Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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RENCARD : Le 30 août à ERSA pour NOIRS DE CORSE. C'est très beau Ersa. Et c'est beaucoup moins loin.
Martine : Hello Tassuad ! Alors rencard au Settembrinu (en août...) de Pero le 25 ! Combien de glaçons dans le pastis ?
tassuad : de retour de Marciac vu la programmation super
RENCARD : Le 22 août à ZONZA pour NOIRS DE CORSE. C'est beau Zonza. Mais c'est loin. Mais c'est beau.
RENCARD : Le 16 août à LEVIE pour NOIRS DE CORSE. On sait pas dans quel état, mais on y sera... Vivement les vacances...
RENCARD : Le 6 août à PORTO VECCHIO pour NOIRS DE CORSE... On y sera...
Martine : J'ai vérifié... Sacré Roger !
tassuad : il a écrit ricard tu peux verifier
Martine : C'est vrai ça... Y dit quoi Roger en hiéroglyphe ?
tassuad : en bretagne on préfère le blanc .... et noir autrement dit le gwen ha du
tassuad : qui a peut traduire les hieroglyphes
Martine : Bon alors je mets du roger au frais. A moins que tu ne préfères du rouse ?
tassuad : bien sûr ! il ne devrait pas nous dé...roger !!!
Martine : Yes Tassuad. C'est le prochain rencard... Avec l'apéro à Pero ? J'invite Roger ?
tassuad : settembrinu et cartoons in tavagna à partir du 25?
RENCARD : Le 2 août à Porticcio... Folle nuit blanche du noir...
Rencart : Canari le 15, au couvent
Rencard : : Place Foch à Ajaccio les 4, 5 et 6 juillet. Salon du polar et sortie de "Noirs de Corse - Piccule Fictions"...
Rencart : A Porto Vecchio le 21 pour le solstice et NDC
Owlette : Zab c'est une ode a ton ode qu'il faut faire. L'amour est a chaque ligne. Merci!
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Publié le 31 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
- Dis Maman, c’est loin le Paradis ? - Assez oui, ma fille… - Comme Bastia-Casamozza ? - On ne sait pas en fait, personne n’en est jamais revenu. - Mais ils y vont comment les gens ? - Euh… J’en sais rien. Avec des anges sûrement. - Ça existe un ange ? T’en as déjà vu en vrai ? - En vrai non. Ça doit bien exister pour emmener les gens au Paradis. - Et Dieu, c’est le patron hein ? - Tout à fait ma chérie. - C’était qui la mère de Dieu ? Tu la connais ? - C’est la Vierge Marie mais je ne la connais pas personnellement. - Faut faire quoi pour aller au Paradis ? - Il faut être sage et bon… - Ça compte les bêtises à l’école ? - Pourquoi toutes ces questions ? - Je veux une console de jeu pour mon anniversaire. Tu crois qu’il sera d’accord Dieu ? - Eh bien, il faudrait lui demander… - Et toi ? T’en penses quoi ? - Si il a su que tu avais enfermé Julie pendant deux heures dans les toilettes parce qu’elle ne voulait pas jouer à la marelle, que tu avais dégonflé les pneus de la voiture de ton institutrice parce que tu avais eu un zéro en dictée et que tu avais mis les petits pois dans les poches de la veste du surveillant à la cantine… - Tu sais bien que j’aime pas les petits pois ! Il m’obligeait à les manger. - Oui mais n’empêche que si Dieu sait tout cela, tu n’auras pas de console de jeu ! - Maman ? - Oui ! Quoi encore ? - Je voudrais aller à l’église. C’est moins loin que le Paradis. - Ah ! Enfin une bonne parole ma fille ! D’accord. Je dois aller l’épicerie à côté de l’église, je t’y laisserai quelques minutes le temps de faire quelques courses. Comme convenu, la mère laissa sa fille entrer dans l’église et se rendit dans le petit commerce à deux pas de l’édifice. La petite pénétra dans l’allée entre les bancs et aperçut une petite statue de la Vierge dans l’une des chapelles latérales. Elle jeta un regard circulaire, ne vit personne et en un éclair, courut s’emparer de la statue. Elle la cacha sous son manteau et attendit sa mère, l’air angélique, assise sur les marches de l’église. - Ça y’est ? Tu as prié ? - Oui Maman. - C’est bien ma fille. Je suis fière de toi. - Je l’aurai ma console ? - Ecris donc une lettre à Dieu et demande lui toi-même ! Tu verras si il t’as entendue. La petite fille rentra chez elle, s’enferma dans sa chambre, sortit la statuette et la cacha sous son matelas. Puis, elle arracha une feuille à son cahier de calcul et écrivit : « Monsieur Dieu, Je vous préviens que j’ai votre mère. Si vous voulez la revoir, envoyez-moi ma console. »
