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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Rencart : On espére qu'elle va retrouver A paddulela à Moriani le 11
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Très sain : Saint Tr(e guéri
Saint Tre : Trop bon, le Desproges. Merci Martine.
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Un pote : Toutes les taxes font chier tout le monde... même celle d'habitafion.
abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
l'abbé zef : à ne pas confondre avec le pet de nonne
L'Abbé Bêt : Qui monte, qui monte, qui monte...
L'abbé Gay : Je fais du vélocypède avec l'Abbé Quille.
RENCARD : Le 12 septembre chez TOURISTRA (ex CNRO) à TAGLIO ISOLACCIO avec Ugo Pandolfi et Olivier Collard. Emmenez vos maillots, on sera au bord de la piscine.
con pote : une bonne pomme
Chicon : con bon comme la romaine et chiant qui fait des salades.
Abscons : unconpris vaut mieux quer tu l'auuras.
Vieux con : Ce con plisse avec l'âge
con sultan : possède un harem de concubines.
Bas con : manque de cul haut au con bas.
Sire con 6 : 6ème roi des cons
con tenté : drague incertaine
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Con cave : con honnête voûté
concitoyen : con victime de la conjoincture et réduit à la portion congrue.
Réclusion : Etat de celui qui est con finement.
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Publié le 10 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Le lendemain matin, à six heures pile, elle rentra le gros container à poubelles qu’elle remisa dans le petit local prévu à cet effet puis elle entreprit de balayer le hall. Elle croisa Monsieur Porcelli du sixième gauche qui partait travailler, tiré à quatre épingles dans son costume bleu marine. Il lui fit un signe de tête courtois et disparut, happé par l’extérieur. Quelques instants plus tard, ce fut au tour de Mademoiselle Lamentin d’apparaître par l’escalier. Ravie de l’aubaine, Olive interrompit immédiatement son balayage et afficha un sourire engageant :
- Bonjour Mademoiselle Lamentin ! Comme vous me semblez fatiguée ce matin ! Vous n’êtes pas malade au moins ?
Elle resta suspendue à la réponse de la jeune femme, le balai à la main et les yeux débordants d’intérêt.
- Tout va bien Madame Lelièvre. Je suis juste très en retard. Bonne journée !
Elle quitta l’immeuble sans que la concierge ait le temps d’enquêter davantage. Cette dernière émit un petit « pfft » râleur, haussa les épaules et résignée, se remit à sa tâche.

Mardi 7 octobre
Mademoiselle Lamentin cache quelque chose, c’est sûr. Je saurai quoi.Je crois aussi que Madame Frison du cinquième droite a un amant. Cela fait deux fois que je vois un type arriver en pleine journée alors que Monsieur Frison est à son bureau. A surveiller.
Monsieur et Madame Fontenoy du troisième gauche ont reçu une lettre de leurs amis de Marseille. Ils viennent passer les fêtes de fin d’année chez eux avec leurs trois enfants. Ils ont intérêt à ne pas faire trop de boucan ni de saletés dans les escaliers. Je suis contente de ma technique pour ouvrir les enveloppes à la vapeur. Ça marche très bien.
Et puis je garde le plus beau pour la fin ! Monsieur Legoff a passé une annonce pour trouver une femme ! Il a reçu trois réponses aujourd’hui avec des photos. Je trouve les trois très vieilles et très moches. Mais ça ne me regarde pas. 

Comme tous les mercredis, Olive Lelièvre pesta toute la journée. Une dizaine d’enfants habitaient l’immeuble et bien entendu, ils descendaient et montaient les étages bruyamment. Pour couronner le tout, il avait plu toute la nuit et les traces de semelles boueuses s’accumulèrent tout au long de la journée.
 

Mercredi 8 octobre
Je suis dégoûtée par la façon dont les parents éduquent leurs gosses. Ils les laissent courir dans les escaliers et salir les marches. Je déteste les gosses et la pluie. Pas de chance, aujourd’hui c’était les deux.Finalement, Mademoiselle Lamentin n’est pas enceinte. Son analyse de sang est normale. Elle a dû juste avoir un peu de fatigue. Forcément, avec la vie qu’elle mène.
L’amant de Madame Frison du cinquième droite n’est pas venu aujourd’hui. Sûrement à cause des enfants qui étaient là. N’empêche que si il n’avait rien à se reprocher, il viendrait même le mercredi.
J’ai eu la migraine toute la journée. 

