Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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tassuad : tes photos top !!!
tassuad : tes photos top !!!
bravo : quel talent tassuad !!!
Rencart : On espére qu'elle va retrouver A paddulela à Moriani le 11
tassuad : quelle équipe ou quelle équipée?
Ausecours : vite il faut enlever tous les panneaux avant que Martine revienne!
Owlette : attention de ne pas trop te pencher c'est haut!
Georges C. : Même à Grevin, il n'est pas de marbre
Miso : Ppoint ? Y a le point basta, aussi !
Très sain : Saint Tr(e guéri
Saint Tre : Trop bon, le Desproges. Merci Martine.
Musa : On parle de toi dans musanostra, rencontre 4
Un pote : Toutes les taxes font chier tout le monde... même celle d'habitafion.
abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
l'abbé zef : à ne pas confondre avec le pet de nonne
L'Abbé Bêt : Qui monte, qui monte, qui monte...
L'abbé Gay : Je fais du vélocypède avec l'Abbé Quille.
RENCARD : Le 12 septembre chez TOURISTRA (ex CNRO) à TAGLIO ISOLACCIO avec Ugo Pandolfi et Olivier Collard. Emmenez vos maillots, on sera au bord de la piscine.
con pote : une bonne pomme
Chicon : con bon comme la romaine et chiant qui fait des salades.
Abscons : unconpris vaut mieux quer tu l'auuras.
Vieux con : Ce con plisse avec l'âge
con sultan : possède un harem de concubines.
Bas con : manque de cul haut au con bas.
Sire con 6 : 6ème roi des cons
con tenté : drague incertaine
Conchita : Guenon idiote espagnole
Con cave : con honnête voûté
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Publié le 04 septembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Nina émergeait d’un divorce tranquille comme il en existe parfois. L’une de ces séparations sans plus de heurts que quelques tensions passagères quand il faut parler d’argent et de partage. Certains divisent les petites cuillères et les assiettes, eux non. Elle en conservait la demi-propriété d’une maison qu’elle habitait seule, dans le Languedoc à deux pas de la mer, et une énergie incroyable. Enragée de vie, libre et heureuse de l’être, elle avançait sur sa nouvelle route d’un pas léger mais assuré.
Nina était une quadragénaire plutôt fluette d’après ses amis, maigrichonne aux yeux de sa mère et menue selon elle-même. Les cheveux châtains très courts et très raides, un petit visage aux traits volontaires, des yeux pétillants, une bouche éternellement amusée, elle n’était ni jolie, ni laide. Elle aimait à se perdre dans des pantalons et des chandails trop grands ce qui lui avait valu le surnom de « Shar Peï ». Entre son job d’illustratrice de livres pour enfants et sa passion pour la peinture, elle intercalait entre ses couleurs quelques amants qui possédaient tous un point commun : la rapidité avec laquelle ils traversaient sa palette. Elle rêvait de subtilité, de délicatesse, d’attention, d’humour, d’inattendu, de richesse d’âme… Tout ceci réuni en un seul homme… « Impossible, disait-elle, il m’en faudrait plusieurs pour tout réunir ! ». Elle se qualifiait fièrement d’électron libre et plaignait à haute voix ses amies en ménage qu’elle appelait en riant ses « électrostatiques ». Celles-ci riaient jaune mais le fait qu’elles associaient involontairement une couleur à leur rire plaisait à Nina. Vert de peur, rouge de honte, noir de monde, couleurs complémentaires de l’image. Elle affectionnait la fraîcheur des nouvelles rencontres même si elles aboutissent la plupart du temps à l’ennui, voire à la déception. Elle exultait lorsqu’elle gravissait l’escalier invisible qui la menait vers l’inconnu, excitée par le fébrile espoir d’être surprise. Curieuse de tout, elle n’excluait rien ni personne. Elle jouait volontiers au jeu que la vie lui proposait et ouvrait grand ses yeux et ses oreilles sur toute chose. Elle aimait tout particulièrement Charles Baudelaire, le fondant au chocolat, Björk, Victor Hugo, Boule et Bill, Jacques Prévert, le bleu, Tommy des Who, Jacques Brel, la glycine, l’adagio d’Albinoni, Platon et Pluto. Avec un récent coup de cœur pour Le Chat de Philippe Gelück dont le « celui qui pète plus haut que son cul se met son suppositoire dans la nuque » l’avait fait hurler de rire. Eclectique Nina.