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 28 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Je suis toujours en rogne, toujours prêt à mordre. La teigne, quoi. Je n’aime pas les gens plus heureux que moi, ils m’agacent. Quand tout va bien autour de moi, je m’arrange pour que cela ne dure pas. Et quand je suis de mauvaise humeur, je me défoule sur tout ce qui passe. L’autre fois, alors que ma journée avait mal commencé car je n’arrivais pas à mettre la main sur la clef de la boîte aux lettres, j’étais stressé, énervé, irrité, crispé. Les nerfs tellement à ras de l’épiderme que j'en avais les poils des bras qui frisaient. Il me fallait me défouler. C’était vital. « Ou tu te défoules ou tu pètes un câble » me suis-je dit.
J’ai eu l’idée de casser les pieds à quelqu’un au téléphone. Quelqu’un que je ne connaissais pas. Un numéro au hasard comme cela m’arrive parfois. J’ai d’abord composé les quatre premiers chiffres de ma région pour être certain que la communication ne me coûte pas trop cher, et j’ai tapoté les six suivants au hasard. J’en ricanais d’avance. - Allo ? M’a répondu une voix masculine si sereine qu’elle en est devenue immédiatement insupportable. - Ici France Telecom. Je vous appelle pour savoir si vous connaissez notre service d’affichage du numéro ? - Non… - Quand votre téléphone sonne vous ne savez donc pas qui vous appelle ? - Non… J’exultais. J’étais tombé du premier coup chez une victime idéale. - Alors vous une êtes une truffe ! Une truffe monsieur ! Ça fait quel effet d’être une grosse truffe ? Après un moment d’hésitation, le type a raccroché. J’ai noté son numéro qui s’était affiché sur mon cadran et à côté, j’ai écrit « Truffe ». Pour le plaisir, j’ai rappelé une seconde fois et dès que l’homme a décroché j’ai crié « Grosse truffe qui pue ! » et j’ai immédiatement reposé le combiné. Oh que c’est bon. Mes nerfs s’étaient calmés et je pouvais aller chercher mon pain à la boulangerie comme chaque matin. Mais à peine sorti de chez moi, un abruti a failli m’écraser au volant d’une Clio minable. Il s’est arrêté soi-disant pour s’excuser de son écart mais je suis certain que pour lui, c’était un jeu. Je l’ai tellement insulté qu’il n’a pas insisté et est reparti. Mais juste avant qu’il ne redémarre, j’ai aperçu une petite affiche sur son pare-brise arrière où était inscrit « A vendre » suivi d’un numéro de téléphone. J’ai mémorisé le numéro. J’ai bonne mémoire, c’est facile. Je suis allé acheter ma baguette et je suis rentré à la maison. J’ai soigneusement noté le numéro avec la mention « truffe potentielle ». J’ai attendu le soir, j’ai croisé les doigts, retenu ma respiration et appelé le numéro en appel masqué. - Allo ? Est-ce bien vous qui vendez une Clio noire ? - Tout à fait. Vous êtes intéressé ? - Peut-être oui mais d’abord, j’aimerais la voir. C’est possible ? - Bien sûr. Vous avez de quoi noter ? J’ai rayé « potentielle » sur mon papier et juste au-dessus j’ai ajouté « n° 2 ». - J’ai ce qu’il faut. Je vous écoute. - 6 avenue des Cerisiers à Noisand le Gris, juste derrière la gare. C’est un pavillon rose avec un portail en fer forgé. La voiture est garée juste devant. - Je viendrai ce soir. A quelle heure ? - Je suis chez moi, je ne bouge pas, quand vous voulez. - Parfait Monsieur… Monsieur ? - François Dupont. C’est le moment… Je sais que c’est le moment. - François ? Puis-je vous dire quelque chose ? - Euh… oui… - François, tu es une truffe, une grosse truffe qui pue. Et j’ai raccroché, hilare. Nom de Dieu, que cela fait du bien. Oh, que c'est bon.