Les jours se suivent et se ressemblent quand on est concierge mais parfois, quelque événement vient distraire le quotidien : aujourd’hui on livrait le nouveau salon de Monsieur et Madame Testard du troisième droite.  Notre Olive Lelièvre, excitée comme une puce, arpente le trottoir du 3 rue Jacques Callot en scrutant le bout de la rue à l’affût de la camionnette de livraison. Elle a déjà ouvert en grand les deux battants du portail. Elle est prête. Madame Testard lui a dit « Ils doivent livrer entre neuf et dix heures ». Il est dix heures cinq et Olive grommelle :
- Par leur faute, je vais prendre du retard et je vais rater Les z’amours à la télévision. Je parie qu’ils sont au bar. Encore des gens payés à rien faire !

(à suivre)

                                                                    Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 09 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Un vrombissement de scooter annonça l’arrivée du facteur. C’était un jeune homme facétieux et toujours de bonne humeur, assez beau garçon du reste, ce qui n’avait d’ailleurs pas échappé à la concierge.
- Bonjour Miss Monde ! Plaisanta-t-il dans l’encadrement de la porte en lui tendant une pile d’enveloppes tenues par un gros élastique.
Olive Lelièvre attrapa le courrier et lui lança un sourire béat révélant des traces de rouge à lèvres sur les dents. Elle se dirigea ensuite vers sa loge pour y effectuer un tri méthodique des enveloppes. Elle les rangeait toujours dans le même ordre, du premier étage au dernier. Elle jugeait qu’ainsi, elle était moins essoufflée en arrivant au sixième, puisqu’elle s’était arrêtée à chaque palier précédent.

Puis elle commença tranquillement sa distribution habituelle, glissant le courrier des absents sous la porte ou sous le paillasson selon leurs désirs et échangeant quelques mots avec les présents.

Le reste de la journée fut plutôt tranquille. Elle resta dans sa loge à regarder la télévision, à la disposition des habitants ou des éventuels visiteurs à renseigner.

Le soir, elle fit sa petite cuisine et dîna devant son poste de télévision. Quand l’émission de variétés fut terminée, elle fit sa petite vaisselle et partit se coucher. Calée confortablement dans son lit, elle sortit un cahier d’écolier du tiroir de sa table de nuit, un stylo bleu à bille et écrivit.

Lundi 6 octobre
C’est confirmé, la veuve du second à gauche n’a pas payé son téléphone. Elle a reçu un rappel aujourd’hui. Je m’en doutais parce qu’elle me donne toujours son courrier à poster et que je n’ai pas vu la fameuse petite enveloppe à fenêtre dans laquelle on met son règlement.
M. Legoff a encore trouvé le moyen de passer dans le hall quand je lavais par terre. Je crois qu’il le fait exprès. C’est un vieux schnock. Le facteur m’a dit quelque chose de très gentil. Je crois qu’il m’aime bien.
Le médecin est passé voir Mademoiselle Lamentin du quatrième droite. Je n’ai pas réussi à savoir ce qu’elle a. Je le saurai sûrement demain. A tortiller du cul comme elle le fait tout le temps, je me demande si elle n’est pas enceinte.
J’ai regardé une émission de variétés ce soir à la télé. Il y avait Sylvie Vartan. Elle a changé de coiffure. Je la préférais avant.

Elle referma son cahier, le rangea à sa place et éteignit la lumière.

(à suivre)

                                                             Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 08 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Olive Lelièvre supervisait depuis vingt-huit ans l’immeuble de six étages sans ascenseur du 3 rue Jacques Callot. Construit juste après la guerre, c’était un bâtiment cossu honorablement campé dans un quartier résidentiel. Lorsqu’on poussait le gigantesque portail peint en vert bouteille, on pénétrait dans le hall où s’alignaient, sur la droite, treize boîtes aux lettres modernes en inox. C’étaient celles des douze locataires ou propriétaires auxquelles s’ajoutait celle de Mme Lelièvre. Mais les boîtes aux lettres ne servaient pas puisque la concierge, chaque matin, distribuait elle-même le courrier après l’avoir préalablement classé, installée dans sa loge située sur la gauche du hall et communiquant avec son petit appartement.

