Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
Noter ce blog :
3 connectés
41292 visiteurs
Rencard : : Place Foch à Ajaccio les 4, 5 et 6 juillet. Salon du polar et sortie de "Noirs de Corse - Piccule Fictions"...
Rencart : A Porto Vecchio le 21 pour le solstice et NDC
Owlette : Zab c'est une ode a ton ode qu'il faut faire. L'amour est a chaque ligne. Merci!
Canard(e) : Ca sent l'Air Week end. Sévère, mais juste, la Martine. Mais tous les seniors ne se ressemblent pas, Princesse...
503 : Plus que quelques jours pour la souscription...
Roger : ou je tringle ou je me flingue...
483 : Allez faites un effort
1 policier : Je suis pas commissaire comme Flippi mais si Hugues se nomme Capet, il pourrait être le père d'Adrienne... mais on me demmandera pas mon avis...
Juge Epart : Voilà un procés exemplaire qui se profile à l'horizon. Tous suscpects. Sauf bien sur Filippi.
Tripoli : Trois monopolis
PolieTique : Insecte parasite du veau et du mouton de Panurge
Polisson : pratique l'érotisme
Erotisme : Luxure polie
Crocodile : Si Ben a raison, c'est Dali qu'a tort...
Mulot : rat Duchamp
463 : N'attendez plus. Souscrivez maintenant
451 : La souscription pour Noirs de Corse Piccule fictions a besoin de vous
Babar : Je ne suis pas Tarzan pour sauter d'un arbre dans un trou de souris... j'attends un parachute ou l'automne.
Souricette : Babar c pas confortable une feuille viens me rejoindre avant l'automne!
Cancan : Candide? Qu'en dis-tu? Et qu'en dira le qu'en dira-t-on? Qu'en dit le candidat? Qu'en dis-je, moi-même? Il faudrait être candide pour y croire.
|
<
|
Jui. 2008 |
|
| L |
M |
M |
J |
V |
S |
D |
| | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | | 28 | 29 | 30 | 31 | | | |
|
Publié le 11 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
A dix heures vingt, un fourgon ralentissait sur la chaussée. Le passager, un petit homme tout sec et gringalet, descendit prestement du véhicule, un papier à la main.
Machinalement, Olive regarda les pieds du livreur. Propres et secs. « Au moins ça » pensa-t-elle. Le chauffeur, frisant probablement l’âge de la retraite, descendit à son tour de la camionnette et déverrouilla les portes à l’arrière. Ses pieds plurent également à la concierge.
La livraison ne dura pas plus de trente minutes pendant lesquelles Madame Lelièvre ne les quitta pas d’une semelle, évaluant avec eux la largeur des escaliers, commentant le poids du canapé et leur tenant ouverte la porte d’entrée de Madame Testard, laquelle porte tenait pourtant ouverte toute seule. Madame Testard réceptionna son nouveau mobilier et signa le bon de livraison tandis que Madame Lelièvre jetait un petit coup d’œil environnant dans l’appartement.
Jeudi 9 octobre Les Testard du troisième gauche ont reçu leur nouveau salon. J’ai vu la facture sur la table de la salle à manger. Ils ont les moyens. On dirait pas à voir comme ça. Monsieur Legoff du premier droite a encore reçu deux lettres de réponses à son annonce. Ça fait cinq ! J’espère qu’il a la santé le vieux schnock. Madame Frison a reçu son amant de quatorze heures vingt-cinq à seize heures cinquante. Cette fois, j’ai vu le type se garer. J’ai noté son numéro d’immatriculation, on ne sait jamais. 2907 GPM 92. La veuve du deuxième gauche a reçu une visite bizarre tôt ce matin. Un homme en costume avec une sacoche noire. Il avait une tête pas sympathique. Je n’ai pas réussi à entendre ce qu’ils disaient. J’ai toujours la migraine. Il va falloir que j’aille chez l’ophtalmo.
Quand Olive Lelièvre se réveilla le vendredi matin, elle ne parvint pas à se lever tant sa tête la faisait souffrir. Cinq minutes plus tard, elle était morte.