J’ai ensuite composé le numéro de ma truffe n° 1. - Oui ? - Alors la truffe ? Toujours là ? - Vous allez oublier mon numéro espèce d’abruti, parce que sinon… Et d’abord, si vous avez du cran, dites moi qui vous êtes ! Dégonflé va ! C’est facile d’appeler les gens comme ça ! Truffe toi-même ! - Oui, la truffe, j’ai du cran. Je m’appelle François Dupont, j’habite 6 avenue des Cerisiers à Noisand le Gris, juste derrière la gare. C’est un pavillon rose avec un portail en fer forgé. Voilà, si tu veux me trouver, viens ! Je t’attends. - J’arrive ! - Truffe. Et j’ai reposé le combiné, secoué par un fou rire. Oh, que c'est bon.
Enfin, j’allais pouvoir apprécier et me délecter de la suite. Je suis sorti téléphoner d’une cabine à l’autre bout de la ville. J’ai appelé la gendarmerie en leur expliquant que j’habitais 6 avenue des Cerisiers à Noisand le Gris et que j’allais assassiner mon amant, un homosexuel peu fidèle. J’ai ensuite téléphoné au commissariat de police pour les informer qu’un affrontement incroyable entre bandes rivales à moto avait lieu devant le 6 avenue des Cerisiers. J’ai pris ma 306 et je me suis rendu à proximité de la rue des Cerisiers. Je me suis garé, je suis sorti de la voiture et je me suis dirigé vers le numéro 6 en faisant « le passant qui passe ». Et là, j’ai pu voir deux truffes qui se décrochaient la mâchoire à coup de poings sanglants, quatre voitures de patrouille, un hélicoptère de la gendarmerie ainsi qu’une équipe de télévision. Oh, que c'était bon.
Maintenant, ça va beaucoup mieux. En plus, j’ai retrouvé la clef de la boîte aux lettres.