Olive Lelièvre était une vieille fille, petite, vaguement blonde, un peu trapue et les jambes arquées d’avoir monté et descendu tant d’étages depuis vingt-huit ans. Elle portait une blouse, été comme hiver, la plupart du temps imprimée de toutes petites fleurs bleues et roses. Sa seule fantaisie était son maquillage : deux traits épais de crayon noir en guise de sourcils et sa petite bouche fine, un peu pincée, décorée d’un violent rouge orangé.

Proche de la retraite, elle n’économisait cependant pas son énergie et s’affairait du matin au soir au service de son immeuble et de ses habitants. Elle gardait propres les escaliers et les paliers, elle distribuait le courrier, elle renseignait les visiteurs et elle rendait une multitude de petits services aux uns et aux autres. Elle avait bien un jour de congé par semaine mais elle restait à sa loge, par habitude et probablement par ennui. Elle ne recevait jamais personne et nul ne savait si elle avait de la famille. Les gens l’aimaient bien et ses étrennes, à Noël, s’en ressentaient sensiblement.

En ce lundi matin, Mme Lelièvre lavait énergiquement le carrelage gris foncé du hall d’entrée avec un balai espagnol. Le facteur n’allait pas tarder à passer et elle le guettait pour qu’il ne rentre pas salir le dallage mouillé. Elle entendit des bruits de pas. Quelqu’un descendait l’escalier. C’était Monsieur Legoff du premier droite, un vieux monsieur très élégant qui vivait seul.
- Bonjour Mme Lelièvre. Claironna-t-il. Pas de courrier ?
- Bonjour Monsieur Legoff. Non, le facteur n’est pas encore passé. Je vous le glisserai sous la porte puisque vous partez. Répondit-elle mielleusement.
- C’est parfait ! A plus tard.
Elle ne répondit pas et observa d’un œil agacé les traces de pas laissées sur le sol encore humide par le vieil homme alors qu’il sortait de l’immeuble.
 

(à suivre)

                                                                    Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 02 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
L’homme n’était pas poète et ne céda pas. Il s’acharna sur ma chair. Le sang coulait sur mes flancs, gluant et épaissi par la chaleur. Mon martyr fut alors à son paroxysme. Il allait m’achever, je le sentais. Je ne reverrai plus ni mes terres arides, Marcel, les autres ; mes poèmes seraient bientôt orphelins. J’allais mourir parce qu’un homme l’avait décidé et s’était apparemment entraîné à me combattre, porté par une foule dont l’intention m’échappait. Pourquoi, je n’en savais strictement rien. J’abandonnai. Je renonçai. J’avais trop mal.

Quoi de plus beau qu’un coucher de soleil
Aux heures fraîches, saisis  par le sommeil
Mes yeux éblouis, lourds d’avoir trop cligné
Pour la nuit, tout doucement se sont fermés.

Une vive brûlure dans le haut du cou me fit alors vaciller. Je m’effondrai dans un nuage de poussière.
 A cet instant, dans un dernier soupir, j’envoyai mon âme terminer ce récit, ce qu’elle fit studieusement. L’âme d’un taureau poète est fidèle. 

Le public agita des mouchoirs blancs. Il avait combattu courageusement. Il était mort en héros. Quelle fierté ! On vit un autre homme s’approcher du corps inerte de ce poète que j’avais fréquenté avec tant de félicité. Dans un geste précis il lui coupa les deux oreilles. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient à présent puisque la mort l’avait libéré de la violence et de la douleur. On remit ses oreilles sanguinolentes à celui qui l’avait sacrifié. L’âme que je suis, attentive, allait enfin comprendre pourquoi on lui avait ôté la vie. L’homme brandit ses oreilles en vainqueur et on brandit l’homme à bout de bras. Le public applaudissait, ivre de plaisir. Je me suis creusé un moment la cervelle que je n’ai pas, j’ai tourné et retourné le problème mais je ne compris rien à cet engouement. J’ai juste pensé que par bonheur, le tissu qu’agitait l’homme tout à l’heure était rouge et qu’il a ainsi masqué les taches de sang…

Puis je me suis envolée vers ses broussailles pour rassembler ses poèmes et les accrocher aux herbes couleur de paille. Ils y sont toujours bercés par le vent.
 