Tous les habitants du 3 rue Jacques Callot étaient présents à l’enterrement d’Olive Lelièvre. Quand ils apprirent son décès, attristés de savoir qu’elle n’avait aucune famille, ils se cotisèrent pour lui organiser des funérailles à la hauteur de l’affection qu’ils lui portaient. Ils commandèrent une magnifique couronne de fleurs traversée d’un ruban sur lequel on pouvait lire A notre concierge si dévouée. Madame Frison pleurait à chaudes larmes tandis que Monsieur Legoff veillait à ce que tout se déroule convenablement. Le fils Testard, ému, lut un petit poème que tous les enfants avaient rédigé ensemble et enfin, chacun passa devant le cercueil pour y jeter une petite poignée de terre. On pouvait entendre quelques phrases murmurées dans l’assistance : « Une si gentille dame », « Une femme si discrète », « On l’aimait bien et elle nous le rendait bien »…
Quant au journal intime d’Olive Lelièvre, il fut jeté sans même avoir été ouvert par l’entreprise chargée de vider son petit appartement.
Seul subsista le souvenir d’une concierge irréprochable, dévouée et bienveillante. FIN Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 10 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Le lendemain matin, à six heures pile, elle rentra le gros container à poubelles qu’elle remisa dans le petit local prévu à cet effet puis elle entreprit de balayer le hall. Elle croisa Monsieur Porcelli du sixième gauche qui partait travailler, tiré à quatre épingles dans son costume bleu marine. Il lui fit un signe de tête courtois et disparut, happé par l’extérieur. Quelques instants plus tard, ce fut au tour de Mademoiselle Lamentin d’apparaître par l’escalier. Ravie de l’aubaine, Olive interrompit immédiatement son balayage et afficha un sourire engageant : - Bonjour Mademoiselle Lamentin ! Comme vous me semblez fatiguée ce matin ! Vous n’êtes pas malade au moins ? Elle resta suspendue à la réponse de la jeune femme, le balai à la main et les yeux débordants d’intérêt. - Tout va bien Madame Lelièvre. Je suis juste très en retard. Bonne journée ! Elle quitta l’immeuble sans que la concierge ait le temps d’enquêter davantage. Cette dernière émit un petit « pfft » râleur, haussa les épaules et résignée, se remit à sa tâche.
Mardi 7 octobre Mademoiselle Lamentin cache quelque chose, c’est sûr. Je saurai quoi.Je crois aussi que Madame Frison du cinquième droite a un amant. Cela fait deux fois que je vois un type arriver en pleine journée alors que Monsieur Frison est à son bureau. A surveiller. Monsieur et Madame Fontenoy du troisième gauche ont reçu une lettre de leurs amis de Marseille. Ils viennent passer les fêtes de fin d’année chez eux avec leurs trois enfants. Ils ont intérêt à ne pas faire trop de boucan ni de saletés dans les escaliers. Je suis contente de ma technique pour ouvrir les enveloppes à la vapeur. Ça marche très bien. Et puis je garde le plus beau pour la fin ! Monsieur Legoff a passé une annonce pour trouver une femme ! Il a reçu trois réponses aujourd’hui avec des photos. Je trouve les trois très vieilles et très moches. Mais ça ne me regarde pas.
Comme tous les mercredis, Olive Lelièvre pesta toute la journée. Une dizaine d’enfants habitaient l’immeuble et bien entendu, ils descendaient et montaient les étages bruyamment. Pour couronner le tout, il avait plu toute la nuit et les traces de semelles boueuses s’accumulèrent tout au long de la journée.
Mercredi 8 octobre Je suis dégoûtée par la façon dont les parents éduquent leurs gosses. Ils les laissent courir dans les escaliers et salir les marches. Je déteste les gosses et la pluie. Pas de chance, aujourd’hui c’était les deux.Finalement, Mademoiselle Lamentin n’est pas enceinte. Son analyse de sang est normale. Elle a dû juste avoir un peu de fatigue. Forcément, avec la vie qu’elle mène. L’amant de Madame Frison du cinquième droite n’est pas venu aujourd’hui. Sûrement à cause des enfants qui étaient là. N’empêche que si il n’avait rien à se reprocher, il viendrait même le mercredi. J’ai eu la migraine toute la journée.