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 21 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique
Moi, c’est Youki et j’ai trois ans. Youki, épagneul bretonnant par ma mère. Mon père reste un mystère. Probablement un frisé aux oreilles dressées vu mes bouclettes et mon oreille droite. La gauche, c’est celle de ma mère. Tombante et frémissante. J’ai également hérité de ma mère l’art de l’arrêt. Mes arrêts sur les mouches sont une pure merveille et d’une efficacité absolue. Aucune ne me résiste. J’observe d’ailleurs le même don chez mon humain quand une humaine traverse son champ de vision. Serions-nous cousins ? Enfin, mes humains sont des gens sympas, un peu encombrants mais sympas. Le matin, c’est mon humaine qui me réveille. Elle m’extrait du canapé avec douceur en me disant invariablement « Qu’est-ce que tu fais là ? Si ton père te voyait ! Descend tout de suite ! ». Mon père ! Comment connaîtrait-elle mon père ? Je sais très bien qu’elle cherche simplement à me faire peur. Or, cela me laisse de marbre. Mais je descends. Il est hors de question que je contrarie celle qui est rattachée aux mains qui ouvrent mes boîtes de Canigou. Je descends, je m’étire, je fais quelques pas et je me recouche sur le tapis du salon jusqu’à ce que mon humain claironne « Allez Youki ! Au pissou ! ». J’ignore ce qu’est le « pissou » pour un humain mais il est en tout cas un sésame qui m’ouvre la porte d’entrée. J’adore ce moment où les odeurs de la nuit sont encore suspendues aux lauriers roses et aux enjoliveurs des voitures de la résidence. Parfois je croise Nounouche, la petite cocker golden prétentieuse du second, promenant son humaine au bout d’une laisse. Elle n’a pas l’air de vouloir avancer car Nounouche la tire de toutes ses forces, les oreilles balayant le sol et laissant derrière elle deux traînées sur le gravier du parking. Si je dis que Nounouche est prétentieuse, c’est que lorsque je l’approche pour renifler les nouveautés du jour, elle me montre systématiquement les crocs en me tançant d’un regard biaiseur. Je préfère Pèpète la caniche blanche. Elle, au moins, elle ne dit rien vu qu’elle promène son pouic coincé entre ses dents. Je fais ensuite ma tournée d’odeurs et lève la patte sur chacune d’entre elles. J’aime bien quand ça sent le moi. Ça me rassure. Lorsque j’entends siffler, je dois rentrer. Et même si je traînerais bien encore dans le quartier, j’obtempère. La seule fois où j’ai ignoré le sifflement de mon humain, cela m’a valut la honte de ma vie. Je l’ai entendu arriver derrière moi mais j’ai gardé la truffe collée au pied du réverbère, genre décontracté. Ulysse, le berger allemand du bâtiment D23 promenait son humain en laisse à deux pas de moi et je le faisais bisquer en lui montrant bien que je pouvais renifler à loisir, sans laisse et sans humain à traîner. Et là, vous savez ce qu’il a dit mon humain, juste devant l’autre qui, évidemment, me regardait à ce moment-là ? Il a dit : « Espèce de bâtard, tu vas rentrer ? » Espèce de bâtard… Le mot qui fâche… Le mot qui fait rire les Rintintin à pedigree… Moi l’épagneul bretonnant de l’oreille gauche… Je suis rentré mais une fois à la maison, je lui ai planqué sa basket droite sous le buffet de la cuisine et je suis allé me coucher l’air détaché dans mon panier. Voilà. Fallait pas m’appeler « bâtard » devant le Ulysse des Monts Fleuris de Jouvence, champion de beauté du Périgord. Quelle truffe. S’ensuit une longue journée de farniente pendant laquelle mes humains partent au « sois-sage-on-va-gagner-ta-gamelle-et-ne-grimpe-pas-sur-le-canapé ». Je passe alors du fauteuil au canapé puis du lit au fauteuil et je recommence. Quand j’entends le cliquetis de la clef dans la serrure, je détale vers mon panier où je fais semblant de dormir. C’est l’heure où il est hors de question de contrarier qui que ce soit vu que mon repas arrivera dans le quart d’heure qui suivra. Je leur montre d’ailleurs avec effusion que je suis ravi de les voir, poussant le vice jusqu’à aller chercher leurs chaussons l’un après l’autre. Juste après le « pissou » qui ouvre la porte d’entrée et mon inspection d’odeurs autour de l’immeuble, je rentre au premier sifflet. Ma gamelle est là et elle m’attend. Ça creuse, le reniflage. Un chien de passage invité chez les humains du dernier étage m’a dit un jour qu’il vivait à la campagne, rongeait des os et poursuivait du gibier. Il y en a qui n’ont vraiment pas de chance. Une vie sans canapé, comment est-ce possible ? Et puis d’abord, c’est quoi du « gibier » ? Et la « campagne » ? Pour l’os, je sais, mon pouic en a la forme…
