendemain, après avoir cherché en vain le plateau dans toute la maison, il décida de lui téléphoner :
- Maman, n’aurais-tu pas, sans t’en rendre compte, par inadvertance, pris le plateau de Brigitte dans ton sac en partant ?
Tout en ricanant, elle riposta du tac au tac :
- Si Brigitte avait passé la nuit dans son lit, elle y aurait trouvé son plateau…
- Maman ! S’écria-t-il offusqué. Tu te mêles de ce qui ne te regarde pas ! A présent, cela suffit. J’arrive. Nous devons avoir une conversation tous les deux.
- Tu viens quand ?
- Je prends le prochain train. A tout à l'heure.
Et il raccrocha, tremblant de colère.

Imperturbable, sa mère se contenta de téléphoner à la SNCF :
- Bonjour Monsieur. Pourriez-vous me dire à quelle heure arrive le train de mon fils ?
 

Elle ne comprit pas ce que lui répondit l’employé apparemment agacé, mais elle aurait probablement le temps de préparer une tarte au citron, le dessert préféré de Pierre…


 
 
Copyright © 2008 Martine Rousset

 
Festival de Romans