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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
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Chicon : con bon comme la romaine et chiant qui fait des salades.
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Publié le 15 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Trop c’est trop. Deux bigoudis, encore ça va. Ça se digère bien même au pluriel. Mais voilà qu’il me restait dans le placard un paquet de ukulélés… Et là, les accents aigus, je ne les supporte pas. Mais vu que j’ai un mal fou à résister aux « k », j’ai craqué…

 

Un jour, un accent circonflexe est resté coincé en travers de ma gorge après avoir ingurgité un mât. « Vous en avez besoin de suite ? », a alors demandé l’accentopathe qui m’a auscultée. « C’est-à-dire que j’ai un mâtin sans chapeau qui souffre dans mon placard et je crains qu’il ne passe pas midi. » Ai-je objecté. Convaincu par mon argument, le spécialiste m’a extrait l’accent circonflexe avec une désaccentueuse. Depuis, je privilégie le diplomate et le mur plutôt que le diplôme et la mûre.

 

Chaque samedi, je fais mes courses au Géant Casimots. Je prépare consciencieusement ma liste et de rayon en rayon, je remplis mon caddie. Je profite de quelques promotions au passage telle une phrase entière au pluriel au prix du singulier. Je m’accorde un pack de kayaks, un kilo de kopecks ou parfois même un okapi s’il en est d’abordable.

 

L’une de mes amies a beaucoup moins de chance que moi car le moindre mammouth la fait grossir. Elle est contrainte de suivre un régime perpétuel de mots courts. Il est fort attristant de la voir picorer un jet alors que je m’empiffre de supersoniques. Elle ne s’octroie un pluriel que le dimanche midi.

 

Je reste en revanche prudente sur certains mots, notamment ceux à la racine douteuse. J’ai d’ailleurs remisé à la cave plusieurs caisses de boomerangs, de pull-overs, de cow-boys et de week-ends. On ne sait jamais.

 

Et lorsque je pars en promenade, j’emmène avec moi quelques abréviations peu encombrantes que je glisse dans mon sac à dos. Une fois n’est pas coutume et quelques CQFD, PS ou NB font un excellent pique-nique.

 

Je dois vous laisser car ce soir, je reçois des amis à dîner et il me faut réfléchir à ce que je vais leur servir : cataplasme ou cataclysme ? Le « y » est de bon ton mais les trois « a » font leur effet. J’hésite.



 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 14 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique

- Dis, Maman, quelque chose me vient à l’esprit…

- Quoi donc Papa ?

- Il faut penser à tout je crois. Nous avons pensé à faire notre vie et il me semble qu’à présent il serait utile de préparer notre mort.

- Papa ! S’indigna Lucienne, tu n’as rien d’autre à dire de plus amusant ?

- Pourtant il faut bien que nous y songions. Il ne faudrait pas que nos enfants soient tourmentés par nos obsèques. Et puis, si nous y songeons avant, cela nous permet de programmer dès à présent la façon dont elles se dérouleront et au moins, elles seront réussies. Tu ne crois pas ?

 

Louis attendait que sa femme digère ce qu’il venait de lui dire. Il l’observait par-dessus ses lunettes. Elle réfléchit un instant, puis :

- Ma foi, d’y penser ne nous oblige pas à mourir… C’est peut-être finalement une bonne chose. Tu le voudrais comment ton enterrement toi ?

- Oh, simple. Je pourrais inviter juste notre famille, quelques voisins et amis, et c’est tout. Mais pas cet âne de Gontran ! Depuis l’histoire de la clôture sur le terrain, il ne mérite même pas de profiter du verre de blanc que l’on servira à mon apéritif d’adieu.

- Un apéritif d’adieu ? Pour quoi faire ?

- Pour que les gens s’en jettent un petit derrière la cravate en pensant à moi pardi !

- Et si on se faisait incinérer ? Cela coûterait probablement moins cher.

- Ah non ! Je crains la chaleur, tu le sais bien. Je veux un beau cercueil. Un en chêne mais pour les poignées, j’hésite... Tu vois, j’y verrais bien les poignées de la commode de notre chambre.

- Et comment je l’ouvre la commode si tu meurs avant moi ?

- Zut, je n’y avais pas pensé.

 

Lucienne se souvint soudain qu’elle avait aperçu une publicité avec le mot « obsèques » dans le programme de télévision. Elle alla le chercher, le posa sur la table de la cuisine, s’installa sur la chaise en bois et feuilleta le journal. Quand elle l’eut trouvée, elle tira une autre chaise près d’elle et demanda à Louis de la rejoindre en tapotant du plat de la main sur la chaise.