Les jours se suivent et se ressemblent quand on est concierge mais parfois, quelque événement vient distraire le quotidien : aujourd’hui on livrait le nouveau salon de Monsieur et Madame Testard du troisième droite. Notre Olive Lelièvre, excitée comme une puce, arpente le trottoir du 3 rue Jacques Callot en scrutant le bout de la rue à l’affût de la camionnette de livraison. Elle a déjà ouvert en grand les deux battants du portail. Elle est prête. Madame Testard lui a dit « Ils doivent livrer entre neuf et dix heures ». Il est dix heures cinq et Olive grommelle : - Par leur faute, je vais prendre du retard et je vais rater Les z’amours à la télévision. Je parie qu’ils sont au bar. Encore des gens payés à rien faire ! (à suivre) Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 09 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Un vrombissement de scooter annonça l’arrivée du facteur. C’était un jeune homme facétieux et toujours de bonne humeur, assez beau garçon du reste, ce qui n’avait d’ailleurs pas échappé à la concierge. - Bonjour Miss Monde ! Plaisanta-t-il dans l’encadrement de la porte en lui tendant une pile d’enveloppes tenues par un gros élastique. Olive Lelièvre attrapa le courrier et lui lança un sourire béat révélant des traces de rouge à lèvres sur les dents. Elle se dirigea ensuite vers sa loge pour y effectuer un tri méthodique des enveloppes. Elle les rangeait toujours dans le même ordre, du premier étage au dernier. Elle jugeait qu’ainsi, elle était moins essoufflée en arrivant au sixième, puisqu’elle s’était arrêtée à chaque palier précédent.
Puis elle commença tranquillement sa distribution habituelle, glissant le courrier des absents sous la porte ou sous le paillasson selon leurs désirs et échangeant quelques mots avec les présents.
Le reste de la journée fut plutôt tranquille. Elle resta dans sa loge à regarder la télévision, à la disposition des habitants ou des éventuels visiteurs à renseigner.
Le soir, elle fit sa petite cuisine et dîna devant son poste de télévision. Quand l’émission de variétés fut terminée, elle fit sa petite vaisselle et partit se coucher. Calée confortablement dans son lit, elle sortit un cahier d’écolier du tiroir de sa table de nuit, un stylo bleu à bille et écrivit.
Lundi 6 octobre C’est confirmé, la veuve du second à gauche n’a pas payé son téléphone. Elle a reçu un rappel aujourd’hui. Je m’en doutais parce qu’elle me donne toujours son courrier à poster et que je n’ai pas vu la fameuse petite enveloppe à fenêtre dans laquelle on met son règlement. M. Legoff a encore trouvé le moyen de passer dans le hall quand je lavais par terre. Je crois qu’il le fait exprès. C’est un vieux schnock. Le facteur m’a dit quelque chose de très gentil. Je crois qu’il m’aime bien. Le médecin est passé voir Mademoiselle Lamentin du quatrième droite. Je n’ai pas réussi à savoir ce qu’elle a. Je le saurai sûrement demain. A tortiller du cul comme elle le fait tout le temps, je me demande si elle n’est pas enceinte. J’ai regardé une émission de variétés ce soir à la télé. Il y avait Sylvie Vartan. Elle a changé de coiffure. Je la préférais avant.
Elle referma son cahier, le rangea à sa place et éteignit la lumière. Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 08 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Olive Lelièvre supervisait depuis vingt-huit ans l’immeuble de six étages sans ascenseur du 3 rue Jacques Callot. Construit juste après la guerre, c’était un bâtiment cossu honorablement campé dans un quartier résidentiel. Lorsqu’on poussait le gigantesque portail peint en vert bouteille, on pénétrait dans le hall où s’alignaient, sur la droite, treize boîtes aux lettres modernes en inox. C’étaient celles des douze locataires ou propriétaires auxquelles s’ajoutait celle de Mme Lelièvre. Mais les boîtes aux lettres ne servaient pas puisque la concierge, chaque matin, distribuait elle-même le courrier après l’avoir préalablement classé, installée dans sa loge située sur la gauche du hall et communiquant avec son petit appartement.