En ce matin de début octobre, le ciel bas et lourd étalait ses nuances de gris. Nina, d’humeur légère, renonça aux tâches ménagères programmées pour la semaine précédente et reportées nonchalamment à cette semaine. Elle prit son bloc à dessins, ses crayons de couleurs, une petite bouteille d’eau minérale, passa avec insolence devant son aspirateur et sortit de chez elle. Au volant de sa vieille 4 L blanche, elle roula un moment au hasard jusqu’à ce qu’elle se décide enfin à prendre la direction de la mer toute proche. Installée en tailleur sur la plage déserte, son bloc sur le genou gauche, ses pastels plantés la mine en l’air dans le sable, elle cherchait dans le reflet des nuages sur l’eau l’inspiration d’une illustration pour « Du rififi chez le rat Fafa » qu’une maison d’édition venait de lui commander dans l’urgence. Bien que le ciel lui renvoya quelques nuances de gris proches de celles du rat, sa page restait blanche et sa tête, vide mais vagabonde. Machinalement, elle attrapa sa petite bouteille d’eau, la but d’un trait puis la tritura de ses doigts absents. Elle en arracha ensuite consciencieusement l’étiquette. Alors qu’elle raclait de son ongle la colle récalcitrante sur le plastique, une idée lui traversa l’esprit. Une idée totalement inutile. Donc, une idée qui lui plut. Elle se saisit de son crayon rouge et écrivit sur la première page de son bloc : « Grain de sel cherche grain de sable. Grain de folie également accepté. 3 octobre. Nina, boîte postale n° 12, Sète ». Elle déchira le coin de la feuille où elle avait écrit, le roula, l’enveloppa dans un morceau de cellophane arraché à l’emballage de son bloc qui traînait encore au fond de son sac, projeta au passage un rangement de ce dernier pour la semaine suivante et jeta le cylindre ainsi obtenu dans la bouteille vide. Une fois le bouchon solidement vissé, elle ramassa à la hâte son petit matériel qu’elle lança en vrac dans son sac, grimpa dans sa 4 L et fila vers le port de pêche où elle connaissait un certain Victor qui avait un jour accepté de se laisser croquer (dessiné et non consommé…) avec son bateau par Nina pour les besoins de l’illustration d’une version pour enfants de « Le vieil homme et la mer ». Victor, pêcheur en Méditerranée, fit office de Santiago, pêcheur dans la mer des Caraïbes. Le vieil homme, maigre et desséché par le soleil et les embruns marins, reconnut immédiatement la jeune femme alors qu’elle s’approchait de son point d’attache. De son accent chantant du sud de la France, sans cesser l'inspection de son filet de pêche étalé sur le pont de son bateau, il s’écria : - Mademoiselle Nina ! Quel bon vent vous amène ? - Bonjour Monsieur Victor. La pêche a été bonne ? - Rien du tout ! Je crois bien que je vais m’en aller plutôt pêcher devant l’Eternel ! Nina rit de bon cœur. - Je peux vous demander un tout petit service ? Oh, pas grand-chose… - Eh bé, si je peux vous aider ! Elle extirpa la bouteille du fouillis de son sac, se plaça au bord du quai et la lui tendit. - Pourriez-vous jeter ça par-dessus bord lorsque vous serez en mer ? Victor parut surpris mais il attrapa la bouteille sans poser de questions. Nina était à ses yeux une artiste. On ne pose pas de question à un artiste puisqu’on ne comprendra de toute façon pas sa réponse. - D’accord petite demoiselle ! Ce sera fait ! Elle n’en doutait pas.
(A demain si vous le voulez bien)
Publié le 03 septembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre
Il est parfois des événements inopinés qui changent toute une vie. Une lettre que l’on décachette par erreur, un regard que l’on croise par hasard, quelqu’un que l’on bouscule par maladresse, un livre que l’on lit par accident, une musique que l’on entend par inadvertance… Ou une idée qui surgit de nulle part… Cela survient et tout change brutalement, sans prévenir. Il suffit d'y croire. A lire, « Servi ! », à partir de demain. Juste une nouvelle. Sans prétention. J’avais juste envie de parler d’amour.
Publié le 27 août 2007 à 06:43
Par Martine Rousset
L’enquête sur l’assassinat de la directrice n’avançait pas mais néanmoins, la police découvrit deux jours plus tard la cave dans laquelle la véritable Aude Roche était enfermée… Ils eurent vite fait d’apprendre que Madame Gabriola, de son vrai nom Annick Tammaire, possédait une maison de village à quelques kilomètres de son domicile.
