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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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abbé froid : paix à son âme
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RENCARD : Le 12 septembre chez TOURISTRA (ex CNRO) à TAGLIO ISOLACCIO avec Ugo Pandolfi et Olivier Collard. Emmenez vos maillots, on sera au bord de la piscine.
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Bas con : manque de cul haut au con bas.
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Con cave : con honnête voûté
concitoyen : con victime de la conjoincture et réduit à la portion congrue.
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Faitcon : con de naissance ayant échappé à la contraception.
Con pâti : pauve juliette sans Roméo pati ...
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Publié le 25 mars 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
- Je te préviens Brigitte, ma mère vient dîner ce soir mais tu peux être certaine qu’elle va nous casser les pieds. Elle voudrait tellement me voir casé… Et puis, ma mère est envahissante… Déclara Pierre en soupirant.
- Tant que ça ?
- Oh oui, elle n’a qu’un fils et elle ne vit que pour lui. Toujours aux petits soins, toujours inquiète… Pas facile à vivre, crois-moi.
- Cela doit te changer depuis que l’on partage cet appartement !
- Plutôt oui. Tu sais qu’une nuit, alors que je me suis levé pour aller boire un verre d’eau, quand je suis retourné me coucher, mon lit était fait… Alors, si elle sait que notre co-location a abouti à une aventure sentimentale, elle ne va plus nous lâcher.
- Chut ! La voilà. J’entends des bruits de talons sur le pallier.

A peine Brigitte eut-elle terminé sa phrase que la sonnerie de la porte retentit. Pierre n'eut pas le temps d'ouvrir la porte que sa mère, un grand sac à la main, se jeta sur lui avec effusion.
- Oh mon chéri ! Tu n'as pas mauvaise mine ! J'avais si peur que tu ne t'en sortes pas sans moi ! Tiens, je t'ai apporté plein de choses que tu aimes. De la confiture de figues aux noix, une barquette de mes fameuses tomates farcies dont tu raffoles...
Elle se tut et se détacha brusquement de Pierre dès qu’elle aperçut Brigitte. Elle la détailla de la tête aux pieds. La jeune femme, un peu mal à
l’aise, s’approcha d’elle et lui serra la main en souriant.
- Bonjour Mademoiselle, lui dit la mère, vous êtes très jolie.
- Merci Madame. Rentrez donc dans le salon. Installez-vous pendant que Pierre vous servira un verre de Porto. Je vais chercher les amuse-gueules, j’arrive.

Les laissant seuls, elle disparut dans la cuisine.
La mère baissa la voix et chuchota à son fils :
- Elle est bien cette petite. Dis-moi la vérité mon chéri… Elle et toi ?
- Ah non Maman, tu ne vas pas commencer ! Il n’y a rien entre nous. Nous partageons juste le loyer, c’est tout.
Elle n’eut pas le temps de répondre car Brigitte revenait, un plateau chargé de toasts, d’olives et de chips dans les mains.
- Quel magnifique plateau ! S’exclama la mère.
- Je l’aime beaucoup en effet. Un souvenir de voyage.

Le repas se déroula ensuite dans la suspicion. La mère observa les jeunes gens et mangea du bout des dents tout en étant à l’affût du moindre signe de connivence entre eux.
Quand il rentra après l’avoir raccompagnée à la gare, Pierre s’affala sur le canapé en soufflant de soulagement.
- Bon, ça, c'est fait. Pas trop éprouvant Brigitte ?
- Mais non, ne t'inquiète pas. Elle t'aime, c'est tout. Dis, tu n'aurais pas vu le plateau ? Je ne le trouve plus...
Pierre fronça les sourcils. Non, il ne l’avait pas vu… Sa mère ? Cela ne pouvait être qu’elle. Il ne savait pas pourquoi mais il était persuadé qu’elle avait subtilisé le plateau. Que pouvait-elle donc manigancer ?
Le lendemain, après avoir cherché en vain le plateau dans toute la maison, il décida de lui téléphoner :
- Maman, n’aurais-tu pas, sans t’en rendre compte, par inadvertance, pris le plateau de Brigitte dans ton sac en partant ?
Tout en ricanant, elle riposta du tac au tac :
- Si Brigitte avait passé la nuit dans son lit, elle y aurait trouvé son plateau…
- Maman ! S’écria-t-il offusqué. Tu te mêles de ce qui ne te regarde pas ! A présent, cela suffit. J’arrive. Nous devons avoir une conversation tous les deux.
- Tu viens quand ?
- Je prends le prochain train. A tout à l'heure.
Et il raccrocha, tremblant de colère.