 

Ils étaient à présent tous deux côte à côte, le nez penché sur la page qui titrait en grosses lettres « Convention Obsèques ». Lucienne s’écria soudain :

- Regarde Papa ! Ils acceptent de nous prendre sans examen médical ! On a le choix de mourir malade ou en bonne santé. C’est formidable ça.

- Je préfère mourir en bonne santé moi.

- Tu as raison, moi aussi. Ça fait plus propre. Mais dis, tu vas être habillé comment ? Ton costume gris ?

- Tout à fait, celui du mariage de Simone. Il ne faudra pas oublier les bretelles d’ailleurs, sinon le pantalon à tendance à descendre…

Lucienne était songeuse. A ses sourcils froncés, on devinait que quelque chose la perturbait.

- Je vais m’acheter une robe. Lança-t-elle soudain. Il me faut une robe qui ira avec mon foulard Dior. J’irai voir en ville demain matin.

Satisfaite de cette décision, elle continua consciencieusement la lecture de l’article. Ils en commentèrent chaque point, s’accordant à trouver la proposition extraordinaire.

- Regarde Maman, il y a un coupon à découper pour demander une documentation. On découpe ?

- Allez ! Il est écrit en plus que c’est sans engagement de notre part ! Tu vois, on n’est pas obligés de mourir. Et puis ils offrent un cadeau aussi, regarde l’image ! Une montre !

- Cela doit être une montre spéciale qui t’indique à quelle heure il faut mourir. Il faut pas que tout le monde meure en même temps sinon ils ne vont pas s’en sortir. Et puis, il est écrit qu’elle est garantie deux ans. Ça nous laisse le temps.

- C’est bien pour les enfants tout ça. On va dire tout ce qu’on veut à Monsieur Obsèques et ils seront tranquilles. Le petit tableau dit qu’on ne paiera que 20 euros par mois pour nous deux pendant 10 ans.

 

Louis leva alors la tête et se rejeta en arrière sur le dossier de la chaise. Il resta ainsi quelques secondes le nez en l’air et le regard dans le vague vers le plafond. Seuls ses doigts qui se dressaient les uns après les autres laissaient imaginer qu’il comptait...

Il reposa les mains sur ses genoux et se tourna vers Lucienne :

- Finalement, j’en sais rien… Et si on partait en croisière pour ce prix-là ?

Le visage de Lucienne s’illumina.

- Quelle bonne idée Papa ! Et puis les enfants ne sauront pas avec quel argent on paiera le voyage…



 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 07 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Brave les nuages, chasse l’hiver et chauffe mes os.
Allez viens, mord ma peau.
Dessèche le maquis et rend lui ses odeurs enchanteresses.
Calque les gouttes séchées des carreaux
dans les fibres offertes des voilages,
que je les voie une à une comme des souvenirs à effacer.
Donne des coups d’épées dans le ciel
jusqu’à ce que les estafilades ne puissent plus cicatriser.
Apaise les affres de la terre.

Adoucis et alanguis mes matins.
Enveloppe mes nuits de tiédeur ouatée.

Distribue tes jaunes de paille.
Fais chanter le jour aux cigales et la nuit aux grillons.
Brouille la ligne d’horizon de ta chaleur qui plombe.  
Brûle les vieilles pierres des maisons.
Assomme leurs toits de lauzes.

D’un revers de rayon, envoie au grenier chandails et écharpes.
Amène la soie légère qui bruisse à peine sur les corps.

Fais danser les particules de poussière suspendues à ton faisceau. Comble de lumière chaque faille et chaque fissure
sans oublier celles de mon âme transie.

Egaie les soirées et fais résonner les rires vers l’infini du ciel.
Réchauffe l’eau des orages.

Fais filer les étoiles sous la voûte pailletée.

 

Soleil.
Etoile paradoxale.
Ennemie et amie.
Que l’on craint et que l’on cherche.
Qui détruit et régénère.

 

T’attendre et t’attendre encore en n’y pouvant rien,
sinon patienter les mains au-dessus des flammes d'un feu de bois.


 

 
« Hymne au soleil », peinture sur bois,  par Arle, 2007


Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 06 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Sur le sentier recouvert de feuilles de chênes humides, le Petit Chaperon Rouge, son panier accroché à son bras, sautillait en chantonnant. Elle amenait à sa Mère Grand une galette parce que c’était l’Epiphanie et un pot de beurre car sa Mère Grand n’avait pas de cholestérol. Les arbres lançaient les ombres hostiles de leurs branches crochues au-dessus de sa tête, frôlaient sa cape rouge, menaçaient ses joues mais la petite fille poursuivit sa route sans s’en inquiéter le moins du monde. Elle prenait fréquemment ce chemin et le connaissait par cœur.