Quand ils arrivèrent sur les lieux, après avoir fait ouvrir la porte d’entrée par un serrurier, ils trouvèrent sans peine la lourde trappe qui menait à la cave. Retenue par un gros cadenas, ils durent utiliser une scie à métaux empruntée à un voisin pour en venir à bout. Puis, fébrilement, ils soulevèrent la trappe, faisant apparaître un escalier de meunier en bois. Nanaimo, sa torche à la main, s’y engagea prudemment. Il entrevit des casiers de bouteilles poussiéreuses. Du Châteauneuf du Pape. Annick Tammaire avait dit vrai. - Il y a quelqu’un ? Risqua-t-il. Une ombre se profila dans le faisceau de la lampe. Une femme aux cheveux courts et hirsutes, accoutrée d’un immense chandail vert et d’un pantalon de jogging noir apparut soudain, les yeux arrondis par une expression indéfinissable. - Oui… - Madame Roche ? - Oui… - C’est la police. Nous venons vous délivrer. La femme eut un brusque mouvement de recul. Elle semblait inquiète. Puis se rapprochant à nouveau de l’escalier demanda : - Vous avez un tire-bouchon ? Aude Roche avait sombré dans la folie. Dix ans d’enfermement… Elle fut internée. Toujours enfermée mais moins… Annick Tammaire était démasquée, Aude Roche était retrouvée, Tom Hégeiry était sous étroite surveillance judiciaire mais… nous ne savions toujours pas dans quelles mystérieuses circonstances la directrice avait trouvé la mort. C’est Monsieur Lagrive, l’instituteur de cours préparatoire (celui qui cachait la bouteille de champagne dans son tiroir, souvenez-vous) qui permit à la police de clore l’affaire, deux semaines plus tard alors que l’enquête piétinait. Un message laissé au standard par le maître attendait l’inspecteur Nanaimo sur son bureau un après-midi au retour du déjeuner : « Prenez contact avec moi le plus rapidement possible. Important ». Nanaimo ne tarda pas et se rendit illico à l’école primaire. Lorsqu’il fit irruption dans la classe, Monsieur Lagrive ne parut pas surpris. Il ordonna aux enfants de continuer leur exercice de calcul dans le silence et demanda à Wolfgang de le suivre. Entraînant l’inspecteur dans le couloir, il lui demanda d’écouter attentivement ce que Wolfgang avait déjà déclaré à son maître dans la matinée. - Vas-y Wolfgang, n’aies pas peur. Répète au policier ce que tu m’as dit ce matin. Le regard du garçonnet passait du maître au policier, puis du policier au maître. Il hésitait. Monsieur Lagrive décida de l’aider. - Quand tu as été voir Madame Roche l’autre fois, tu n’as pas fait demi-tour comme tu l’avais dit, n’est-ce pas ? - Non Maître. J’a rentré dans le bureau. - Qu’as-tu vu alors ? - J’a vu Madame Ronchon. Madame Ronchon qu’elle s’appelle ! Pas Madame Roche ! - D’accord. Madame Ronchon. Que faisait Madame Ronchon quand tu es rentré dans le bureau ? - Elle dormait. - Et alors, qu’as-tu fait ? - J’a été voir si elle dormait beaucoup et pis comme j’a vu que oui, j’a regardé sur son bureau et j’a vu deux gommes. J’a pris les gommes et j’y a mis dans l’pif. - Mais pourquoi donc ? Interrogea Nanaimo stupéfait. - Pour effacer Madame Ronchon M’sieur… C’est ainsi que l’affaire de la directrice fut classée. Elle s’était bien suicidée, préférant la mort au déshonneur et utilisant son allergie aux cacahuètes pour y parvenir. Tom Hégeiry, malgré quelques déboires avec la justice, s’en tira avec du sursis et des circonstances atténuantes. Quant aux instituteurs de l’école, ils débouchèrent leur bouteille de champagne en grignotant gaiement des cacahuètes. FIN
Publié le 26 août 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
La villa de Madame Roche (nous continuerons à l’appeler ainsi tant que Nanaimo n’aura pas progressé dans cette affaire) était une bâtisse sur deux étages. Elle y vivait seule. Claire et spacieuse, elle était meublée avec goût. Les policiers entreprirent une fouille méthodique de toute la maison. L’inspecteur Nanaimo supervisait et donnait des ordres. Les policiers perquisitionnaient depuis environ deux heures quand l’un d’entre eux découvrit derrière une aquarelle accrochée au mur, deux documents dactylographiés. Sur le premier, on pouvait lire :
Madame Gabriola. Il est temps de dire la vérité et de libérer ma sœur. Vous allez avoir des ennuis, ça vous pouvez en être certaine. Signé : Vous savez qui.