Imperturbable, sa mère se contenta de téléphoner à la SNCF :
- Bonjour Monsieur. Pourriez-vous me dire à quelle heure arrive le train de mon fils ?
 

Elle ne comprit pas ce que lui répondit l’employé apparemment agacé, mais elle aurait probablement le temps de préparer une tarte au citron, le dessert préféré de Pierre…


 
 
Copyright © 2008 Martine Rousset

 
Festival de Romans
  
Publié le 24 mars 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre
- Pssst !
- Qui me parle ? S’étonna le grand miroir joliment encastré dans un cadre de bois de châtaignier travaillé.
- C’est moi, l’horloge… Je m’ennuie… Lui répondit la vieille horloge comtoise.
- Il faut dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans la journée. Ils ne rentrent que le soir… Tu égrènes le temps pour rien ma pauvre.
- J’ai le devoir d’être à l’heure. Il me faut donc égrener les minutes pour faire des heures et les heures pour guider les occupants de cette maison.
- Tu ne t’arrêtes donc jamais ?
- Je ne peux pas. Je faillirais. Tout au plus avancer ou retarder de quelques instants. 
- Nous ne sommes pas mal ici. Il fait bon et c’est tranquille.
- Dis, tu n’en as pas marre de réfléchir ?
- Quelle idée. Et toi, en as-tu assez de compter ?
- Non… J’ai compté tant de choses. Des derniers soupirs. Des premiers cris. J’ai escorté beaucoup de vies tu sais. J’ai fait se rider tant de visages.
- Ces mêmes visages qui viennent se camper devant moi pour observer le résultat du temps que tu fais passer… Je révèle les rides que toi tu inspires.
- Même si je m’arrête, le temps passera malgré tout. Je ne suis qu’un instrument du temps.
- Ne t’arrête pas. J’aime bien ton tic-tac. Quand je l’entends, c’est qu’il y a le silence et personne dans la maison. Je n’ai donc pas à réfléchir.
- Serais-tu paresseux ?
- Pas du tout. Mais renvoyer l’image de celui qui passe est parfois fort triste. J’ai aperçu quelquefois des larmes jaillir des yeux de celui qui, tout à coup, décidait de scruter son visage. Certains n’aiment pas ou n’aiment plus leur image. Je ne peux rien y faire. Les gens changent…
- Je sais, je sais. C’est moi qui les fais changer.
- Cruel passe-temps que le tien, non ?
- Je ponctue aussi des moments de joie ! Certes, ceux-ci passeront mais à l’instant où ils sont là, le bonheur est accroché à mes aiguilles. Suspendu même parfois lorsqu’il s’agit d’un moment attendu.
- Je me suis toujours demandé si une petite heure était plus courte qu’une heure ?
- L’heure a la longueur de l’oubli. Elle passe rapidement pour celui qui l’utilise. Elle s’alourdit pour celui qui l’attend.
- Les heures perdues à les attendre… Quel gâchis…
- Et les heures gagnées à les atteindre ? Tu y as pensé ? Certains bonheurs valent bien quelques heures perdues. 
 

« Ce qui est visible n'est que le reflet de ce qui est invisible » (Rabbi Abba).

  

Copyright © 2008 Martine Rousset

 
Festival de Romans

Publié le 20 mars 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Gaie

La femme du roi Cynéras de Chypre se la pétait un peu. « Ma fille Smyrna est un canon ! Un sacré pezzu ! Plus belle qu’Aphrodite ! » Disait-elle à qui voulait l’entendre.