 

« Tralala la laiiiire » Chantait-elle gaiement lorsqu’elle aperçut soudain une touffe de poils qui dépassait du tronc d’un bouleau. Elle ralentit et risqua la pointe de son nez derrière l’arbre. « Oooh ! Monsieur le loup ! S’écria-t-elle étonnée, comme vous avez de grands yeux ! ».

 

Le loup, pris de panique, s’enfuit alors en détalant à fond de train. La fillette, quoique surprise, continua néanmoins son chemin. « Tralala la laiiiire » Poursuivit-elle. Sa voix résonnait parmi les coucous et les hiboux qui lançaient en rimant leurs « houuuu » et leur « coucouuuu ». La musique était guillerette et donnait une ambiance de fête à la forêt malgré l’hiver.

 

Quelques instants plus tard, au détour d’un rocher, le Petit Chaperon Rouge vit à nouveau le loup. Elle s’arrêta et l’observa, penchée vers le rocher. « Ooooh ! Monsieur le loup ! Comme vous avez de grandes oreilles ! ». Une fois encore, le loup détala immédiatement. La petite était fort perplexe mais elle devait amener la galette à sa Mère Grand et ne tarda pas à reprendre le petit sentier qui sillonnait la forêt et qui la mènerait vers la chaumière de son aïeule.

 

Au troisième « Tralala la laiiiire », elle entendit un bruit dans un buisson à proximité du chemin. Elle posa son panier et curieuse, s’approcha du buisson. La truffe du loup apparut entre deux branchettes. « Ooooh ! Monsieur le loup !  Comme vous avez de grandes dents ! ».

 

Et là, le loup se mit dans une colère noire. Les yeux injectés de sang et la babine révulsée, il se mit à hurler : « On ne peut plus chier tranquillement maintenant ? »

 

Voilà pourquoi la Mère Grand a pu manger sa galette le jour de l’Epiphanie.

Publié le 23 décembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Comment est-ce arrivé ? Je n’en sais rien. Je ne me souviens plus de rien. Je sais simplement qu’un matin, je brillais de mes mille feux sur le macadam de l’avenue principale d’une ville que je ne connaissais pas. Je rutilais. J’étincelais. Je rayonnais. Un vrai sou neuf que j’étais, moi la pièce d’un euro fraîchement fabriquée.

 

Quand un homme me ramassa, il me jeta précipitamment dans la poche de son pantalon. Coincée entre un Kleenex et un ticket de bus, j’attendais fébrilement qu’il se passe quelque chose. Je n’attendis pas longtemps. Deux gros doigts m’attrapèrent fermement et me déposèrent dans une main qui sentait le pain et la pâte feuilletée. Une seconde plus tard, j’atterris sur un tas de mes congénères. L’une d’elle m’interpella :

- Oh ! Tu brilles ! T’es toute neuve ?

- Oui madame. Lui répondis-je solennellement.

- C’est le début de ton voyage alors ! Tu verras, tu ne resteras pas longtemps ici.

A peine eut-elle terminé sa phrase que la main à l’odeur de pain et de pâte feuilletée s’empara à nouveau de moi.

Des doigts noueux et tremblants me saisirent et me glissèrent dans un petit porte-monnaie noir et usé où je rejoignis quelques petites pièces jaunes à l’allure tristounette. La vieille dame à laquelle il appartenait en vida le contenu le soir sur la table de sa cuisine et nous rassemblant toutes, nous compta plusieurs fois. Puis en soupirant, elle nous renvoya dans sa petite escarcelle.

Je ne su jamais la raison de son soupir. Le lendemain j’étais déjà échangée contre une botte de poireaux. Puis dans la même journée, je voyageai d’une poche pleine de miettes vers un portefeuille élégant. Puis ce fut une main d’enfant qui me serra jusqu’à m’étouffer pendant un temps interminable dont je ne fus libérée que contre deux Carambars.

 

Je bourlinguai ainsi pendant de longs mois abandonnant un peu de ma brillance à chacune de mes étapes. Je n’étais plus un sou neuf. J’avais terni et j’avais une odeur.

J’ai végété dans des tirelires peu confortables. Je suis passé dans d’autres pays pour finalement revenir dans le mien. J’ai aussi vécu d’étranges aventures comme celle où, déposée par une main pieuse dans le tronc d’une église, j’en ressorti poisseuse, collée à un caramel qu’un galopin avait attaché à une ficelle.

 

Aujourd’hui, je fais office de cale sous le pied d’un buffet. Je ne me plains pas car j’aperçois la vie de l’endroit où je me trouve. J’aurais pu finir sous le matelas d’un grippe-sou et ne plus jamais voir personne.