Sur le second :
Madame Gabriola. Vous ne m’écoutez pas et ne décrochez plus votre téléphone. Vous avez deux jours pour libérer ma sœur sinon je dis à tout le monde qui vous êtes. Signé : Vous savez qui.
La perquisition ne donna rien de plus mais c’était déjà pas mal puisqu’elle leur livrait un début de piste. L’inspecteur ordonna qu’on lui procure la liste de tous les appels téléphoniques reçus au domicile de la défunte depuis trois mois et demanda à ce que chaque appel soit identifié. Ce fut fait en un temps record par un petit flic en quête d’avancement. Il faut dire que seuls trois numéros de téléphone différents en appel entrant figuraient sur le listing... Le premier se révéla être celui de Télétel 2, lequel après vérification ne mena qu’à un pool de standardistes qui s’appelaient toutes Sylvie. Le second aboutit à Pizza Roro, lequel Roro, interrogé, déclara qu’elle lui commandait régulièrement une pizza sans allergène et que cette cliente était tellement désagréable qu’il avait pris l’habitude de la prévenir dès que sa pizza était prête afin d’éviter qu’elle stationne trop longtemps devant son camion. Quant au troisième, il correspondait à un certain Tom Hégeiry habitant à Ajaccio. C’est sur ce dernier que Nanaimo concentra son attention. Tom Hégeiry, la cinquantaine, petit, trapu, le cheveu rare et gris, faisait cohabiter des yeux de chat avec un petit nez de souris. Lorsqu’il ouvrit la porte à notre inspecteur et que ce dernier eut décliné son identité, son visage s’illumina et de sa bouche minuscule sortit un : - Enfin ! Les révélations de Tom scotchèrent Nanaimo sur le fauteuil du salon où son hôte l’avait prié de s’installer tout en lui servant un scotch. Doublement scotché donc… Il se disait être le frère de la vraie Aude Roche disparue il y a tout juste dix ans, qu’il avait connu Madame Gabriola à l’époque où elle tenait un caboulot à Marseille, qu’il était client de ce caboulot et que sa sœur Aude y arrondissait ses fins de mois d’institutrice. Il n’avait jamais averti la police par peur d’anéantir la carrière de sa sœur mais aujourd’hui, « c’en est trop, il faut que ça cesse », soupira-t-il. - J’ai découvert que Madame Gabriola avait usurpé l’identité de ma sœur, poursuivit-il devant un Nanaimo abasourdi. Elle m’avait confié un soir qu’elle aurait rêvé d’être maîtresse d’école et que ma sœur avait bien de la chance d’être nommée directrice d’une école primaire. Madame Gabriola était jalouse et détestait Aude. Elle détestait de toute façon tout le monde. C’était un pit-bull. Quand j’ai lu dans Corse-Matin qu’elle avait été retrouvée morte, j’ai débouché une vieille bouteille de limoncellu que je gardais précieusement pour une grande occasion. J’en avais trouvé une. Et Aude ? Vous l’avez trouvée ? Je sais juste que là où elle se trouve, elle est entourée de bouteilles de Chateauneuf du Pape. Madame Gabriola avait ironisé sur ce point, sachant que ma sœur était une grande amatrice de vin. Mais je ne sais rien de plus. Il s’interrompit, épuisé. Soudain, un vent de panique l’envahit : - Je n’y suis pour rien ! Je ne l’ai pas tuée ! - Certes… Mais vous avez commis une faute grave en ne prévenant pas la police ! Depuis dix ans ! Vous rendez-vous compte ? Vous allez être poursuivi par la justice. De plus, tant que nous n’avons pas trouvé l’assassin, vous êtes le suspect n° 1… Le museau sur le menton, Tom baissa les yeux. Dans un murmure, il lui répondit : - Je ne voulais pas que l’on sache que ma sœur avait fait la pute. - Mais au fait, comment se fait-il que vous n’ayez pas le même nom que votre sœur ? - Notre mère vendait des assurances-vie au porte à porte. Nous avons été conçus par accident alors qu’elle se démenait pour décrocher des contrats. Aude fut reconnue par amitié par un copain de notre mère. Quant à moi, je porte le nom de Maman.