Bien évidemment, cela arriva aux oreilles d’Aphrodite qui, vexée, chercha à se venger. « Je suis une déesse, elle semble l’oublier. J’ai des pouvoirs. Cette dinde va me le payer ». La vantardise de cette femme lui avait coupé l’appétit et elle ne put terminer le hamburger aux quatre fromages encore tiède. Elle le posa rageusement sur la table et se concentra.


Là, il faut marquer une pause par discrétion et vous tourner dos à votre écran. Nous humains, n’avons pas le droit de savoir comment s’y prennent les déesses pour jeter des sorts. Voilà, c’est fait. Aphrodite a jeté son sort, vous pouvez regarder.


Aphrodite venait de mordre à nouveau dans son hamburger quand Smyrna se sentit soudain amoureuse. Le sort faisait son effet… Sauf qu’elle était amoureuse de son propre père, le roi Cynéras. N’importe nawak. Manque de chance, le roi avait abusé ce soir-là du Johnny Walker. Smyrna en profita allègrement. C’est ainsi qu’elle se retrouva avec un polichinelle dans le tiroir.


Smyrna, probablement blonde, ne parvint pas à garder le secret et balança la vérité à son père. Celui-ci, fou de rage, saisit une épée qui traînait par là (on trouve toujours à portée de main ce dont on a besoin dans les histoires) et voulut tuer sa fille.


Aphrodite ne voulait quand même pas en arriver là. Elle s’arrangea à l’instant crucial où la lame allait fendre en deux la tête de Smyrna, pour transformer la jeune femme en arbre. Normal. C’est donc le tronc que le roi fendit. Ouf. Mais là, ô surprise, un bébé sortit du tronc ! (Que celui qui a inventé cette histoire ne change surtout pas de dealer…). On ignore comment cela fut possible mais le roi ne vit pas l’enfant. Probablement son téléphone mobile qui sonna à cet instant. Quoi qu’il en soit, Aphrodite en profita pour prendre le bébé et le cacher dans un coffre. Le petit garçon s’appelait Adonis. Personne ne lui avait donné ce prénom, il était né comme ça.


Aphrodite confia le coffre à Perséphone, reine des Enfers, qui ne put s’empêcher de l’ouvrir. Forcément. Quand elle vit Adonis, elle s’extasia sur la beauté du bébé et décida de l’élever comme le sien dans son palais. Des années passèrent. Adonis était devenu un sublime jeune homme. Perséphone le jugea fort à son goût et décida de lui beurrer ses tartines tous les matins. C’était sans compter sur la ténacité d’Aphrodite qui, une fois l’orage passé, voulut récupérer Adonis.

- Rend-le moi ! C’est moi qui l’ai trouvé !

- Que nenni ! Lui répondit Perséphone, je le garde. Il est trop beau.

- Tu n’es qu’une… qu’une… Bafouilla Aphrodite de colère en cherchant l’insulte suprême, tu n’es qu’une Cro-Magnonne !

Elle pensa que son insulte était ridicule mais c’était la seule qui lui était venue…

Perséphone haussa les épaules et tourna les talons, plantant Aphrodite sur les marches du palais. Cette dernière eut juste le temps d’apercevoir le jeune homme et de sentir quelques gouttelettes de sueur couler sur ses tempes avant que la gigantesque porte ne se referme. « Argh. Quelle beauté ! » S’exclama-t-elle en s’essuyant le front.


Désemparée, Aphrodite en appela à Zeus.

- Si tu vois ça Zeus ! Il est tellement beau ! Et puis, tu aurais vu comme il m’a regardée !

- Je refuse d'être mêlé à cette histoire. La muse Calliope, qui préside le Tribunal Inférieur, tranchera.


Ce qui fut fait. Calliope estima que Perséphone et Aphrodite avaient sur Adonis des droits égaux et qu’elles se le partageraient (j’adore quand on parle d’homme objet, ça change). Cependant, Adonis devant pouvoir se reposer entre deux déesses, Calliope divisa l’année en trois parts égales. Une pour Perséphone, une pour Aphrodite et une pour se reposer.