FIN
                                                        
Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 01 juin 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Quand nous fûmes dégagés de notre carcan de ferraille brûlante, nous n’en fûmes pas libres pour autant. Encerclés de solides barrières de bois, nous étions enserrés de toute part. Une ronde d’hommes à cheval nous ceintura. Ils criaient et pointaient du doigt quelques-uns d’entre nous. Dont moi.

Mais que nous voulaient-ils ? Je me forçai à penser que bientôt ils nous relâcheraient, qu’ils ne voulaient que nous observer, admirer notre musculature, mesurer nos cornes ; écouter mes poèmes ? Les humains m’inquiètent tant que je ne les comprends pas. Et là, je ne les comprenais pas.
Puis on nous laissa tranquille. Épuisé, je ne parvins même plus à penser un poème. Pourtant cela m’aurait détendu. Rien à faire, plus rien ne rimait. Rien ne rimait plus à rien. Mes jolis mots et mes strophes bucoliques restèrent suspendus au néant d’une nuit glauque et imprévue. Les humains nous avaient égarés. Les sauvages.

Le lendemain matin, cinq d’entre nous furent emmenés. Sans explication et sans ménagement. Comprendre, juste comprendre… On nous jeta sans précaution dans des boxes dont l’étroitesse nous étouffa. Même moi, Albert le poète, le pacifique, je fus submergé par une colère sans nom, provoquée par l’angoisse du manque d’air. Nous fulminions, soufflions, labourions le sol de nos sabots. Nos appels restèrent sourds. J’entendis une foule d’humains qui criaient et sifflaient. Je ne parvins pas à localiser d’où venaient ces voix, ni à entendre ce qu’elles disaient.
Et brutalement, on ouvrit mon box. J’hésitai à en sortir, appréciant un instant si un quelconque danger pouvait exister. Je n’eus pas le temps de l’évaluer, je fus surpris par des coups violents sur les fesses. Des coups très violents. Surpris, je jetai les sabots en arrière dans une ruade de protection. Inutilement. Je sortis alors en trombe, dans l’espoir de pouvoir m’échapper. C’était un guet-apens. Je réalisai rapidement que le danger subsistait.

Hébété, planté au milieu d’une piste recouverte de sable, j’entrevis soudain un homme vêtu d’une sorte de peau de serpent ridicule. Je ne savais pas qu’un homme savait marcher. Je ne les avais vus que montés sur leurs chevaux andalous, bais ou gris pour la plupart. Un homme à pied… Ce doit être dangereux. L’homme se dandina, d’un pied sur l’autre, manifestement pour me provoquer. Il me menaça de ses armes étranges et terriblement effilées. Instinctivement, je fonçai vers lui ; j’allai l’exploser, l’atomiser, le pulvériser et je rentrerai chez moi dans ma broussaille. Il m’évita bizarrement dans un geste efféminé. Une clameur soudaine monta autour de moi. Fou de rage, je le chargeai à nouveau. Il m’agaçait le regard avec un tissu rouge virevoltant. Il m’évita encore ; seul le tissu me frôla le dos. Désemparé, je baissai pour la troisième fois la tête et courus vers lui, tremblant de colère. J’étais devenu haineux, sentiment étrange et nouveau. Une douleur vive et indescriptible m’envahit le dos. J’avais envie de pleurer, d’hurler mais un taureau, même poète, ne peut le faire. Je fus une seconde fois déchiré par une souffrance inouïe, sans nom. Je luttais péniblement. Mais pourquoi cette torture ? Dans quel dessein ? Mon incompréhension était totale. Je souffrais le martyr. Je chargeai à nouveau. En vain. L’homme affichait un rictus cruel et hargneux. « Par pitié, laissez-moi tranquille », essayai-je de crier. J’eus soudain l’idée de penser un poème, peut-être l’entendrait-il ? J’en ressortis un ancien du fond de ma mémoire de bovidé.

Rayon de soleil qui traînaille sur ma tête
Rai d’or qui m’effleure et que rien n’arrête

Ces deux vers me caressèrent le front, me rassurant l’espace d’une seconde, mais je ne me souvenais plus de la suite, la douleur l’avait annihilée, emmenée avec elle dans un vide dénué de sens.
 


(à suivre)

 
                                                                            Copyright © 2008 Martine Rousset