Oui mais... et les gommes ?
(A suivre...)
Publié le 25 août 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
La mort remontait à 14 heures 30 de l’après-midi, heure à laquelle tous les instituteurs étaient en classe avec leurs élèves, donc avec un alibi en béton encore plus armé que tous les cagoulés de Tralonca réunis. Le gardien, interrogé, assura qu’il n’avait vu personne monter vers le bureau de Madame Roche, hormis un petit garçon convoqué à l’heure de la récréation et qu’il vit effectivement passer à 15 heures 30 pour passer à nouveau dans l’autre sens et réintégrer la cour cinq minutes plus tard. On appela le petit garçon. - Comment t’appelles-tu et quel âge as-tu petit ? Interrogea l’inspecteur Nanaimo. - J’a m’appelle Wolfgang et j’a six ans et demi, répondit timidement le garçonnet. - Tu as vu Madame Roche cet après-midi ? - C’est Ronchon son nom, pas Roche ! Non je l’a pas vue. J’a frappé à sa porte mais l’a pas répondu. - Pourquoi voulait-elle te voir ? L’enfant baissa les yeux et ferma sa bouche en une moue résolument hermétique. - Tu peux me le dire, personne ne le saura. Wolfgang soupira et accepta de faire confiance à ces yeux bridés qui lui rappelaient ses amis les Mangas. - J’a fait pipi à côté de là où qui faut. C’est la faute à Madame Ronchon, elle a crié pendant que j’étais en train de faire pipi et je m’a retourné pour voir qui elle grondait, alors j’a fait pipi à côté de là où qui faut et elle m’a vu. Voilà. - Tu l’aimes bien la directrice ? - Ah ben non ! Y’a personne qui l’aime à l’école ! Même que mon Papa il a dit que c’était un remède contre l’amour ! - D’accord Wolfgang, je te remercie. Tu as été formidable. Tu peux repartir. Quand l’inspecteur Nanaimo regagna son bureau, il sortit un chewing-gum à la chlorophylle de son tiroir et se cala contre le dossier de son fauteuil pour réfléchir tranquillement tout en mâchouillant. - Récapitulons, se dit-il à voix basse, une directrice haïe de tous est morte étouffée dans son bureau à 14 heures 30. Une lettre trouvée sur elle semble indiquer qu’elle s’est suicidée. Cette lettre fait référence à des secrets que nous ignorons totalement. Les gommes trouvées dans ses trous de nez laissent pourtant penser que tout ceci est une mise en scène macabre. Pourquoi des gommes ? Personne n’a vu quoique ce soit, pas même le petit Wolfgang, et nous n’avons aucun suspect. Quant au concierge, il est hors de cause puisque nous avons pu vérifier qu’il était dans sa loge, au téléphone avec son frère de 13 heures 54 à 15 heures 12. De surcroît, sa loge se situe près de l’escalier qui mène au bureau de la décédée et il aurait forcément vu quelconque personne passer.
Il cracha son chewing-gum dans la corbeille et rentra chez lui, convaincu que le résultat de l’autopsie éclairerait l’affaire.
Lorsque le compte-rendu de l’autopsie tomba sur le bureau de Nanaimo le lendemain matin, juste avant de partir perquisitionner le domicile de Madame Roche, son sang ne fit qu’un tour. Il révélait non seulement que la victime était décédée des suites d’un étouffement lié à un choc anaphylactique causé par une allergie à des cacahuètes qu’elle avait ingurgitées en très grande quantité mais également que les empreintes digitales de la décédée ne correspondaient pas à celles de Aude Roche, née le 2 février 1950 à Bastia, Haute-Corse ! Le rapport ajoutait qu’elle n’avait pas été violée, mais de cela il s’en doutait… Serait-ce l’un des secrets auxquels la morte faisait allusion dans sa lettre ? Mais alors qui était cette femme ? L’Education Nationale venait de confirmer la nomination en 1997 d’une Aude Roche au poste de directrice d’école. Usurpation d’identité ? Où se trouvait la véritable Aude Roche ? Rien ne coulait de source… (A demain…)
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