Mais Aphrodite était une tricheuse (d’ailleurs, plus personne ne voulait jouer avec elle au Monopoly) : elle avait une ceinture magique (je veux la même), laquelle, quand elle la portait lui permettait d’avoir le pouvoir de persuader Adonis de lui consacrer sa part de repos. Elle parvint même à le persuader d’être désagréable avec Perséphone lors de la part que Calliope lui avait allouée.

Perséphone, toute tristounette, s’en alla sournoisement raconter ses misères à Arès, le dieu de la guerre mais également amant d’Aphrodite (elles ont la santé ces filles…).

- Tu te rends compte Arès ! Adonis préfère Aphrodite à moi ! Je l’ai élevé ! Nourri !

Arès rentra dans une colère noire.

- Aphrodite me trompe ! Je vais lui péter le nez à ce type ! Gratos en plus ! (Comme quoi, toutes époques confondues, on s’en est toujours pris à l’amant plutôt qu’au trompeur. Schéma classique depuis la nuit des temps…)


Le « pétage de nez gratos » ne se fit pas attendre. Alors qu’Adonis était parti chasser, un sanglier l’attaqua et le tua net. Le crime parfait. Aphrodite n’était pas loin et malgré les oreillettes de son MP3, elle entendit qu’il se passait quelque chose d’anormal. Elle s’élança vers son amant mais dans sa précipitation, se griffa le bras contre les épines d’un rosier blanc, la seule variété qui exista en ce temps-là. Et miracle, des roses rouges se mirent à pousser à chaque endroit où le sang d’Adonis avait touché le sol ! Incroyable.


Depuis ce jour, les roses rouges existent. Voilà, tout ça pour en arriver là.


Quelle histoire ! Envoyez-moi donc vos enfants, je me charge de leur raconter la mythologie grecque. Vous pouvez me faire confiance…





Copyright © 2008 Martine Rousset
Festival de Romans
Publié le 22 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Valentin est un gentil garçon. Licencié de son poste de comptable depuis quelques semaines pour des raisons économiques, il cherche un nouvel emploi. Il envoie des curriculum vitae, décroche quelques entretiens et reçoit autant de lettres lui annonçant que « votre candidature a fait l’objet de toute notre attention mais nous avons le regret de… ». Car à cinquante-deux ans, chercher un emploi, c’est comme faire un marathon avec des semelles de plomb… On ne gagne pas et on s’essouffle pour rien…

 

Quant à Yvette, son épouse, elle a le vent en poupe. Sa passion pour la cuisine gastronomique l’a incitée à créer sa petite société de traiteur à domicile, il y a de cela quatre ans. Elle passe ses journées à cuisiner des mets somptueux dans sa cuisine totalement réaménagée. Tout ce qui sort des fourneaux d’Yvette n’est pas seulement bon mais est aussi artistiquement présenté et nommé. Médaillon céleste de petits légumes, Bouchée divine de la mer sur son lit de cresson, Fondant paradisiaque aux deux chocolats sur sa mousse framboisée…  C’est ce qui a d’ailleurs fait le succès de sa petite entreprise. Parmi sa clientèle, elle compte des médecins, des avocats, des personnalités politiques et même quelques stars. C’est Quentin, un jeune homme qu’elle vient d’embaucher, qui s’occupe de la livraison.

 

La cuisine d’Yvette, ce sont des odeurs envoûtantes, des effluves tièdes et sucrées, des exhalaisons raffinées, des saveurs délicates, des mélanges époustouflants d’épices, des coulis flamboyants, des sauces subtiles… Et tout cela au nez et à la vue de Valentin, chômeur de son état…

 

Et depuis que Valentin ne travaille plus, entre deux entretiens d’embauche stériles, il goûte et se régale. Mais déjà enrobé par vingt années de bonne cuisine, Valentin s’arrondit encore. Ce qui, bien entendu, n’échappe pas à l’œil de lynx d’Yvette :

 

- Dis, mon écrevisse, tu es en train de virer à la langouste…

 

Mais la crevette en phase d’épanouissement ne résiste pas… Goûter et encore goûter jusqu’à se lever la nuit en catimini pour satisfaire ses papilles déchaînées.