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 18 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre
Deux regards se croisent, s’intéressent. Une émotion court alors sur un fil imperceptible, s’étirant en fines gouttelettes étonnées. Attirance de quatre yeux le temps d’une fraction de seconde pendant laquelle le monde n’existe plus. Juste les yeux de l’autre dans lesquels chacun décèle un je-ne-sais-quoi, un quelque chose, un peut-être. Regard fugace inoubliable parce qu’intense. Trouble indicible. Mise à nu de chacun. Puis le monde se redessine tout autour d’eux et existe à nouveau. L’instant est passé et seul son souvenir leur appartient. Un regard de détresse qui vous accroche. Lorsque les yeux resteront baissés, il sera trop tard. L’abandon aura absorbé l’énergie chétive qu’il restait à l’appel. Cette âme au regard perdu sera encore là mais elle aura renoncé. Regard inquisiteur parfois gênant, qui cherche et qui creuse l’autre. Regard acéré qui entaille et dérange. Regard interrogateur et affamé qui attend d’être rassasié. Les yeux chargés de questions hèlent l’autre, figés et arrondis par l’expectative de laquelle ils veulent s’échapper. Regard amusé et plissé, sans rien attendre sinon de l’être souvent. Regard haineux qui, par son intensité, croit détruire ou effacer l’autre. Regard vissant. Regard fuyant qui s’échappe sans affronter, sans transmettre. Par crainte ou par mépris. Regard virgule, regard apostrophe, regard exclamation, regard interrogation, regard suspension. Regards ponctuant qui en disent long sans un mot. Regards que nous tentons de décrire en vain. Regards dont l’incommensurabilité échappe à la plume. Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 15 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Trop c’est trop. Deux bigoudis, encore ça va. Ça se digère bien même au pluriel. Mais voilà qu’il me restait dans le placard un paquet de ukulélés… Et là, les accents aigus, je ne les supporte pas. Mais vu que j’ai un mal fou à résister aux « k », j’ai craqué… Un jour, un accent circonflexe est resté coincé en travers de ma gorge après avoir ingurgité un mât. « Vous en avez besoin de suite ? », a alors demandé l’accentopathe qui m’a auscultée. « C’est-à-dire que j’ai un mâtin sans chapeau qui souffre dans mon placard et je crains qu’il ne passe pas midi. » Ai-je objecté. Convaincu par mon argument, le spécialiste m’a extrait l’accent circonflexe avec une désaccentueuse. Depuis, je privilégie le diplomate et le mur plutôt que le diplôme et la mûre. Chaque samedi, je fais mes courses au Géant Casimots. Je prépare consciencieusement ma liste et de rayon en rayon, je remplis mon caddie. Je profite de quelques promotions au passage telle une phrase entière au pluriel au prix du singulier. Je m’accorde un pack de kayaks, un kilo de kopecks ou parfois même un okapi s’il en est d’abordable. L’une de mes amies a beaucoup moins de chance que moi car le moindre mammouth la fait grossir. Elle est contrainte de suivre un régime perpétuel de mots courts. Il est fort attristant de la voir picorer un jet alors que je m’empiffre de supersoniques. Elle ne s’octroie un pluriel que le dimanche midi. Je reste en revanche prudente sur certains mots, notamment ceux à la racine douteuse. J’ai d’ailleurs remisé à la cave plusieurs caisses de boomerangs, de pull-overs, de cow-boys et de week-ends. On ne sait jamais. Et lorsque je pars en promenade, j’emmène avec moi quelques abréviations peu encombrantes que je glisse dans mon sac à dos. Une fois n’est pas coutume et quelques CQFD, PS ou NB font un excellent pique-nique. Je dois vous laisser car ce soir, je reçois des amis à dîner et il me faut réfléchir à ce que je vais leur servir : cataplasme ou cataclysme ? Le « y » est de bon ton mais les trois « a » font leur effet. J’hésite.
Copyright © 2008 Martine Rousset
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