Olive Lelièvre était une vieille fille, petite, vaguement blonde, un peu trapue et les jambes arquées d’avoir monté et descendu tant d’étages depuis vingt-huit ans. Elle portait une blouse, été comme hiver, la plupart du temps imprimée de toutes petites fleurs bleues et roses. Sa seule fantaisie était son maquillage : deux traits épais de crayon noir en guise de sourcils et sa petite bouche fine, un peu pincée, décorée d’un violent rouge orangé.
Proche de la retraite, elle n’économisait cependant pas son énergie et s’affairait du matin au soir au service de son immeuble et de ses habitants. Elle gardait propres les escaliers et les paliers, elle distribuait le courrier, elle renseignait les visiteurs et elle rendait une multitude de petits services aux uns et aux autres. Elle avait bien un jour de congé par semaine mais elle restait à sa loge, par habitude et probablement par ennui. Elle ne recevait jamais personne et nul ne savait si elle avait de la famille. Les gens l’aimaient bien et ses étrennes, à Noël, s’en ressentaient sensiblement.
En ce lundi matin, Mme Lelièvre lavait énergiquement le carrelage gris foncé du hall d’entrée avec un balai espagnol. Le facteur n’allait pas tarder à passer et elle le guettait pour qu’il ne rentre pas salir le dallage mouillé. Elle entendit des bruits de pas. Quelqu’un descendait l’escalier. C’était Monsieur Legoff du premier droite, un vieux monsieur très élégant qui vivait seul. - Bonjour Mme Lelièvre. Claironna-t-il. Pas de courrier ? - Bonjour Monsieur Legoff. Non, le facteur n’est pas encore passé. Je vous le glisserai sous la porte puisque vous partez. Répondit-elle mielleusement. - C’est parfait ! A plus tard. Elle ne répondit pas et observa d’un œil agacé les traces de pas laissées sur le sol encore humide par le vieil homme alors qu’il sortait de l’immeuble.
(à suivre) Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 02 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
L’homme n’était pas poète et ne céda pas. Il s’acharna sur ma chair. Le sang coulait sur mes flancs, gluant et épaissi par la chaleur. Mon martyr fut alors à son paroxysme. Il allait m’achever, je le sentais. Je ne reverrai plus ni mes terres arides, Marcel, les autres ; mes poèmes seraient bientôt orphelins. J’allais mourir parce qu’un homme l’avait décidé et s’était apparemment entraîné à me combattre, porté par une foule dont l’intention m’échappait. Pourquoi, je n’en savais strictement rien. J’abandonnai. Je renonçai. J’avais trop mal.
Quoi de plus beau qu’un coucher de soleil Aux heures fraîches, saisis par le sommeil Mes yeux éblouis, lourds d’avoir trop cligné Pour la nuit, tout doucement se sont fermés.
Une vive brûlure dans le haut du cou me fit alors vaciller. Je m’effondrai dans un nuage de poussière. A cet instant, dans un dernier soupir, j’envoyai mon âme terminer ce récit, ce qu’elle fit studieusement. L’âme d’un taureau poète est fidèle.
Le public agita des mouchoirs blancs. Il avait combattu courageusement. Il était mort en héros. Quelle fierté ! On vit un autre homme s’approcher du corps inerte de ce poète que j’avais fréquenté avec tant de félicité. Dans un geste précis il lui coupa les deux oreilles. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient à présent puisque la mort l’avait libéré de la violence et de la douleur. On remit ses oreilles sanguinolentes à celui qui l’avait sacrifié. L’âme que je suis, attentive, allait enfin comprendre pourquoi on lui avait ôté la vie. L’homme brandit ses oreilles en vainqueur et on brandit l’homme à bout de bras. Le public applaudissait, ivre de plaisir. Je me suis creusé un moment la cervelle que je n’ai pas, j’ai tourné et retourné le problème mais je ne compris rien à cet engouement. J’ai juste pensé que par bonheur, le tissu qu’agitait l’homme tout à l’heure était rouge et qu’il a ainsi masqué les taches de sang…
Puis je me suis envolée vers ses broussailles pour rassembler ses poèmes et les accrocher aux herbes couleur de paille. Ils y sont toujours bercés par le vent.
FIN Copyright © 2008 Martine Rousset
|
> Lire le commentaire