 

Après un mois de dégustation intempestive, il avait pris dix kilos, au bout de deux, sa balance en affichait encore dix de plus… Yvette durcit alors le ton :

 

- Valentin ! Encore quelques temps, et je vais être mariée à une baleine ! Non ! J’ai épousé une crevette, je veux bien qu’elle soit devenue écrevisse mais arrête-toi là. J’aime pas les gros.

- Oh ma douceur ! Pour toi, je le ferai. Tu as raison, à partir de lundi, carottes râpées et œufs durs.

- Pourquoi lundi ?

- Euh… Je n’en sais rien. On commence toujours un lundi non ?

Yvette hésita un instant, sa cuillère de bois en suspend au-dessus de la casserole dans laquelle frémissait une sauce onctueuse aux échalotes :

- Non, aujourd’hui.

C’était sans appel.

 

Cependant, après quelques repas allégés que Valentin fut contraint d’avaler sans la moindre envie, Yvette surprit son mari, à deux heures du matin, caché dans la petite réserve attenant à la cuisine où se trouvaient un immense congélateur et de grandes étagères surchargées de bocaux soigneusement étiquetés, préparations destinées à sa clientèle. Il était si concentré sur la barquette de caviar d’aubergines décongelé au four à micro-ondes qu’il ne l’entendit pas arriver. Le « Tu l’auras voulu ! » d’Yvette le fit sursauter. Une miette d’aubergine glissant sur le menton, il bredouilla quelques excuses et penaud, retourna se coucher.

 

La réaction d’Yvette ne se fit pas attendre. Elle était plutôt du genre à prendre le taureau par les cornes la Yvette… et deux jours plus tard, un maçon réduisait l’encadrement de la porte de moitié !… Seule Yvette pouvait encore y passer…

 

Quant à Valentin, après avoir usé de stratagèmes invraisemblables dignes de Mac Gyver pour tenter d’attraper quelques victuailles sur les étagères inaccessibles de l’extérieur (il a même essayé l’aspirateur…), il finit par se résoudre à se serrer la ceinture. Et forcément, il se mit à maigrir… Mais il était encore loin de pouvoir passer par l’ouverture étroite de la réserve…

 

Et puis voilà. Yvette reçut ce fameux coup de téléphone qui devait changer sa vie. Un critique culinaire invité chez un de ses clients et qui s’extasia sur la qualité du repas… Le bouche à oreille… Ce grand chef étoilé qui s’intéressa à elle mais qui lui demanda de parfaire son art dans quelques cuisines asiatiques et orientales à l’étranger avant de rentrer dans ses rangs avec un salaire mirobolant… Trois petits mois de stages… La chance de sa vie. A saisir immédiatement ou à oublier pour toujours…

 

Et elle fonça… Elle prit le risque de « prêter » sa clientèle à son principal concurrent moyennant un pourcentage non négligeable, elle casa Quentin, son livreur, chez le pizzaïolo du coin, elle remplit les placards de la cuisine de plats cuisinés « Minceur », elle fit ses bagages, embrassa tendrement son Valentin et s’envola vers son destin.

 

Valentin n’eut donc d’autre choix que de se nourrir de plats qu'il jugea fades et insipides en lorgnant le congélateur et les bocaux qui le narguaient de l'autre côté de la porte étroite. Mais le jeu en valait la chandelle… C’est en tout cas ce dont il était persuadé, les yeux rivés à cette caverne d’Ali Baba (au rhum)… Il lui fallait maigrir… Aucun doute là-dessus même si la raison pour laquelle il devait le faire était différente de celle d’Yvette…

 

Et au trentième matin d’absence d’Yvette, enfin, après dix minutes de contorsion, il y parvint… Il se précipita sur les bocaux, s’installa à même le sol et s’en délecta. Le ventre alors trop tendu, il dût attendre le lendemain pour sortir… Et c’est là qu’il s’organisa : téléphone mobile, chargeur, sac de couchage, le pot de chambre gardé en souvenir de sa grand-mère, le four d’appoint remisé dans le garage, assiettes, couverts, bouquins.

