L’enquête sur l’assassinat de la directrice n’avançait pas mais néanmoins, la police découvrit deux jours plus tard la cave dans laquelle la véritable Aude Roche était enfermée…
Ils eurent vite fait d’apprendre que Madame Gabriola, de son vrai nom Annick Tammaire, possédait une maison de village à quelques kilomètres de son domicile.
Quand ils arrivèrent sur les lieux, après avoir fait ouvrir la porte d’entrée par un serrurier, ils trouvèrent sans peine la lourde trappe qui menait à la cave. Retenue par un gros cadenas, ils durent utiliser une scie à métaux empruntée à un voisin pour en venir à bout. Puis, fébrilement, ils soulevèrent la trappe, faisant apparaître un escalier de meunier en bois.
Nanaimo, sa torche à la main, s’y engagea prudemment. Il entrevit des casiers de bouteilles poussiéreuses. Du Châteauneuf du Pape. Annick Tammaire avait dit vrai.
- Il y a quelqu’un ? Risqua-t-il.
Une ombre se profila dans le faisceau de la lampe. Une femme aux cheveux courts et hirsutes, accoutrée d’un immense chandail vert et d’un pantalon de jogging noir apparut soudain, les yeux arrondis par une expression indéfinissable.
- Oui…
- Madame Roche ?
- Oui…
- C’est la police. Nous venons vous délivrer.
La femme eut un brusque mouvement de recul. Elle semblait inquiète. Puis se rapprochant à nouveau de l’escalier demanda :
- Vous avez un tire-bouchon ?
Aude Roche avait sombré dans la folie. Dix ans d’enfermement… Elle fut internée. Toujours enfermée mais moins…
Annick Tammaire était démasquée, Aude Roche était retrouvée, Tom Hégeiry était sous étroite surveillance judiciaire mais… nous ne savions toujours pas dans quelles mystérieuses circonstances la directrice avait trouvé la mort.
C’est Monsieur Lagrive, l’instituteur de cours préparatoire (celui qui cachait la bouteille de champagne dans son tiroir, souvenez-vous) qui permit à la police de clore l’affaire, deux semaines plus tard alors que l’enquête piétinait.
Un message laissé au standard par le maître attendait l’inspecteur Nanaimo sur son bureau un après-midi au retour du déjeuner :
« Prenez contact avec moi le plus rapidement possible. Important ».
Nanaimo ne tarda pas et se rendit illico à l’école primaire. Lorsqu’il fit irruption dans la classe, Monsieur Lagrive ne parut pas surpris. Il ordonna aux enfants de continuer leur exercice de calcul dans le silence et demanda à Wolfgang de le suivre. Entraînant l’inspecteur dans le couloir, il lui demanda d’écouter attentivement ce que Wolfgang avait déjà déclaré à son maître dans la matinée.
- Vas-y Wolfgang, n’aies pas peur. Répète au policier ce que tu m’as dit ce matin.
Le regard du garçonnet passait du maître au policier, puis du policier au maître. Il hésitait. Monsieur Lagrive décida de l’aider.
- Quand tu as été voir Madame Roche l’autre fois, tu n’as pas fait demi-tour comme tu l’avais dit, n’est-ce pas ?
- Non Maître. J’a rentré dans le bureau.
- Qu’as-tu vu alors ?
- J’a vu Madame Ronchon. Madame Ronchon qu’elle s’appelle ! Pas Madame Roche !
- D’accord. Madame Ronchon. Que faisait Madame Ronchon quand tu es rentré dans le bureau ?
- Elle dormait.
- Et alors, qu’as-tu fait ?
- J’a été voir si elle dormait beaucoup et pis comme j’a vu que oui, j’a regardé sur son bureau et j’a vu deux gommes. J’a pris les gommes et j’y a mis dans l’pif.
- Mais pourquoi donc ? Interrogea Nanaimo stupéfait.
- Pour effacer Madame Ronchon M’sieur…
C’est ainsi que l’affaire de la directrice fut classée. Elle s’était bien suicidée, préférant la mort au déshonneur et utilisant son allergie aux cacahuètes pour y parvenir. Tom Hégeiry, malgré quelques déboires avec la justice, s’en tira avec du sursis et des circonstances atténuantes.
Quant aux instituteurs de l’école, ils débouchèrent leur bouteille de champagne en grignotant gaiement des cacahuètes.
FIN