 

Les jours et les nuits passèrent. Le congélateur se vida, les étagères s’allégèrent. Quant à Valentin, il se remplit et s’alourdit…


                                                        
v 

Yvette revint, trois mois de stages plus tard, fort inquiète de la voix étrange que Valentin avait au téléphone depuis quelques temps. « Il déprime, avait-elle pensé, il ne trouve pas de travail et ça lui donne du vague à l’âme… Ma pauvre écrevisse… Il est vraiment temps que je rentre... »

 

Dès qu’elle pénétra dans la maison, elle fut saisie par une puanteur inouïe. « Valentin ! C’est moi ! Où es-tu ? ». Seul le silence répondit.

 

Il était là, assis dans la réserve, énorme et enroulé dans un duvet crasseux. Près de lui, au milieu des détritus, gisait son pantalon à présent trop petit. L’endroit était d’une saleté repoussante. L’odeur était insoutenable. Yvette était clouée sur place.

- Mais… mais… Qu’est-ce que tu fais là ? Bredouilla-t-elle. Et comment as-tu pu rentrer sans casser la porte ?

Elle n’y comprenait rien. Valentin,  totalement hébété, roulait des yeux vides en direction de la voix qui semblait s’adresser à lui. Il resta affalé sur le sol, sans un geste, le visage éteint.

 

Il fallut casser la cloison pour l’en faire sortir et quand les infirmiers vinrent le chercher, il se laissa faire mais à cet instant-là, il formula ses premiers mots depuis le retour de sa femme et les derniers de son existence :

 

- J’ai pas trop aimé la Papillote de veau sauce fine au foie gras et morilles. Un soupçon trop gras…


                                                                                             v 

Personne ne sut jamais vraiment comment Valentin avait pu accéder à la réserve de sa divine cuisinière d’épouse. Comment imaginer qu’il avait été capable de tenir un régime par gourmandise ?

La gourmandise de Valentin était passée à l’obsession en prenant le chemin de la folie, sentier escarpé où les plus fragiles trébuchent.





 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 10 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Dans un premier temps, assurez vous que vous avez :

 

-          Une cuisine

-          Un four

-          Le Petit Larousse

-          Quelques ustensiles

-          Quelques ingrédients classiques

-          Une cerise confite.

 

Versez la moitié du paquet de 1 kg dans un ustensile concave. Creusez un cratère au centre de la petite montagne ainsi obtenue. Si besoin est, inspirez vous de la photographie de l’Etna page 1314 du Petit Larousse que vous avez peut-être déjà d’ailleurs sorti pour y chercher la définition du mot « concave ». Faites une pause pour admirer votre œuvre, puis laissez-y couler le liquide en un léger filet tout en remuant. Ajoutez le sachet en pluie fine et cristalline. Prenez le temps d’écouter les cristaux qui s’entrechoquent, c’est beau. Complétez d’un léger soupçon mais pas trop. Enfin, dans l’ordre, incorporez : un nuage, deux pincées et une rondelle finement coupée.

Mélangez énergiquement.

Saupoudrez soigneusement votre plan de travail sur environ 0,5 m². Déposez-y délicatement votre préparation et donnez lui la forme la plus appropriée à votre humeur du jour. Laissez agir l’artiste qui est en vous.

 

Versez le tout dans un ustensile résistant aux atmosphères torrides.

Faites cuire juste le temps qu’il faut. Profitez-en pour ranger votre Petit Larousse.

Laissez refroidir.

 

Déposez dans un ustensile plat et là, seulement à ce moment-là, ajoutez la cerise confite.



 

Copyright © 2008 Martine Rousset